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Kinkole : la colère des élèves face au relogement des déguerpis de Pakadjuma
* Les voisins du site d'hébergement déplorent les jets fréquent d'excréments en sachets
À la faveur d'une vidéo devenue virale, Kinshasa a découvert ces images inhabituelles : des élèves dressant des barricades, scandant leur indignation, dénonçant l'occupation de leurs salles de classe. Au cœur de la tempête, l'Institut technique médical de Kinkole, situé dans la commune de N'sele, au sein de l'enceinte de l'Hôpital général de référence de Kinkole (CNPP). En cause : le relogement, sans préavis apparent, de familles déguerpies du site de Pakadjuma, en banlieue de Limete. Une décision qui, sur le terrain, a déclenché trois jours de manifestations et ravivé des tensions latentes.
Selon les informations recueillies par la rédaction de Forum des As, l'administration de l'Institut n'aurait pas été informée en amont. "C'était à notre grande surprise. Un matin, nous arrivons comme d'habitude avec les élèves et découvrons des personnes non identifiées sur notre site ", confie, sous couvert d'anonymat, le directeur de l'établissement. "Ils nous ont expliqué qu'ils avaient été envoyés ici après leur déguerpissement de Pakadjuma. Le mouvement de mécontentement a commencé par le banc syndical, puis les élèves ont suivi. Et cela a éclaté."
Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent une jeunesse en blouse blanche, déterminée à défendre son espace d'apprentissage. Pour ces futurs professionnels de santé, voir leurs salles de cours occupées est vécu comme une dépossession brutale.
JETS D'EXCREMENTS EN SACHETS
Sur le plan légal et moral, la situation interpelle. Les familles déguerpies ont droit à un toit. Mais, le choix du site et les modalités d'installation suscitent incompréhension et colère. Dans les quartiers environnants BAT, Nganda Sese, CNPP ou encore Plaza l'inquiétude grandit. "Oui, ils ont le droit d'être relogés par l'État", admet un habitant. "Mais il faut comprendre le contexte. Ici, l'insécurité reste relativement faible. Si rien n'est fait pour encadrer ces personnes : forces de l'ordre, prise en charge alimentaire, suivi social, Kinkole deviendra difficile à vivre."
Des riverains affirment que quelques actes de délinquance auraient déjà été signalés. D'autres évoquent des problèmes d'insalubrité, parlant de jets d'excréments en sachets dans des parcelles voisines. Des accusations graves, difficiles à vérifier de manière indépendante, mais qui traduisent un climat de tension palpable.
PROMISCUITE ET RISQUE SANITAIRE
La rédaction a tenté d'accéder au nouveau site d'installation, sans succès. De loin, le constat est préoccupant : une forte concentration humaine dans un espace manifestement inadapté.
La promiscuité, conjuguée à l'absence d'infrastructures sanitaires visibles, alimente la crainte d'une crise épidémiologique. Ironie tragique : cette situation se déroule dans l'enceinte même d'un hôpital de référence. Là où l'on soigne, la perspective d'une flambée de maladies liées à l'insalubrité inquiète.
Dans un contexte urbain déjà fragile, une propagation d'infections hydriques ou respiratoires pourrait dépasser le périmètre de Kinkole et affecter la capitale.
Selon plusieurs témoignages, le ministre provincial et le bourgmestre seraient intervenus pour calmer les esprits, appelant à la patience. Mais une semaine après l'installation, l'absence de solution visible a ravivé la colère, conduisant à la barricade des routes par des élèves et des habitants.
PREVENIR TOUTE DERIVE
La crise de Kinkole met en lumière une gestion délicate : comment reloger dignement des populations vulnérables sans désorganiser des institutions essentielles ? Comment prévenir l'escalade sécuritaire et sanitaire dans un quartier jusque-là relativement stable ?
L'urgence est désormais de garantir la continuité pédagogique à l'Institut ; assurer un encadrement strict et humain des familles déplacées ; prévenir toute dérive sanitaire.
À défaut, ce qui n'était qu'une mesure provisoire pourrait se transformer en crise durable. Et Kinshasa, déjà confrontée à de multiples défis urbains, ne peut se permettre un nouvel embrasement silencieux.
Jérémie ASOKO