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À Kananga : quand des enfants de 10 ans deviennent cireurs, vendeurs ambulants, manucure-pédicure !
Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Central, fait face à une réalité sociale préoccupante marquée par la montée du travail des enfants, visible notamment dans les rues, aux abords des marchés, aux carrefours et devant certaines boutiques. Des enfants âgés d'environ 10 ans, parfois moins, s'adonnent quotidiennement à des activités informelles telles que le cirage de chaussures, la vente de mouchoirs et la manucure et la pédicure, dans le seul but de subvenir à leurs besoins essentiels.
Dans plusieurs quartiers populaires de la ville, cette situation devient de plus en plus courante. Munis de boîtes de cirage, de brosses, de petits morceaux de tissu, de lames ou d'outils rudimentaires, ces enfants arpentent les artères principales en quête de clients.
D'autres se postent à proximité des marchés ou des arrêts de taxis-motos, proposant des mouchoirs à bas prix ou offrant des services de soins des ongles, une activité en pleine expansion dans certains coins de la ville.
TRAVAILLER DANS LA RUE, UNE FORME DE SURVIE
Interrogés hier dimanche 8 février, ces enfants expliquent qu'ils n'ont souvent pas d'autre choix. Beaucoup affirment être issus de familles en situation de précarité extrême, vivant dans des conditions difficiles. Certains sont orphelins de parents, d'autres sont séparés de leurs familles ou livrés à eux-mêmes. Pour eux, travailler dans la rue représente une forme de survie face au manque de nourriture, à l'impossibilité de payer les frais scolaires et à l'absence de soutien social.
" Nous faisons ça pour trouver à manger. Si je ne cire pas, je ne mange pas ", confie un enfant rencontré près d'un carrefour fréquenté de Kananga. Un autre, tenant un paquet de mouchoirs, explique qu'il vend parfois toute la journée sans gagner suffisamment : " Il y a des jours où je rentre avec 1 000 francs seulement, d'autres jours rien. Mais je dois essayer ".
Cette situation est également observable devant certaines institutions, magasins, stations-service et lieux publics où la circulation est dense. Des groupes d'enfants, parfois en haillons, sollicitent passants et conducteurs. Le phénomène du cirage, autrefois pratiqué par des adolescents, concerne désormais des enfants très jeunes, dont l'âge et la fragilité interpellent les habitants.
Les services rendus, notamment la manucure et la pédicure, se font souvent dans des conditions d'hygiène incertaines. Les outils utilisés sont rarement désinfectés, exposant les enfants et les clients à des risques sanitaires. Pourtant, cette activité attire une clientèle locale à la recherche de services rapides et bon marché. Le travail se déroule parfois jusqu'à tard dans la soirée, alors que ces enfants devraient normalement être à l'école ou sous la protection de leurs familles.
LA PRECARITE DES CONDITIONS DE VIE A LA BASE
Des observateurs locaux estiment que cette montée du travail des enfants à Kananga est liée à plusieurs facteurs, dont la pauvreté persistante, le chômage, la déscolarisation, la désorganisation familiale, mais aussi la hausse du coût de la vie. Dans certaines familles, les enfants deviennent des soutiens économiques, contraints de contribuer à la survie du ménage.
Par ailleurs, plusieurs acteurs sociaux s'inquiètent des conséquences de ce phénomène sur l'avenir de ces jeunes. L'abandon scolaire ou la fréquentation irrégulière des cours réduit considérablement leurs chances de développement et d'intégration professionnelle à long terme. En plus des risques physiques, ces enfants sont exposés à des violences, à l'exploitation, à la délinquance et à d'autres formes de vulnérabilité, notamment les abus.
Dans la rue, certains enfants passent des journées entières sans encadrement, exposés à la poussière, au soleil, aux accidents de circulation et aux mauvais traitements. Ils subissent parfois des humiliations ou des rejets. D'autres deviennent dépendants de ce petit revenu quotidien, même insignifiant, et s'éloignent progressivement du système éducatif.
Félix MULUMBA Kalemba