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"Il est temps d'encourager les génies congolais"
Par Fweley Diangitukwa, Professeur et chercheur. Auteur de Méthodologie du mémoire et de la thèse, à paraître aux Presses de l'Université Kongo.
Les jeunes congolais étudient pour obtenir le diplôme à la place de la connaissance : voilà pourquoi ils échouent dans la vie. Nos universités ont un problème majeur qui n'a jamais été résolu. Les Congolais vont à l'école ou à l'université pour obtenir un parchemin appelé "diplôme" (licence, Master, doctorat) pendant que, sous d'autres cieux, les jeunes vont à l'école ou à l'université pour acquérir des connaissances qui ouvrent la voie au savoir. Aussi longtemps que ce problème ne sera pas résolu, notre pays ne décollera pas et le développement sera difficile, voire très lent. Le taux de chômage augmentera davantage d'une année à l'autre.
La RD Congo forme des jeunes qui répètent ce qu'ils ont mémorisé. La réussite à l'école dépend de la fertilité de la mémoire. Cela se passe ainsi jusqu'à la fin des études. Aujourd'hui, il est permis de constater que notre système éducatif a échoué parce que nous ne formons pas des élites et/ou des savants, mais des répétiteurs qui sont incapables d'aller au-delà de tout ce qu'ils ont mémorisé à l'école et à l'université.
D'où, la nécessité et l'urgence de former maintenant des jeunes qui comprennent clairement ce qu'ils étudient afin qu'ils le mettent en pratique à la fin de leurs études. Le constat général est accablant. Au sortir de leurs études, les jeunes congolais cessent de lire, ils cessent de se cultiver, car ils ont déjà obtenu leur diplôme - but final de leur formation à l'université. Grosse erreur !
"La véritable université commence après l'université"
À chaque fois que je déclare à mes étudiants que la véritable université commence après l'université qu'ils fréquentent, c'est-à-dire après leurs études, ils sont toujours surpris d'entendre cela, et ils ne fournissent aucun effort pour comprendre la signification exacte de mes propos. Parce que la recherche de la connaissance est loin d'être la principale préoccupation de nos étudiants, beaucoup de mémoires et de thèses de doctorat sont de niveau discutable, sinon de mauvaise qualité. Le niveau général de nos étudiants a beaucoup baissé à cause de la corruption. Dans certains établissements, le diplôme est souvent obtenu en recourant à des pratiques éhontées.
L'université congolaise est donc à réformer en profondeur, en confiant le pilotage de cette réforme à ceux qui ont des idées claires et qui sont capables d'innover réellement, pas à ceux qui ont la honteuse habitude de recopier bêtement ce qu'ils ont vu ailleurs, sans apporter une originalité qui fera la différence avec les autres et qui incitera les étudiants à viser l'acquisition de la connaissance au-delà du diplôme.
La faute n'incombe ni aux étudiants ni aux formateurs, mais au système qui perdure, car ceux qui ont été formés dans un système basé sur la mémorisation et la répétition répètent le même système de transmission de connaissances aux plus jeunes. Ainsi, le système s'est incrusté à travers des générations au point d'arriver à un point de saturation inacceptable.
Le but principal de la formation réside dans une volonté manifeste de résoudre les problèmes de développement d'un pays en créant des emplois pour les jeunes via la production des connaissances utiles, l'innovation et l'invention. La formation des Congolais ne doit pas se limiter à copier ce que font les autres nations. C'est en comprenant mieux les enjeux que les jeunes finiront par posséder l'école en faisant d'elle une école de la vie.
" Pousser les étudiants à la lecture, à la réflexion, à l'écriture, à la recherche "
Désormais, les enseignants et les professeurs doivent pousser les étudiants à la lecture, à la réflexion, à l'écriture et à la recherche. Nos communes et nos villes doivent accueillir les publications de nos compatriotes dans des bibliothèques municipales. L'objectif immédiat est de sortir les Congolais des bars pour les conduire dans des maisons de lecture. A travers son ministère de l'Enseignement supérieur et universitaire et celui de la Culture, Arts et Patrimoine aussi à partir des écoles et des universités, tout comme des entreprises publiques et privées, l'Etat doit se mettre à encourager la culture de la lecture en offrant des prix d'encouragement aux plus méritants, tout en luttant contre l'ivrognerie qui retarde le développement de notre nation.
Le niveau général des Congolais est très bas. Au lieu de répéter des leçons comme des perroquets, nos élèves du secondaire et nos étudiants à l'université doivent maintenant apprendre à produire de la pensée pure, à innover, à créer et à inventer.
Le système éducatif suisse serait une bonne source d'inspiration, car, tout en formant des élites de haut niveau, la Suisse valorise et encourage les écoles des métiers que beaucoup de jeunes choisissent (à la place de l'université), car la formation y est pratique et conduit directement à des métiers précis. Résultat : le taux de chômage est très faible dans ce pays.
Les jeunes qui ne trouvent pas du travail au sortir de leurs études créent leur propre petite entreprise en se mettant à leur compte. En RD Congo, les étudiants qui ne trouvent pas du travail après leurs études à l'université deviennent des conducteurs de moto, vendent des unités de téléphones mobiles ou tombent carrément dans un chômage structurel.
"Les pays diriges par des ignorants se développent difficilement"
Les pays où les dirigeants ne comprennent pas clairement la place et le rôle de l'enseignement primaire, secondaire, supérieur, technique et universitaire rencontrent beaucoup de difficultés, car le gouvernement ne finance pas suffisamment les infrastructures qui transmettent les connaissances. Ces pays font face à un sérieux déficit en infrastructures, notamment en centres de recherche, en laboratoires, en bibliothèques, en ateliers modernes d'apprentissage des métiers, etc.
Dans ces pays, les gouvernants ne modifient guère les canaux de transmission des connaissances, du primaire à l'université, parce qu'ils ignorent que l'enseignement est le premier secteur, voire le moteur du développement de la nation. Il est de notoriété publique que les pays dirigés par des ignorants stagnent, sinon ils se développent difficilement, parce que les dirigeants comprennent difficilement, l'importance de l'innovation et de l'invention.
Le manque d'infrastructures adéquates ne facilite pas la transmission des théories et ne concilie pas efficacement les connaissances en les transformant en pratiques valorisantes et immédiatement utiles à la société.
Voilà pourquoi les Congolais sont toujours de simples utilisateurs des technologies venues d'ailleurs, incapables de concevoir des innovations et des inventions pour résoudre les problèmes qui se posent à eux, à leur société. Alors qu'ils peuvent proposer ensuite ces innovations et ces inventions au monde entier après une phase d'expérimentation locale. Face au reste du monde, notre pays n'est pas compétitif, car les universités ne préparent pas les jeunes à être compétitifs.
"Il est temps d'encourager les génies congolais"
Tant que nous ne comprendrons pas cette sagesse kongo qui dit "Muna nkalu (cruche), lu nuina maza" (traduire :''Vous boirez l'eau à la cruche''), nous demeurerons des répétiteurs de ce que nous recevons d'ailleurs. Il est temps d'encourager les génies congolais, car ils existent. Pour les aider à éclore et à s'épanouir véritablement, nous devons réformer notre système éducatif en transformant les modes de transmission des connaissances, tout en incitant les jeunes à extérioriser leurs talents ou leur génie.
Les pays qui ont compris l'urgence de répondre aux besoins de leurs peuples s'en sortent mieux que ceux qui répètent tout ce qu'ils reçoivent en matière de religion, de sciences, de culture, de technologie, etc. Dans tout ce qu'ils font, les pays dirigés par des gouvernants lucides s'adaptent aux réalités locales et aux attentes de leurs populations (Chine, Russie, Iran, Inde, Singapour).
Ces pays se développent contrairement à la République démocratique du Congo qui stagne. Ils ont déjà compris que les programmes de l'enseignement doivent avant tout tirer leur source dans les problèmes et les réalités de la société locale. Ils font en sorte que les programmes de formation répondent d'abord aux priorités de leur société.
Dans un pays comme les États-Unis, les programmes des universités privées sont différents de ceux des universités publiques, car les universités privées répondent d'abord aux préoccupations des entreprises privées pendant que les universités publiques se préoccupent des intérêts publics.
Dans ce pays, les universités privées sont plus célèbres et plus riches, car elles répondent prioritairement aux préoccupations des entreprises privées, c'est-à-dire aux préoccupations des travailleurs. Ne pourrions-nous pas nous en inspirer pour dynamiser les universités privées de notre pays ? En RD Congo, toutes les universités (publiques et privées) sont soumises aux mêmes programmes, laissant sans réponse les attentes des entreprises privées. Cela est anormal.
"Notre ignorance en matière d'innovation et de marketing fait perdre des millions de dollars à l'état"
Qui ne sait pas qu'en transformant nos fruits en jus et en confiture, notre pays pourra gagner beaucoup d'argent s'ils sont vendus à l'international ? Il est dommage de constater que les universités congolaises forment peu dans la transformation de nos matières premières (tout ce qui existe sur le sol et dans le sous-sol de notre pays) en produits finis prêts à être exportés.
Jusqu'à ce jour, tout ce qui est extrait du sous-sol congolais est expédié à l'étranger à l'état brut, sans recevoir localement la moindre transformation. Même les grumes de bois de nos forêts, vieux de plusieurs décennies, sont soumises au même sort, exportées sans subir la moindre transformation, comme si nous n'avons jamais compris l'importance du bon bois pour nous-mêmes.
Pourtant, des meubles modernes peuvent être fabriqués localement avec nos bois et vendus à prix d'or aux étrangers. Notre ignorance en matière d'innovation et de marketing fait perdre de millions de dollars ou de yuans à notre État.
Désormais, nous devons former plus de spécialistes non seulement dans les différents domaines agricoles pour assurer l'autosuffisance alimentaire, car, l'adage dit: "Ventre affamé n'a point d'oreilles", mais aussi en géologie et dans les métiers de la transformation des matières premières (minerais) en produits finis pour ne plus dépendre continuellement des pays étrangers qui nous exploitent honteusement.
Pendant que les autres pays s'adaptent aux réalités du monde moderne, nous restons accrochés aux programmes d'enseignement conçus selon les réalités internationales. En les acceptant tels qu'ils sont présentés à nous, nous facilitons la mainmise des puissances étrangères sur nos systèmes éducatifs, sur nos schèmes et sur nos productions. Nous produisons uniquement ce que les pays étrangers attendent de nous et nous ne leur proposons rien de nouveau issu de notre savoir-faire. Cela édulcore notre indépendance et notre liberté de pensée. Sommes-nous intelligents, lucides et prévoyants ? Pour aller de l'avant, commençons par réformer convenablement notre système éducatif, du primaire à l'université.