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Mercredi 29 juin 2022 - 05:51

Godefroid Mayobo s’explique

* « On pouvait organiser les funérailles, sans que cela ne s’apparente à une disculpation de la Belgique dans son rôle historique de la mise à mort de Lumumba », hurle l’héritier idéologique de Mbuta Antoine Gizenga.

La RD Congo vibre depuis le 20 juin, au rythme de la remise, 61 ans après, par le royaume de Belgique, de la dent de Patrice Emery Lumumba. De quoi décréter un deuil national en mémoire de cette icône des indépendances africaines. Cependant, à Kinshasa, on note une timide participation du Parti Lumumbiste unifié (PALU), aux obsèques. Dans une interview exclusive à Forum des As, Godefroid Mayobo, secrétaire général et unique successeur officiellement établi du patriarche Antoine Gizenga, s’explique. Interview.

Forum des As : Depuis quelques jours, le pays est en mode deuil national en hommages au héros national, Patrice Emery Lumumba. Comment le Pati lumumbiste unifié (PALU), vit ces moments ?

Godé Mayobo : Pour nous nous, ce deuil présente deux aspects. Le premier est celui basé sur les propos des autorités judiciaires belges. Il vous souviendra qu’en ce mois de juin finissant, le procureur fédéral belge, s’exprimant sur RFI, a déclaré que : « Nous exécutons une décision d’un juge d’instruction belge qui a ordonné que la dent de Patrice Emery Lumumba soit rendue à sa famille biologique« . Cette dent dite de Patrice Emery Lumumba, aurait été gardée jusqu’alors, par un ancien gendarme katangais et qu’on l’aurait récupérée auprès de la fille de ce dernier. Soit dit en passant, ce gendarme n’a jamais été poursuivi ni jugé. Ce qui donne à penser qu’il aurait agi sous ordres des autorités de l’époque. Tout ce que nous attendons, est que toute la lumière soit faite et que le jugement soit rendu. De cette déclaration du procureur fédéral belge, on retient clairement que la dent a été remise à la famille biologique de l’illustre défunt et non à l’Etat congolais. De ce fait, nous avons acté que l’affaire avait plus une dimension familiale qu’officielle. Par conséquent, nous avons estimé que si pour cela, la famille organisait des funérailles et estimait que la dépouille présentée comme celle du premier Premier ministre du Congo, notre immortel héros et père fondateur aussi bien de la République que du Parti Lumumbiste Unifié, représentait valablement l’illustre défunt, afin d’organiser les funérailles, nous serions alors solidaires avec elle.

Cependant, il y a lieu de faire remarquer que si ce qu’on a remis est considéré comme une dépouille réelle du premier Premier ministre de notre pays, c’est qu’il fut tué au Congo et emporté en Belgique. Partant, le rang social de la victime, tuée non pas parce que père de famille, mais comme père de la Nation congolaise, en ce qu’il défendait les valeurs sur lesquelles devait se bâtir  ce nouveau Congo. Ces vertus sont l’unité, la démocratie, la liberté, le respect mutuel, la solidarité et l’avantage des atouts du Congo qui doit impérativement revenir à ses propres fils et filles. C’est donc, justement pour cette cause juste que Patrice Emery Lumumba a payé de sa vie le 17 janvier 1960. Soit, quelque six mois seulement après l’accession de notre pays à sa souveraineté nationale et internationale,  le 30 juin de la même année.

« UN CONTENTIEUX ENTRE LES INSTITUTIONS BELGES ET LE PEUPLE CONGOLAIS »

La haine qu’on a ressentie contre lui, au point de faire disparaitre la dépouille, indique que c’est pour toutes ces raisons que le crime éminemment politique a été commis. Et, nous disons que si la dépouille était considérée comme amenée en Belgique, alors, il va falloir la réclamer d’une certaine façon. Pour nous PALU, c’st un contentieux entre la Belgique, par la voix de ses institutions et le peuple congolais, principale victime de ce crime, ö combien ignominieux et hautement politique. Et, dans ces conditions-là, il est tout à fait logique qu’il appartenait dès lors, aux institutions représentatives du peuple congolais, à savoir le Gouvernement et le Parlement d’entrer en contact avec les structures étatiques belges, pour réclamer cette dent qui devait nous revenir. Non pas comme une petite dent ni encore moins, comme une quelconque faveur. Plutôt, comme un droit réclamé avec force, entendu que Patrice Emery Lumumba a été injustement assassiné et irrégulièrement emporté ailleurs. Hélas. Tous constatons comment les choses se passent.

Ce grand moment de l’histoire du pays coïncide, malheureusement, avec la situation sécuritaire précaire dans l’Est du pays, marquée par la guerre entre le M23 et les FARDC. Votre commentaire. 

Ce qui se passe dans l’Est de notre territoire national, l’opinion se rappellera que le PALU, en son temps, s’était déjà prononcé là-dessus. En disant que 61 ans après l’indépendance, nous ne pouvons plus nous considérer comme une nation infantile. Le pays a des institutions et des responsables qui, le gèrent et qui sont dotés d’instruments nécessaires pour assurer sa sécurité, garantir son intégrité territoriale et son unité. Il se fait que des gens s’aventurent contre ces valeurs. Toutefois, nous continuons à avoir confiance que le Congo, par son organisation, ses atouts (Amée, Police, Services de sécurité, jeunesse, Gouvernement, Parlement…) peut faire face à cette situation, avant que nous ne donnions l’impression d’être pleurnichards et perpétuellement plaintifs. Nous pensons, surtout qu’au moment où nous commémorons le 61ème anniversaire de l’assassinat odieux du héros national, l’heure à effectivement sonné pour prendre effectivement nos responsabilités. Le pays a des ressources humaines, en l’occurrence sa jeunesse qui se sacrifie aussi bien dans l’Armée, la Police que dans les Services de sécurité.  Nous avons donc des moyens de coopération et de relations avec toutes les autres nations du monde qui ne sont pas nécessairement nos ennemis. Avec ça, nous demandons à notre Gouvernement et à notre Parlement,  de faire rapidement face à cette situation et montrer que nous sommes en mesure de défendre l’intégrité du territoire national et d’être des dignes héritiers des pères fondateurs de notre indépendance qui, justement, sont morts pour ça. Je pense que le héros national nous a légué cet attachement à l’unité, la solidarité et à la fraternité. Nous retenons principalement cette détermination à défendre chaque fois notre nation, quoi qu’il en coûte. Surtout que nous le faisons intra muros, parce qu’on est venu nous agresser. Le danger c’est quoi ? C’est quelques minuscules de groupes armés. Que représentent cent ou deux cents combattants étrangers terroristes, par rapport à une armée congolaise structurée composée des centaines de milliers de personnes ? Ceux qui attaquent nos forces  de défense à l’Ets, ne peuvent logiquement avoir ni chairs ni avions de guerre. Mais la RD Congo, comme Etat souverain, dispose de tout l’arsenal nécessaire pour défendre son immense territoire. Nous pouvons même faire appel à des pays amis et frères qui peuvent venir nous soutenir    . Alors, comment notre réaction première peut consister à pleurer ou à se lamenter, même si en réalité nous, nous pleurons pour le sort malheureux de nos frères et sœurs de l’Est. Il faut le dire, nous pleurons certes. Mais ces pleurs et lamentations doivent être relégués au second rang. Il faut donc agir. Car, nos n’avons d’autorisation à demander ni à obtenir de personne. Sauf à notre peuple qui nous dit : « Défendez-nous. Protégez-nous » !

D’aucuns pensent que pour réconcilier la RD Congo avec son passé, il faut réhabiliter toutes les grandes figures ayant structuré l’histoire du pays. En l’occurrence, Joseph Kasa Vubu, Moise Tshombe et le maréchal Mobutu.

Je pense que pour nous au PALU, la reconnaissance ne peut être collective ni en vrac. Si l’on doit réhabiliter ou élever au Panthéon certains personnages de notre histoire, cela doit être fait au prorata des œuvres de chacun. Nous sommes bien d’accord que quand un fils du pays a posé de bons actes, a réalisé de grandes actions pour la nation, il va donc falloir que celle-ci lui soit reconnaissante. Inversement aussi. C’est-à-dire que tout celui qui se serait illustré, pendant sa vie, dans le mal, qui n’aurait rien fait pour le pays…mérite d’être considéré entant que tel. C’est aussi ça la justice. Pour dire simplement les choses, on ne voit pas comment on pourrait demander une mémoire positive pour  tel fils ou telle fille du pays qui se serait illustré par le mal. Nous devons donc condamner et la mémoire doit le retenir, tout ce qui a été négativement fait. Nous ne pouvons, sous aucun prétexte, bâtir l’avenir sur l’impasse. Aujourd’hui, par exemple, on dit non sans effervescence: « On nous a renvoyé la dépouille de notre héros national« . C’est sympathique tout cela. Mais posons-nous la question de savoir qui est condamné ? Qui l’a tué ? Qui a été arrêté pour ce crime ? Qui est venu restituer la vérité au peuple congolais, ne serait-ce que pour lui dire : « voilà ce qui s’était passé avec le père de votre nation, celui-là même que vous avez élu et investi de pleins pouvoirs, c’est tel qui l’a tué et pour tel motif« . Et, pour ça, vous pouvez réclamer telle ou telle réparation. Comment peut-on enregistrer une telle perte, sans qu’il n’y ait des coupables ? C’est incroyable! C’est donc ça, violer la mémoire collective, l’histoire, la tradition de tout un peuple. Voilà pourquoi, nous disons OUI à la réhabilitation de grandes figures du pays. Mais que cela soit fait conformément ou proportionnellement aux actions de chacun. Aussi, la mémoire retiendra de manière positive tel personnage, selon qu’il a posé de bons actes et tel autre, de manière négative, si l’a été à l’opposé du premier. C’st seulement de cette façon-là, que l’on peut se réconcilier avec l’histoire ou se servir, parce que nous n’avons pas de problème de réconciliation dans l mesure où le peuple congolais n’a jamais renié. Il a toujours dit que Patrice Emery Lumumba a été assassiné. Parce que ce peuple connait l’histoire, il n’a donc plus besoin de se réconcilier avec elle. Son plus grand souci étant de connaitre toute la vérité autour de la mort de Lumumba. Qui l’a tué et pour quelle raison ? Et pourquoi venir briser l’élan démocratique d’une nation installée depuis des décennies, de manière à faire une politique qui nous conduit à la régression. Bref, le peuple congolais n’a pas oublié qui a été dictateur oui qui a fait quoi. 

Peut-on dès lors, considérer que la remise de la dent de Lumumba a la RD Congo consacre l’épilogue du contentieux avec la Belgique ?

Humainement, historiquement et politiquement parlant, on ne saurait prendre un tel raccourci pour en faire une déduction hâtive. Eux-mêmes (ndlr : les Belges), ont dit avoir remis la dent à la famille biologique du défunt et non à l’Etat congolais. Cela veut dire simplement que le problème avec le peuple congolais demeure irrésolu, dans la mesure où il n’a pas été abordé. Partant, on ne peut pas dire que le contentieux belgo-congolais, si c’est cela, parce qu’il y a d’autres litiges, entre autres, la répartition de ce qu’étaient les sociétés à charte, le sort de notre stock d’or parce que pendant toute la colonisation, la colonie avait ses finances et la métropole avait les siennes. Notre stock d’or, dans ce qui servait de banque (la BSCD), se trouverait actuellement où ? Le peuple congolais, par ses institutions, verra l’opportunité de soulever tel ou tel problème et le traitement à donner à tel ou tel pour que les relations avec la Belgique soient réellement apaisées. Si toute la lumière est faite sur les litiges qui restent pendants, c’est alors qu’on pourra bâtir des relations harmonieuses et harmonisées, de sorte que plus personne ne reviendrait pour régler quoi que ce soit. Mais, profiter de la remise d’une dent à une famille et dire que l’affaire est réglée avec la RD Congo, nous pensons que ce n’est pas faire justice au peuple congolais et à ce qu’il a enduré à la suite de ce crime.

En ces moments hautement symboliques des obsèques de P.E Lumumba, on constate que le PALU y est presqu’absent, à défaut d’y participer timidement. Que se passe-t-il ?

Le Palu dit qu’il est et reste solidaire avec la famille biologique du héros national, si elle organise les funérailles. Mais le parti serait pleinement engagé lorsque ce serait une affaire conduite par les institutions de la République, en l’occurrence l’Exécutif national et le Parlement, parce qu’au PALU, on se pose la question : Pour une relique remise à la famille, quelle est la procédure suivie pour que cette dernière devienne une affaire nationale ? Comment le Gouvernement  a pris le relai de la famille ? Une affaire pour devenir celle de la Nation, suit une procédure, de sorte que ce qui a été fait en privé, devienne quelque chose d’officiel qui concerne l’ensemble du peuple. Je dois souligner ici que nous n’avons rien contre le Gouvernement. Bien au contraire. Cependant, s’il décide que nous devons commencer à parler de ce crime qui est à la base, comme le péché originel qui a dérangé le Congo jusqu’à ce jour et les conséquences  sont là. On a tenté de briser le pays, son élan démocratique et on a freiné son progrès, en permettant à des régimes et à des dirigeants tout à fait mafieux et négatifs pour la nation, de s’installer. Pour nous, il est tout à fait logique que tous ceux qui ont en charge la gestion du pays, s’emparent d’un tel problème et intègrent tout le monde dans la gestion. Mais, si nous ne voyons pas clair, nous sommes en droit légitimes de nous montrer quelque peu réticents. Et, du point de vue traditionnel, nous sommes des êtres à respecter dans notre tradition où il y a des coutumes. Et là, si nous prenons l’image d’un clan, Lumumba est un chef de clan qui a été  tué. Est-ce que nous n’avons pas de façon d’aborder de tels problèmes ? Et, nous ne devons pas oublier que même si quelqu’un avait emporté une dent à l’étranger, on devrait nécessairement le poursuivre et l’arrêter, dès lors qu’il s’agit d’une détention illégale des restes humains. Je ne sais pas si en Belgique, existe une loi qui réprime de tels actes. Mais, du point de vue des obsèques, nous ne pouvons pas, dans nos traditions, considérer que le corps de Lumumba est parti à l’étranger. Non ! Il a été tué, dissout dans un fut d’acide ici au pays. Donc, du point de vue des funérailles à caractère traditionnel et moderne, on pouvait le faire ici. On n’avait donc pas besoin d’attendre une dent pour ensuite organiser les obsèques   . Et, on pouvait les organiser sans que le cela ne s’apparente à une disculpation de la Belgique dans son rôle historique de la mise en mort de Patrice Emery Lumumba. Ca, c’est une affaire qui ne concernait que les Congolais. Sinon, comment une famille qui a perdu l’un de ses proches dans un naufrage en pleine mer, organise les obsèques ?

Moralité, pour le héros national, on pouvait aussi faire autant, parce que nous avons des coutumes et des traditions et nous sommes une nation. On ne pouvait donc pas, attendre ce que les assassins ont pu subtiliser pour, finalement, organiser les funérailles. Non !

Un mot pour conclure ?

Lumumba est mort héros national. Il avait des compagnons qui sont également décédés pour la plupart. Les uns tragiquement, les autres  après un bon parcours. Cas du patriarche Antoine Gizenga. Ils on laissé la Nation à bâtir et nous n’avons pas encore commencé sérieusement à nous asseoir et réfléchir pour bâtir notre Nation. On est toujours freiné. Ils nous ont prêché de vivre dans l’unité et c’est ça qui fait la force.  Et, ils nous ont également dit de vivre dans la la solidarité. Nous sommes désormais un pays depuis le 30 juin 1960 ; Nous devons nous aimer les uns les autres, devons arriver à ce que certaines nations ont établi comme règle. Aucun Congolais ne peut verser le sang d’un autre. Et, nous voyons comment les choses se passent ailleurs. Pour un soldat capturé, par exemple, toute la nation se mobilise pour le sauver. Et, c’est ça qui devait se faire chez nous. Mais nous assistons à des comportements du genre où un jeune Congolais prétendument Mai-Mai, tire à bout portant sur son frère au motif que ce dernier avait attaqué sa position. C’est inacceptable. Pourtant, la position de la Force de défense dans un pays, c’est toute la nation. Comment les étrangers n’ayant ni forêt ni champ, viennent s’installer vingt ans durant sur le territoire national congolais, égorger et tuer les Congolais? Ce n’est pas normal. Ca, nous pensons que c’est tout à fait contraire à ce que nous ont légué nos pères fondateurs. Il est donc temps, pour la troisième génération après l’indépendance, d’ouvrir les yeux, de prendre conscience afin de changer la courbe descendante observée jusqu’à ce jour.  Il faudrait faire en sorte que cette courbe devienne ascendante pour permettre au pays d’amorcer son progrès. Propos recueillis par Grevisse KABREL

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