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Étienne Tshisekedi, neuf ans déjà dans l’au-delà
*Le Sphinx de Limete n’est pas oublié.
Étienne Tshisekedi wa Mulumba est décédé le 1er février 2017 en Belgique, des suites d’une embolie pulmonaire. Il avait 84 ans. Neuf ans après la disparition de l’ancien Premier ministre et fondateur de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), sa figure demeure profondément ancrée dans la mémoire collective congolaise.
Pendant près de quarante ans, Étienne Tshisekedi a incarné la résistance politique. D’abord face au régime autoritaire de Mobutu, puis face aux pouvoirs successifs de Laurent-Désiré Kabila et de Joseph Kabila. Pour de nombreux Congolais, il reste le symbole d’une opposition ferme et moralement inflexible.
À Kinshasa, son nom est encore prononcé avec respect. Dans les quartiers populaires, notamment à Limete, considéré comme son fief politique, les habitants évoquent toujours «Papa Étienne» ou «Ya Tshitshi». Devant le siège de l’UDPS, militants et simples passants se souviennent d’un homme qui, selon eux, n’a jamais changé de discours malgré les pressions, les humiliations et les épreuves.
CONNU POUR SON LANGAGE ENIGMATIQUE
Surnommé le «Sphinx de Limete», Étienne Tshisekedi était connu pour son langage parfois énigmatique. Il parlait peu, mais chacun de ses mots était attendu et analysé. Cette posture a contribué à construire une image presque mythique autour de sa personne, même si elle a parfois suscité de l’incompréhension chez certains de ses partisans, frustrés par l’absence de résultats politiques concrets.
S’il n’a jamais exercé durablement le pouvoir suprême, son influence politique est restée considérable. À son apogée, un simple mot d’ordre suffisait à mobiliser des foules immenses. Sa devise, «le peuple d’abord», résonne encore dans les mémoires. Il a été l’un des premiers à défendre ouvertement le pluralisme politique, la démocratie et l’État de droit dans un pays longtemps marqué par le parti unique et l’autoritarisme.
Culture de la contestation
Pour beaucoup de Congolais, Étienne Tshisekedi a surtout transmis une culture de la contestation et du courage politique. Il a appris aux citoyens à dire non, à résister et à revendiquer leurs droits. Cette dimension éducative de son combat reste l’un de ses héritages les plus forts.
Né le 14 décembre 1932 à Kananga, dans le Kasaï, Étienne Tshisekedi s’est formé au droit avant de participer aux premières années mouvementées de l’indépendance congolaise. Après avoir occupé plusieurs fonctions ministérielles sous Mobutu, il rompt avec le régime en 1980 et cofonde, en 1982, l’UDPS.
Jusqu’à la fin de sa vie, il est resté fidèle à son image d’éternel opposant, convaincu de sa légitimité à diriger le pays. Sa casquette emblématique et son visage austère sont devenus des symboles de résistance et d’espoir pour une alternance politique pacifique, encore attendue par de nombreux Congolais.
Neuf ans après sa disparition, Étienne Tshisekedi demeure une référence incontournable de l’opposition congolaise.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO