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Enterrement désordonné à Kinshasa : les autorités invitées à mettre fin au chaos
Enterrer un membre de famille à Kinshasa relève d'un parcours du combattant. C'est un véritable calvaire auquel sont confrontés les proches parents du défunt. Selon les estimations faites par une récente mission de l'Assemblée provinciale de Kinshasa (APK), au bout du compte de toutes les démarches, un enterrement modeste revient entre 2000 et 2500 dollars américains, un enterrement standard entre 2500 et 5000 dollars, et un enterrement VIP peut dépasser les 10000 dollars américains.
Le calvaire de ceux qui ont perdu un membre de famille ne commence pas dès le décès. Il faut tenir compte des dépenses relatives à l'hospitalisation du défunt. Aujourd'hui, dans les formations hospitalières de l'État, les médecins et le personnel auxiliaire ont mis de côté leur serment. Sans moyens financiers, on peut perdre un proche si on n'est pas capable de se soumettre aux exigences des hommes en blouse blanche. L'État ayant abandonné l'allocation des subsides aux hôpitaux, le personnel soignant se rabat sur les malades. Cela justifie le nombre élevé des morts que nous enregistrons.
L'ENTERREMENT PLUS QU'UN MARTYRE
Outre les dépenses liées aux soins médicaux, une autre question se pose aux familles au cas où leurs proches malades ne sortent pas vivants. Il s'agit des obsèques à organiser.
Dans une ville où l'incivisme s'est érigé en mode de vie et où l'absence de l'autorité de l'État est manifeste, l'enterrement devient plus qu'un martyre. À la morgue, les prix de la conservation du corps varient d'une institution hospitalière à l'autre. Le tarif journalier varie entre 10000 et 25000 FC. C'est pourquoi, pour certaines familles qui sont incapables d'honorer leurs factures, la seule solution consiste à "négocier" avec les agents affectés au service des finances, ou ils abandonnent les corps à la morgue pour être inhumés comme indigents par l'Hôtel de ville.
A ces frais s'ajoutent d'autres frais de la toilette et l'habillage du corps, l'embaumement, le certificat de décès qui avoisine 10 dollars, et les pourboires à donner aux croque-morts.
À propos des morgues, il importe d'indiquer que suivant une étude menée par les géographes de l'Université pédagogique nationale (UPN), Kinshasa compte une trentaine, un nombre jugé insuffisant. Certaines reçoivent deux ou trois fois plus de dépouilles que leurs capacités d'accueil, au point d'y placer deux corps par tiroir.
Désordre caractérisé dans les cimetières
La dernière étape de ce parcours du combattant se trouve au cimetière. Mais avant d'en arriver là, il faut passer par l'achat du cercueil, négocier un corbillard ou un bus de transport ordinaire appelé Esprit de vie ou 207 pour le transport des membres de la famille ou proches au cimetière.
Le cercueil n'a pas de prix fixe. Il va du simple au décuple : entre 250 à 10000 dollars américains selon qu'il a été fabriqué à Kimbanseke ou plus pour le modèle de prestige baptisé du nom des célébrités. Quant au corbillard, il se loue entre 100 et 300 USD pour conduire le mort de la morgue au lieu de la veillée mortuaire, ensuite au cimetière.
Au retour de l'inhumation, les éprouvés doivent penser aux ventres de tous ceux qui ont venus compatir à leur malheur : comme pour dire ceux qui ont perdu le leur sont appelés à débourser encore des sous pour assurer le manger de plusieurs dizaines de personnes ayant assisté aux obsèques.
À propos de cimetières, il y règne un désordre intolérable surtout pour ceux publics. Ceux qui sont officiellement fermés continuent d'accueillir des corps par superposition. Des maisons d'habitation y ont même été bâties à l'intérieur du périmètre. Une récente mission de l'APK révèle que " 80% de cimetières de Kinshasa n'ont pas de documents administratifs complets et n'ont pas suivi la démarche requise". Malgré leur situation irrégulière, ils continuent à fixer et à percevoir des frais exorbitants auprès des personnes déjà affectées par la perte des leurs.
En substance, le gouvernorat de la ville de Kinshasa, et pourquoi pas le gouvernement central, sont invités à agir pour remettre l'ordre dans ce secteur. Kinshasa n'est pas une jungle où chacun peut se permettre de poser des actes comme bon lui semble. La loi est dure mais c'est la loi. Il faut la respecter. Mais surtout la faire respecter. Muke MUKE