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Daniel Mukoko Samba: "Le moment est venu de passer de la parole à l'acte"
La troisième édition du Forum économique RDC–Angola s’est achevée, hier jeudi 2 avril, sur une inflexion notable : celle d’un réalisme partagé, où les ambitions affichées cèdent progressivement la place à l’exigence de résultats concrets. Pendant deux jours, décideurs publics et opérateurs économiques venus de la République démocratique du Congo et de l’Angola ont confronté leurs visions à la réalité des contraintes structurelles. Une conclusion s’impose avec netteté : l’ère des intentions doit désormais laisser place à celle de l’exécution.
Le ministre angolais de la Coordination économique, José de Lima Massano, a donné le ton en inscrivant cette rencontre dans une trajectoire stratégique assumée. «Aujourd’hui, cet espace s’est affiné comme un catalyseur de partenariats et un site de notre détermination de construire un avenir partagé de prospérité, harmonie, stabilité et développement durable», a-t-il affirmé, soulignant dans le même souffle l’évidence d’une complémentarité encore sous-exploitée : «Nos économies sont complémentaires. Nos peuples sont inter liés. Et nos frontières sont les portes naturelles de la construction, du commerce et du développement et de l’intégration».
Au-delà des principes, Luanda met en avant des leviers techniques déjà opérationnels. Les échanges financiers, adossés à des systèmes compatibles, ne constituent plus un obstacle en soi.
«Les banques commerciales de nos deux pays fonctionnent sur le même système de paiement, la chaîne SWIFT. Cela signifie qu’il n’y a pas de barrière technique ou technologique pour la globalisation du commerce.»
Dès lors, les blocages relèvent moins de l’infrastructure que de l’organisation institutionnelle. D’où l’insistance sur la nécessité de structurer les flux, de renforcer les mécanismes de coordination et d’installer des canaux permanents de dialogue entre administrations et secteur privé. Une approche résumée par une conviction forte : l’addition des forces nationales peut produire un effet de levier régional significatif.
«Le temps de discours est révolu, nous devrons commencer à agir», encourage Mukoko
À Kinshasa, cette vision trouve un écho exigeant, porté par le ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba. Dans un ton résolument direct, il acte un tournant discursif : «Nous avons convenu que le temps des discours était révolu et que nous devrions commencer à agir». Une déclaration qui marque un glissement assumé vers une logique de résultats, matérialisée par la mise en place de points focaux chargés d’assurer un suivi rigoureux des engagements et d’activer, en temps réel, les correctifs nécessaires.
Parmi les priorités immédiates figure la fluidification des transactions financières transfrontalières. À cet effet, les gouverneurs des banques centrales des deux pays ont entamé des consultations en vue de l’élaboration d’un protocole attendu en juillet 2026 au plus tard. L’objectif étant de lever les obstacles persistants qui freinent encore le règlement des opérations commerciales entre les deux économies.
Car le diagnostic reste sans appel. Malgré une proximité géographique et humaine évidente, les échanges officiels plafonnent à des niveaux dérisoires au regard du potentiel. «Deux États, deux peuples unis mais à peine aux alentours de 150 millions de dollars d’échanges officiels», a rappelé Mukoko Samba, mettant en lumière un déséquilibre structurel alimenté par la prédominance du commerce informel et la fragmentation des circuits formels. «C’est cela que nous voulons corriger», a-t-il insisté.
La réponse s’articule autour d’une feuille de route ambitieuse : harmonisation des politiques économiques, facilitation de la libre circulation des biens et des services, amélioration du climat des affaires et sécurisation des investissements. Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, la RDC entend accélérer les réformes pour réduire les barrières administratives et renforcer la confiance des investisseurs. L’objectif affiché est de transformer un voisinage géographique en véritable corridor économique intégré.
Au-delà des mécanismes, un paradoxe demeure frappant : la proximité physique contraste avec la faiblesse des interactions économiques. «Il ne faut que 45 à 50 minutes pour aller de Luanda à Kinshasa et nous nous visitions si peu», a souligné Mukoko Samba, pointant une inadéquation entre potentiel et réalité.
«le moment est venu de passer de la parole à l’acte»
Dans ce contexte, l’heure est à la mise en mouvement. «Je crois que le moment est venu de passer de la parole à l’acte», a-t-il conclu, dans une formule qui résonne comme une injonction politique autant qu’un engagement stratégique.
Au terme du forum, une dynamique nouvelle se dessine. Les échanges ont mis en évidence des obstacles persistants: poids du commerce informel, insuffisance de la coordination institutionnelle, cadres réglementaires perfectibles tout en esquissant des pistes opérationnelles pour y remédier. À travers la formalisation des échanges, le renforcement des mécanismes de coopération et la structuration progressive de chaînes de valeurs régionales, Kinshasa et Luanda semblent désormais engagés dans une phase décisive.
Plus qu’un rendez-vous diplomatique, ce forum aura donc servi de test de crédibilité. Désormais, l’intégration économique entre la RDC et l’Angola ne se mesure plus à l’aune des déclarations, mais à celle de leur traduction effective sur le terrain. Dans cet espace transfrontalier encore sous-exploité, l’enjeu n’est plus de convaincre, mais de livrer.
Jérémie ASOKO


3ème EDITION DU FORUM ECONOMIQUE D.R. CONGO – ANGOLA
“Intégration sous-régionale et développement du commerce transfrontalier”
Lieu: Hôtel Golden Tulip, Kinshasa
COMMUNIQUE FINAL
Sous les Hauts Auspices de Leurs Excellences Monsieur Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République Démocratique du Congo, et Monsieur João Manuel Gonçalves LOURENÇO, Président de la République d’Angola, s’est tenue à Kinshasa, du 1er au 2 avril 2026, la troisième édition du Forum Économique République dAngola – République Démocratique du Congo, placée sous le thème :
« Intégration sous-régionale et développement du commerce transfrontalier ».
Ce Forum a réuni les membres des Gouvernements, les responsables des administrations publiques, les institutions financières, les opérateurs économiques ainsi que les experts des deux pays.
Les travaux ont été marqués par un esprit de fraternité, de coopération et de volonté commune de renforcer les relations économiques bilatérales, dans l’intérêt mutuel des deux peuples.
I. Objectifs du Forum
Le Forum avait pour objectifs principaux de :
- promouvoir le développement du commerce transfrontalier formel ;
- renforcer l’intégration économique et financière entre les deux pays ;
- identifier les obstacles structurels aux échanges ;
-
proposer des mesures concrètes en vue de stimuler les investissements et les partenariats économiques.
II. Constats
Les participants ont relevé que, malgré le potentiel considérable des échanges entre les deux pays, plusieurs contraintes continuent de freiner leur développement, notamment:
- la prédominance du commerce informel ;
- les difficultés liées aux systèmes de paiement formels ;
- la multiplicité des taxes et des barrières administratives ;
- les tracasseries aux frontières ;
- l’insuffisance des infrastructures logistiques et frontalières ;
- le manque d’harmonisation des cadres réglementaires et fiscaux ;
- le faible niveau de digitalisation des procédures.
III. Recommandations
Au terme des travaux, les participants ont formulé les recommandations suivantes :
1. Facilitation du commerce et modernisation douanière
- Accélérer la digitalisation et l’interconnexion des systèmes douaniers ;
- Mettre en place des postes frontaliers à guichet unique ;
- Simplifier et harmoniser les procédures douanières et fiscales.
2. Formalisation des échanges transfrontaliers
- Instituer un régime commercial simplifié pour le petit commerce frontalier ;
- Renforcer les mécanismes de lutte contre la fraude et la contrebande.
3. Développement des infrastructures
- Moderniser les infrastructures frontalières et logistiques ;
- Améliorer les corridors de transport et les facilités de transit.
- Faire du corridor de Lobito un axe structurant d’intégration régionale, à travers la modernisation coordonnée des infrastructures ferroviaires et routières, la création des activités minières, industrielles et agro-industrielles et l’inclusion des communautés riveraines.
- Investir dans la production de l’énergie électrique pour répondre à la demande croissante.
- développer des plateformes logistiques multimodales (rail–route–port) afin d’optimiser les coûts et délais de transport.
4. Intégration financière
- Harmoniser les réglementations de change ;
- Promouvoir l’utilisation des systèmes régionaux et panafricains de paiement (SADC-RTGS, PAPSS) ;
- Faciliter les transactions en monnaies nationales.
5. Inclusion financière
- Renforcer l’accès des populations aux services financiers ;
- Promouvoir l’éducation financière et les solutions numériques.
6. Coopération institutionnelle
- Mettre en place des mécanismes permanents de concertation ;
- Renforcer la coopération entre administrations douanières, fiscales et financières.
7. Partenariat public-privé
- Encourager les investissements conjoints et les joint-ventures ;
- Impliquer davantage le secteur privé dans la mise en œuvre des réformes.
8.Pêche et économie bleue
- développer des infrastructures de stockage frigorifique et de transport réfrigéré;
- améliorer la chaîne logistique afin de réduire les pertes post-capture ;
- mettre en œuvre effectivement les accords bilatéraux de pêche ;
- gérer de façon concertée les espaces maritimes et la prévention des incidents liés à la pêche ;
- renforcer les mécanismes de surveillance maritime et de lutte contre la pêche illégale.
9.Hydrocarbures
- mettre en place un cadre bilatéral d’échanges sécurisés et transparents ;
- structurer une chaîne de valeur pétrolière régionale ;
- développer des plateformes logistiques transfrontalières intégrées ;
- mettre en place un mécanisme de financement conjoint.
IV. Engagements
Les parties ont convenu de :
- élaborer une feuille de route conjointe, assortie d’indicateurs de performance ;
- assurer un suivi régulier de la mise en œuvre des recommandations ;
- renforcer la coordination entre les institutions compétentes des deux pays ;
- œuvrer à la mise en place progressive d’un espace économique intégré ;
- pour les deux gouverneurs des banques centrales, qui se sont rencontrés, de signer un protocole d’accord à une date à convenir en juillet 2026 ;
V. Conclusion
À l’issue des travaux, les participants ont exprimé leur satisfaction quant à la qualité des échanges et aux résultats obtenus.
Ils ont salué l’engagement des Hautes Autorités des deux pays à renforcer la coopération économique bilatérale et à promouvoir une intégration effective et durable.
Les participants ont réaffirmé leur engagement de traduire les recommandations issues du Forum en actions concrètes, au bénéfice des populations des deux pays.
Le prochain forum sera organisé en Angola à une date à convenir entre les deux gouvernements.
Cette déclaration finale est rédigée en français et en portugais.
Fait à Kinshasa, le 2 avril 2026
Pour le Gouvernement de la République Démocratique du Congo
Daniel MUKOKO SAMBA
Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Economie Nationale
Pour le Gouvernement de la République d’Angola
José de Lima MASSANO
Ministre d’Etat, Ministre de la Coordination Economique