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Ebola : 808 cas confirmés et 192 décès, le gouvernement intensifie la riposte face aux résistances communautaires
Un mois après la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola avec la souche Bundibugyo dans l’Est de la République démocratique du Congo, le gouvernement fait état de 808 cas confirmés, 192 décès et plus de 50 guérisons, tout en alertant sur la persistance des résistances communautaires qui compliquent les efforts de contrôle de la maladie.
Lors d’un briefing de presse coanimé, le lundi 15 juin, avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le ministre de la Santé publique, Dr Samuel Roger Kamba, a dressé un état des lieux de la riposte, soulignant que l’épicentre de l’épidémie demeure la zone de santé de Mongwalu, en Ituri, où la situation reste la plus préoccupante.
« Nous sommes exactement à un mois de la déclaration de cette épidémie. Aujourd’hui, nous comptons 808 cas confirmés, 192 décès confirmés et 363 personnes hospitalisées ou placées en isolement », a indiqué le ministre.
Déclarée officiellement le 15 mai dernier, l’épidémie avait déjà atteint trois zones de santé Bunia, Rwampara et Mongwalu avant de franchir les frontières nationales vers l’Ouganda, lui conférant rapidement une dimension internationale. À ce jour, la maladie touche 31 zones de santé réparties dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
“EBOLA N’EST NI UNE MALADIE MYSTIQUE NI UNE CONDAMNATIONS À MORT”
Malgré l’ampleur de la crise sanitaire, les autorités sanitaires mettent en avant des résultats encourageants. Plus de cinquante patients ont déjà été déclarés guéris grâce à une prise en charge précoce. Selon Samuel Roger Kamba, le taux de mortalité est actuellement estimé à 23 %, ce qui signifie que les malades qui se présentent rapidement dans les centres de traitement disposent d’importantes chances de survie.
« Ebola n’est ni une maladie mystique ni une condamnation à mort. Plus les patients arrivent tôt dans les structures sanitaires, plus leurs chances de guérison augmentent », a insisté le ministre.
Cependant, les obstacles restent nombreux. Le principal défi identifié par les autorités concerne la méfiance persistante de certaines communautés. Dans plusieurs localités affectées, des habitants continuent de considérer Ebola comme une invention ou une manipulation du système sanitaire, alimentant ainsi le refus de dépistage et le rejet des structures de prise en charge.
Cette défiance se manifeste également lors des enterrements, considérés comme l’un des principaux vecteurs de transmission du virus. Les équipes sanitaires font face à des résistances lorsque des familles s’opposent aux procédures d’inhumation sécurisée et tentent de réaliser elles-mêmes les rites funéraires traditionnels.
« Les enterrements constituent aujourd’hui le plus grand risque de contamination. Il est impératif que les communautés comprennent que les mesures de sécurité visent à protéger les familles et non à leur enlever leurs traditions », a expliqué le ministre.
UN APPEL AUX LEADERS COMMUNAUTAIRES
Pour surmonter ces difficultés, le gouvernement mise sur le renforcement de l’engagement communautaire. Un appel a été lancé aux leaders locaux, aux autorités coutumières ainsi qu’aux commissaires généraux afin qu’ils sensibilisent davantage les populations sur les réalités de la maladie et l’importance de la prise en charge précoce.
Parallèlement, les autorités sanitaires accélèrent le déploiement des relais communautaires chargés d’identifier et de signaler les cas suspects. Sur les 1 200 relais déjà formés, 1 000 sont actuellement opérationnels sur le terrain. Leur nombre devrait atteindre plusieurs milliers d’ici début juillet afin d’améliorer la surveillance épidémiologique.
Cette stratégie vise notamment à renforcer le suivi des cas contacts, dont le taux de surveillance reste limité à 63 %, bien en dessous de l’objectif fixé à 95 %.
Malgré ces défis, le ministre de la Santé se veut rassurant. Les équipements médicaux et logistiques sont disponibles et la réponse sanitaire continue de monter en puissance. Pour les autorités, l’augmentation du nombre de cas détectés traduit également une meilleure capacité à identifier les malades au sein des communautés avant qu’ils ne propagent davantage le virus.
Un mois après le déclenchement de l’alerte, la bataille contre Ebola reste donc intense. Si les équipes sanitaires gagnent progressivement du terrain, la victoire dépendra largement de l’adhésion des communautés, désormais considérée comme l’arme la plus décisive pour briser les chaînes de transmission.
Jérémie ASOKO