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Dialogue national : Muyaya affirme qu'il vise la construction d'un « bloc national » face à l'agression rwandaise
Le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi n'a pas vocation d'ouvrir un nouveau front politique, mais à rassembler les Congolais autour d'un « bloc national » pour défendre la souveraineté du pays face à l'agression du Rwanda. C'est le message central livré le vendredi 17 juillet par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, au lendemain des échanges entre le Chef de l'État et les responsables de la Cenco ainsi que de l'Église du Christ au Congo (ECC).
Lors d'un briefing de presse, le ministre de la Communication et Médias a expliqué que l'initiative présidentielle s'inscrit dans un contexte exceptionnel où la priorité est de renforcer l'unité nationale afin de faire face à la crise sécuritaire persistante dans l'Est de la République démocratique du Congo.
Pour illustrer cette démarche, Patrick Muyaya a invoqué des précédents internationaux. Il a rappelé qu'après les attentats du 11 septembre 2001, démocrates et républicains s'étaient rangés derrière le président George W. Bush pour défendre les intérêts des États-Unis, malgré les controverses suscitées par certaines mesures sécuritaires. Il a également cité la réaction de la classe politique française après les attentats contre Charlie Hebdo, lorsque l'ensemble des sensibilités politiques avait fait bloc autour du président François Hollande.
Selon le porte-parole du gouvernement, le pays devrait adopter la même posture de solidarité nationale alors que plusieurs rapports des Nations unies, des États-Unis et d'organisations internationales mettent en cause le Rwanda dans le conflit qui déchire l'Est du pays.
LES RESPONSABLES ECCLÉSIASTIQUES ONT QUALIFIÉ LE RWANDA DE PAYS AGRESSEUR
Le ministre Muyaya est également revenu sur les critiques ayant entouré la visite des responsables de la Cenco et de l'ECC à Goma, dans une zone sous l'influence de la rébellion de l'AFC/M23. Il a reconnu que cette initiative avait suscité des interrogations au sein d'une partie de l'opinion publique, qui y voyait un manque de fermeté face à l'agression.
Patrick Muyaya a toutefois assuré que les échanges avec les responsables religieux ont dissipé toute ambiguïté. Selon lui, le cardinal Fridolin Ambongo ainsi que les autres responsables ecclésiastiques ont clairement réaffirmé leur position en qualifiant le Rwanda de pays agresseur et en appelant à la fin des hostilités.
Le porte-parole du gouvernement a également salué l'attitude du président Félix Tshisekedi. Il a estimé que celui-ci a privilégié l'intérêt supérieur de la Nation en recevant les responsables religieux malgré les divergences apparues ces derniers mois. À ses yeux, cette ouverture démontre la volonté du Chef de l'État de favoriser un large rassemblement des forces vives du pays autour de la défense de l'intégrité territoriale.
Patrick Muyaya a, en outre, rappelé que le Président de la République est le seul habilité, en vertu de l'article 69 de la Constitution, à convoquer et organiser un dialogue national. Il considère ainsi que cette initiative apporte une réponse à ceux qui doutaient de la volonté du Chef de l'État de promouvoir la cohésion nationale et la paix.
RENFORCEMENT DE L'UNITÉ NATIONALE
L'annonce de ce dialogue intervient dans un climat politique particulièrement sensible. Alors que la guerre dans l'Est se poursuit, les débats autour d'une éventuelle réforme constitutionnelle continuent d'alimenter les tensions entre la Majorité et l'Opposition. Cette dernière soupçonne le pouvoir de vouloir modifier la Constitution afin de permettre au président Tshisekedi de briguer un nouveau mandat, une accusation rejetée par le camp présidentiel.
L'initiative présidentielle intervient également au moment où les efforts diplomatiques engagés sur plusieurs fronts peinent encore à produire des résultats décisifs. Les accords de Washington, destinés à rapprocher Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha entre le gouvernement et l'AFC/M23 sous médiation qatarie, n'ont pas encore permis d'obtenir une désescalade durable sur le terrain.
En parallèle, plusieurs chefs d'État de la sous-région, notamment du Burundi, du Congo-Brazzaville et d'Angola, poursuivent leurs consultations afin d'accompagner la RDC dans la recherche d'une sortie de crise. Tous plaident pour un renforcement de l'unité nationale, considérée comme une condition indispensable pour préserver l'intégrité territoriale du pays et restaurer durablement la paix.
Jérémie ASOKO