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Yokohama, au cœur des négociations pour la paix: Judith Suminwa porte la voix de la RDC
Il est à peine matin lorsque la délégation congolaise entre dans l'un des salons huppés du Centre de conférences de la TICAD9. Autour de la Première ministre Judith Suminwa, l'atmosphère est tendue mais résolue : sur la table, les dossiers s'empilent. Sécurité, rapatriements, accords bilatéraux et, au delà des papiers, pèsent des vies déplacées et des villages encore sous la menace des armes.
La Cheffe de l'Exécutif national rd congolais a enchaîné, hier mercredi, en l'espace de quelques heures, des rencontres qui disent autant la complexité de la crise qu'une volonté tenace de lui trouver des réponses régionales.
D'abord Mahmoud Ali Youssef, le nouveau président de la Commission de l'Union africaine, élu en mars dernier. Les deux responsables ont longuement échangé sur les négociations qui se déroulent actuellement à Washington et à Doha. Avec fermeté, M. Youssef a plaidé pour une coordination africaine forte : "Pas de prolifération d'initiatives ", a t on retenu. L'idée est simple et lourde de sens : Confier à l'Union africaine le pilotage du processus, installer un secrétariat à Addis Abeba, donner aux facilitateurs une ligne claire sous l'autorité du médiateur. Autrement dit, mettre l'Afrique " au volant " d'une résolution dont l'efficacité dépendra de la cohérence et de la confiance retrouvées sur le terrain.
Plus intime, plus humain, le deuxième visage de la matinée a été l'entretien avec Raouf Mazou, haut commissaire adjoint chargé des opérations au HCR. Là, il n'est plus question de stratégies géopolitiques. Mais de corps et de destinées : des Congolais au Rwanda, des Rwandais en RDC des trajets anciens, parfois longs de décennies, qui exigent que tout rapatriement soit volontaire, sûr et digne. " Le retour ne peut être forcé ", a rappelé M. Mazou. Et, derrière cette formule, une réalité concrète : il faudra du temps, des moyens, des garanties pour que des familles retrouvent leur foyer sans craindre pour leur vie ni leur dignité.
La journée s'est refermée sur la rencontre avec João Lourenço, président angolais et président de l'Union africaine. Les échanges ont croisé sécurité et économie : hydrocarbures, pêche, et une invitation à la RDC pour l'inauguration prochaine de la raffinerie de Cabinda. Plus qu'un calendrier diplomatique, ces rendez vous portent la promesse d'un pivot régional Luanda et Kinshasa décidées, selon les mots échangés, à faire du partenariat un levier de stabilité et de prospérité.
Partout, la même attente : que paroles et engagements se traduisent en actes. La Première ministre, qui prendra la parole cet après midi à la TICAD9 pour défendre une vision congolaise de la paix et de la sécurité, incarne cette tension : celle d'un pays qui réclame des réponses rapides mais aussi durables. À ses côtés, les institutions africaines et les agences internationales rappellent qu'aucune solution n'est possible sans coordination, sans financement ni, surtout, sans la confiance des populations directement concernées.
Sur le chemin du centre de conférences, les couleurs de Yokohama défilent panneaux, délégations, traducteurs affairés. Mais dans la tête de ceux qui suivent ces pourparlers, c'est une autre image qui demeure: des villages à l'Est de la RDC où le silence précède parfois l'attaque, des familles qui attendent un courrier officiel, une autorisation de retour, ou simplement un geste qui leur permettra de dormir sans peur.
Ce reportage ne peut clore la journée : il n'y a pas, ici, de fin nette, seulement des étapes réunions, invitations, promesses qui, cumulées, formeront peut être la trame d'une paix enfin tenue. Pour l'heure, la Première ministre repart à sa table de travail, porteuse d'un message clair : la solution doit être " africaine ", coordonnée, et respectueuse de l'humain. Et tandis que les micros se taisent, des voix venues de loin espèrent que ces paroles trouveront, bientôt, des traductions en faits.
Jérémie ASOKO