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Session parlementaire de septembre : Sama Lukonde et Aimé Boji à la tribune, l'opposition dans la rue
Le Palais du Peuple a renoué, hier, avec l'effervescence des grands rendez-vous institutionnels. Dès les premières heures de ce mardi 15 septembre, les abords du siège du Parlement étaient placés sous étroite surveillance. Policiers en nombre, accès filtrés, contrôles systématiques, la rentrée parlementaire s'est déroulée dans un climat où la solennité de l'événement se mêlait à la vigilance sécuritaire.
À l'intérieur de l'hémicycle, les deux chambres ont officiellement ouvert la session ordinaire de septembre. À la tribune, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale ont livré des discours largement dominés par les préoccupations économiques et sociales, la situation sécuritaire dans l'Est du pays, le dialogue national ainsi que plusieurs dossiers institutionnels.
Au Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde a d'emblée mis l'accent sur la nécessité de donner un contenu concret aux performances économiques annoncées pour le pays.
Pour le président de la chambre haute, la croissance ne saurait rester confinée aux tableaux statistiques et aux indicateurs macroéconomiques. Elle doit, selon lui, se traduire dans le panier de la ménagère, l'emploi et l'accès aux services essentiels. "Ces chiffres n'auront de valeur que s'ils se traduisent concrètement dans la vie de nos concitoyens", a-t-il déclaré.
Le président du Sénat a ainsi évoqué la nécessité de créer davantage d'emplois, particulièrement en faveur des jeunes, d'améliorer le pouvoir d'achat des ménages et de renforcer l'accès de la population aux services essentiels.
Dans le même registre, Jean-Michel Sama Lukonde a placé la gestion des ressources publiques au cœur des priorités. Une question qu'il rattache aux efforts consentis par le pays dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et la défense de l'intégrité territoriale.
"La bonne gouvernance des ressources publiques ne relève pas seulement d'une obligation administrative, elle constitue un devoir patriotique", a-t-il martelé.
Préserver l'unité et la cohésion nationales
Dans l'hémicycle, les questions économiques n'ont cependant pas éclipsé la situation sécuritaire dans l'Est du pays. Jean-Michel Sama Lukonde a appelé à préserver l'unité et la cohésion nationales face à la persistance des violences. Il a invité les Congolais à rester mobilisés, alors que plusieurs territoires de l'Est demeurent confrontés à l'activisme de groupes armés.
Évoquant notamment l'AFC-M23 et les ADF-Nalu, le Président de la Chambre des Sages s'est voulu incisif: "La lutte contre la guerre d'agression qui nous est injustement imposée par le Rwanda et ses supplétifs de l'AFC-M23 dans la partie Est du pays, ainsi que les exactions perpétrées par les ADF-Nalu, sont l'affaire de tous les Congolais".
La sécurité s'impose ainsi comme l'un des dossiers incontournables de cette session de septembre, au même titre que les questions économiques et sociales.
Aimé Boji mise sur le dialogue national
À l'Assemblée nationale, le président de la chambre basse, Aimé Boji, a, pour sa part, placé le dialogue national au premier plan de son discours. Il a appelé à une démarche conduite par les Congolais et respectueuse de la souveraineté nationale, tout en réaffirmant le soutien de l'Assemblée nationale à l'initiative lancée par le président Félix Tshisekedi.
"Le dialogue national initié par le Chef de l'État est avant tout une initiative congolaise qui doit être conduite par les Congolais, dans le respect de notre souveraineté", a-t-il déclaré.
Aimé Boji a estimé que cette initiative s'inscrivait dans une démarche patriotique et assuré que la chambre basse entendait y prendre pleinement part. Dans un contexte politique marqué par des divergences, il a également appelé les parlementaires à mesurer la portée de leur responsabilité.
"La session qui s'ouvre nous place ainsi devant une responsabilité à la fois institutionnelle, politique et transgénérationnelle", a-t-il souligné. Le président de l'Assemblée nationale a, dans la foulée, promis de préserver l'hémicycle comme un espace de dialogue où les divergences peuvent s'exprimer sans nécessairement se transformer en divisions.
"Je ne ménagerai aucun effort pour que notre Chambre demeure toujours ce lieu où les différences peuvent s'exprimer sans devenir des divisions, où les désaccords peuvent être surmontés par le débat et où la recherche du compromis demeure possible lorsque l'intérêt supérieur de la Nation l'exige", a-t-il déclaré.
Référendum et budget 2027 ...
La session de septembre devra également se pencher sur plusieurs dossiers institutionnels.
Jean-Michel Sama Lukonde a notamment rappelé la nécessité d'intégrer les observations formulées par la Cour constitutionnelle dans le cadre de l'examen de la loi relative au référendum.
À cette question, s'ajoutent les travaux liés au budget 2027 ainsi que plusieurs dossiers économiques et sociaux. Autant de matières qui devraient alimenter les débats au cours des prochaines semaines.
une rentrée sous haute surveillance
Mais tandis que les débats s'ouvraient à l'intérieur du Palais du Peuple, l'ambiance était sensiblement différente aux abords de l'Hémicycle.
Le dispositif sécuritaire avait été considérablement renforcé. Les forces de l'ordre particulièrement visibles autour du siège du Parlement et le long du boulevard Triomphal. L'accès à l'enceinte strictement réglementé.
La veille, le rapporteur de l'Assemblée nationale, Jacques Djoli, avait détaillé les conditions d'accès au Palais du Peuple. Les députés nationaux étaient invités à emprunter la porte située en face du Commissariat général de la Police nationale congolaise, avec leur cocarde et leur carte de légitimation. Ils étaient également priés de ne pas embarquer de personnes non invitées à bord de leurs véhicules.
Pour le personnel administratif et politique, l'entrée se faisait par la porte principale, sur présentation d'une carte de service ou d'une invitation. Sur le terrain, ces consignes se sont traduites par des contrôles systématiques et une présence policière accrue.
Compromis autour de l'itinéraire de la marche
La rentrée parlementaire de la session en cours est intervenue le même jour que la marche annoncée par l'opposition à Kinshasa. La veille, l'Hôtel de ville et la coalition C64 étaient parvenus à un compromis sur l'itinéraire.
Le point de chute, initialement prévu près du Palais du Peuple, a été déplacé vers le boulevard Triomphal, à proximité de l'ECiDé et de l'école Sévigné, en face du Stade des Martyrs, afin notamment de respecter l'inviolabilité du Parlement.
La C64 avait accepté ce réaménagement. Deux points de départ avaient été retenus : l'Échangeur de Limete pour les manifestants de Tshangu et Mont-Amba, et le rond-point Moulaert pour ceux de la Funa et de Lukunga, avec convergence vers le boulevard Triomphal.
La rue face au Parlement
L'entente trouvée la veille n'a pas empêché les tensions de surgir. À Kinshasa, l'opposition a mobilisé environ un millier de personnes, selon une estimation basée sur des images de drones.
Parti de l'Échangeur de Limete, le cortège n'a pas atteint le point de chute convenu. Des échauffourées ont entraîné son arrêt dans le secteur des 10ème, 11ème et 12ème rues.
Malgré le compromis conclu avec l'Hôtel de ville pour éloigner la marche du Palais du Peuple, la journée a été marquée par des tensions. Ces tensions n'ont toutefois pas perturbé le déroulement des travaux en plénière. C'est en toute quiétude que les séances se sont poursuivies autour des enjeux de sécurité, de gouvernance, de croissance économique et de dialogue national.
Christian-Timothée MAMPUYA