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Phénomène »Kuluna » : une menace quotidienne à la sécurité urbaine à Kinshasa
Ils menacent, au quotidien, la quiétude des Kinois dans les quatre coins de la capitale. Leur présence sème la panique dans les ménages et les rues qu’ils assiègent, défiant même les agents de l’ordre commis à la sécurité de la ville. Comme des félins, ils attaquent leurs proies la nuit quand leurs yeux s’allument et le jour quand leurs ventres ronronnent. Se comportant désormais en véritables maîtres de rues, ils pourchassent les passants, ravissent leurs biens et n’hésitent pas à lapider ou à trancher la chair de ceux qui leur résistent. Quoique traqués par la police, ils récidivent et perpétuent des rafles dans les maisons, débits de boissons, lieux des négoces… Pour éclairer la lanterne de ses lecteurs, Forum des As a déployé son équipe dans quelques communes de la ville. Dossier.
Ndjili : Les kuluna ont encore la peau dure
La criminalité urbaine se porte encore et toujours bien. Les « kuluna » qui en sont les maîtres incontestés n’ont pas encore dit leur dernier mot, en dépit des efforts de la Police pour les traquer et les opportunités offertes par le Service national pour les absorber. Les quartiers II, III, V, VI, IX et XII de la commune de N’djili sont les plus infestés par ces badauds dont les exactions ont franchi les frontières de la capitale congolaise. Si bien que le phénomène est tel qu’aujourd’hui on craint que la RDC devienne comme le Haïti et Kinshasa comme Port-au-Prince. La rédaction de Forum des As s’est entretenue avec des policiers des sous-commissariats (Sous-Ciat) des quartiers IV et VII.
Pour l’un des policiers contactés au Sous-Ciat du quartier VII, le phénomène « kuluna » est loin de baisser d’intensité. Des cas d’agression des Kinois par ces voyous se poursuivent sans désemparer. Surtout dans le quartier Kingasani, à Kimbanseke, où habite ce policier.
Son poste de police enregistre au moins 2 cas d’agression des Kuluna par semaine. Cependant, déclare-t-il, on enregistre plusieurs cas de bagarres entre deux gangs rivaux de kuluna des quartiers VI et VII, ou entre les quartiers VI et IX.
MODICITE DES MOYENS ACCORDES A LA POLICE
Cet agent de l’ordre déplore la modicité des moyens matériels dont dispose son Sous-ciat. Une situation qui rend la lutte contre la criminalité urbaine très ardue.
» Nous ne disposons pas de bonnes armes ni d’assez de minutions. D’ailleurs, nous n’avons qu’une seule arme. Il nous arrive de nous retrouver face à une armée des kuluna. Comment pensez-vous que nous puissions y faire face avec une seule arme ? D’ailleurs, les kuluna savent que notre Sous-ciat ne dispose pas de bonnes armes« , se plaint le policier, mais le cœur toujours à l’ouvrage.
COLLABORATION AVEC LES CHEFS D’AVENUE ET/OU DE QUARTIER
Un autre policier, intervenant en cours de l’entretien, renchérit en soulignant les efforts que les éléments de ce Sous-ciat déploient dans leur secteur pour la sécurité des personnes et de leurs biens.
» Le secteur a trois couloirs où il est très imprudent de s’aventurer vers les petites heures de la journée. Le couloir vers Sainte Thérèse, un deuxième entre les bars Mitsouri et Mbutu Mbutu et un 3ème le prolongement du boulevard Luemba« , révèle-t-il en connaisseur du milieu. Dans la foulée, il relate brièvement l’attaque dont l’équipe des deux policiers, dont il a fait partie, était victime la nuit du mardi 12 au mercredi 13 mars, alors que les malfrats étaient cinq. Malgré leur petit nombre, les policiers sont parvenus à appréhender un kuluna.
Les deux policiers avouent ne pas hésiter à intervenir en cas d’appels de la population, en dépit du nombre qu’ils sont et du mauvais état des armes dont ils disposent. Ils avouent ne pas agir comme les autres policiers qui refusent d’aller au secours d’une personne en détresse, arguant l’effectif réduit des policiers du Sous-ciat ainsi que le nombre réduit d’armes.
Au Sous-commissariat Katanga du commissariat de N’djili 2 dans la même municipalité éponyme, le capitaine Leki, commandant en tête de ce poste, est plus explicite dans les explications sur la lutte contre les kuluna. Dans ce combat, avoue-t-il, la Police travaille avec les chefs d’avenue ou de quartier à qui il a remis son numéro de téléphone pour des appels en cas de besoin.
Mais, déplore-t-il, il n’y a qu’un seul chef d’avenue qui l’appelle souvent. Les autres n’en ont cure. Alors qu’aussi bien la population que les chefs d’avenue et/ou de quartier sont appelés à dénoncer toute personne suspecte dans leurs entités.
DES PATROUILLES DE PROXIMITE ET MOTORISEES
Dans son secteur, le commandant avoue connaître des cas d’embuscade qui se produisent souvent vers 4 heures du matin. Ce sont souvent des femmes, des lève-tôt, qui en sont souvent victimes. Mais dans l’ensemble, se réjouit-il, le quartier reste calme sur le plan sécuritaire.
Le Sous-ciat Katanga organise des patrouilles de proximité, en plus de l’appui dans le cadre de celles motorisées avec des Jeeps de la police et de la Section d’intervention mobile Mbata à Ndjili Q.I que le colonel a mise à la disposition du sous-ciat Katanga. Pas seulement.
Le Commandant de ce poste indique que, dans le cadre des patrouilles communes, le Sous-ciat Katanga envoie toujours un policier au commissariat N’djili 2. En outre, des bouclages ciblés sont effectués deux fois par semaine, selon l’ordre venu du commissaire divisionnaire adjoint, Blaise Kilimbalimba.
EGLISES, DEUILS, TACOTS … DE NOUVEAUX GUEPIERS
Le capitaine Leki a annoncé que les kuluna ont changé leurs stratégies en abandonnant leurs maisons d’habitation au profit des lieux de deuil, des églises ou des véhicules en panne abandonnés. C’est dans ces endroits que les malfrats commencent à passer la nuit. Question de tromper la vigilance de la police.
Quant à savoir si la méthode adoptée par le Gouvernement d’envoyer, depuis quelques années, des kuluna à Kaniama Kasese, est bonne, le commandant a répondu qu’elle est l’initiative de l’auditorat militaire qui l’a adoptée pour permettre le désengorgement des prisons. Il estime que les kuluna doivent payer de leurs actes en purgeant en totalité leur peine pour que cela serve de leçons aux autres bandits qui seraient tentés d’emprunter la même voie. Un voeu partagé par certains Kinois qui estiment que l’envoi des kuluna au Service national de Kaniama Kasese n’est pas une solution optimale.
UN PROBLEME SPIRITUEL ?
Dans la foulée, notre interlocuteur a établi une différence entre criminels nés et criminels occasionnels. Si les seconds le deviennent, en raison de mauvaises conditions de vie, le manque d’emploi notamment, les premiers le sont de manière irréversible.
Le capitaine Leki ajoute au passage, que le phénomène kuluna est un problème spirituel. En effet, une personne qui connait Dieu et qui y croit ne peut pas devenir kuluna et, par conséquent, arriver à blesser à la machette une autre personne.
Le commandant du Sous-ciat Katanga souligne le fait que le phénomène kuluna s’ancre de plus en plus dans la société et de génération en génération. Et si on ne fait pas attention, la RDC court le risque de devenir comme Haiti et Kinshasa comme Port-au-Prince où les gangs sèment la loi de manière impitoyable.
Comme pour dire, de même qu’on doit mener une lutte sans merci contre le phénomène kuluna, le Gouvernement doit penser également à créer des emplois pour cette jeunesse désœuvrée qui ne demande mieux que de se trouver un emploi pour bien vivre.
Quelle que soit la montée du phénomène kuluna, la Police nationale congolaise est déterminée à l’éradiquer. Il suffit que le Gouvernement lui dote des moyens considérables, la motive financièrement et lui alloue de bons salaires. Kléber KUNGU