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Patrick Muyaya : «Il faut des sanctions plus robustes pour contraindre le Rwanda à quitter la RDC»
Processus de Washington et de Doha, dialogue national et riposte contre Ebola : Patrick Muyaya précise la position de Kinshasa. Invité mardi 6 octobre du Journal Afrique de TV5 Monde, le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement est revenu sur les principaux dossiers qui cristallisent l’actualité congolaise. Face à la persistance des combats dans l’Est, il plaide pour des sanctions «plus robustes» contre le Rwanda pour le contraindre au retrait de ses troupes de la RDC. Sur le front intérieur, le porte-parole du Gouvernement congolais assure qu’il n’existe «pas de boycott» du dialogue national. Il affirme que les contacts préparatoires ont déjà commencé. Concernant Ebola, Patrick Muyaya défend une riposte fondée sur la transparence et le leadership du gouvernement, tout en reconnaissant des points de vigilance au Nord-Kivu. Enfin, Patrick Muyaya salue les 2,9 milliards de dollars mobilisés à New York et réclame davantage de transparence dans leur utilisation.
Ci-dessous, Forum des As publie l'intégralité de l'interview accordé à nos confrères de TV5 Monde.
Jérémie ASOKO
TV5 Monde : Trois anciens chefs d’État du panel de l’Union africaine sont entrés dans les locaux de l’AFC-M23 à Goma. Kinshasa avait-il donné son accord et qu’attendez-vous de cette rencontre ?
Patrick Muyaya : Il s’agit d’un panel d’anciens chefs d’État qui travaillent dans le cadre de la médiation de l’Union africaine, portée notamment par le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé. C’est dans ce cadre qu’ils sont arrivés à Goma. Ils ont un agenda de médiation et cette démarche s’inscrit dans les efforts diplomatiques en cours.
Qu’attend le Gouvernement congolais de ces discussions ?
De toute évidence, nous attendons que l’on desserre l’étau sur nos populations qui pleurent sous une gouvernance par les crimes. Chaque jour, nous comptons des morts et des victimes. La résolution 2773 a été très claire sur la nécessité, pour le Rwanda, de retirer ses troupes de la RDC et de cesser tout soutien à son allié, le M23. Notre objectif principal, dans les processus de Washington et de Doha, est de permettre à nos populations de sortir de cette situation et de répondre aux urgences humanitaires auxquelles elles sont confrontées.
«IL FAUT DEUX POUR DANSER LA RONDE»
Pourquoi les combats continuent-ils dans certaines parties du territoire congolais, malgré l’accord conclu avec Kigali sous l’égide de Washington et le cessez-le-feu négocié au Qatar ?
Il est évident qu’il y a un président, en l’occurrence le président rwandais, qui ne veut pas, en réalité, cesser de piller les ressources dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Souvenez-vous que nous étions à Washington où nous avions signé cet accord avec le gouvernement américain. Mais vous avez vu, après, l’invasion qui a été faite sur Uvira. Les sanctions américaines en disent long sur le coupable de tous ces blocages que nous connaissons dans les processus de paix.
Nous, comme République démocratique du Congo, nous nous acquittons de notre part dans les accords de Washington, mais il faut deux pour danser la ronde.
Vous dénoncez régulièrement l’agression du Rwanda. Pourtant, les sanctions restent limitées et certains partenaires de Kigali n’ont pas rompu avec ce pays. Pourquoi ?
Ce n’est pas qu’ils ne s’alignent pas sur notre position. Je ne voudrais pas rentrer dans leurs choix diplomatiques. Mais, il est évident que, lorsque vous lisez toutes les décisions qui ont été prises, que ce soit par l’Union européenne ou par le gouvernement américain, un agresseur est clairement identifié : le Rwanda.
Il appartient maintenant, pour la crédibilité même de nos différentes institutions, à commencer par le Conseil de sécurité, de faire respecter les décisions prises. Il est important que les États soient conformes à leurs engagements.
Lorsqu’il y a un agresseur, il ne faut pas seulement condamner. Il faut prendre des mesures, et des mesures plus robustes qui permettent de contraindre le Rwanda à quitter la République démocratique du Congo.
Il faut également regarder, en parallèle, le travail que nous faisons pour déconstruire tous ces prétextes rwandais, notamment celui des FDLR. Aujourd’hui, il existe un plan de reddition qui a été approuvé, y compris par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Nous avons présenté un plan et une stratégie clairs. Mais, regardez l’attitude du Rwanda : vous comprenez que c’est lui qui ne veut pas que la paix revienne dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Je pense donc qu’il faut encore des sanctions plus robustes pour que le président Kagame, ses troupes et ses alliés souscrivent pleinement à ce que recommandent tous les processus diplomatiques.
DIALOGUE NATIONAL : «IL N’EXISTE PAS DE BOYCOTT»
Venons-en au dialogue politique. La coalition de l’article 64 et le mouvement Sauvons le Congo de Joseph Kabila rejettent les consultations. Un dialogue national peut-il avoir lieu avec une partie de l’opposition qui refuse d’y participer ?
Il n’existe pas de boycott. Il faut savoir que le président de la République, dans son discours du 29 août, a été très clair : nous faisons un dialogue pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
Aujourd’hui, il n’existe pas de raisons qui puissent justifier que l’opposition, par exemple, aille manifester dans les rues.
Le président de la République avait reçu plusieurs responsables politiques et religieux. Le cardinal Ambongo avait d’ailleurs utilisé une expression que j’aime bien : «Schéma faisant».
Le président de la République a ensuite pris, le 11 septembre dernier, une ordonnance créant un comité d’organisation préliminaire. Des contacts préalables ont commencé, notamment avec le déplacement du directeur de cabinet du président de la République et d’un de ses conseillers à Lubumbashi pour rencontrer le président de la CENCO.
C’est indicatif, justement, de la volonté du président de la République.
Donc, ce dialogue aura bien lieu ?
Mais bien sûr qu’il aura lieu. Et il aura lieu, à la différence de tous les dialogues précédents, parce que c’est un dialogue qui doit partir de la base.
La volonté du président de la République est d’avoir la paix. Mais, il faut construire la cohésion nationale, dans un contexte où la question des Banyamulenge ou des Swahiliphones est instrumentalisée par ceux qui cherchent à diviser les Congolais.
L’objectif du dialogue, c’est la paix, c’est la cohésion nationale et, évidemment, la refondation de l’État, afin de doter celui-ci de tous les moyens permettant d’éviter les crises à répétition que nous connaissons depuis près de trente ans.
Plus de 4.000 morts, plus de 8.000 cas et plusieurs provinces touchées : l’épidémie d’Ebola a franchi un seuil particulièrement lourd. Partagez-vous néanmoins l’optimisme du ministre de la Santé ?
L’optimisme du ministre de la Santé ne vient pas de lui-même. Je voudrais rappeler deux choses, deux principes qui nous guident dans cette riposte.
Le premier principe, c’est la transparence. Le deuxième, c’est le leadership du gouvernement dans la conduite de la riposte.
Nous avons notamment convenu avec les directeurs généraux de l’OMS que c’est le gouvernement qui doit avoir le lead. Les chiffres que vous évoquez sont travaillés tous les jours, non seulement par le gouvernement, mais aussi par l’OMS, Africa CDC et d’autres partenaires.
Et dans ces chiffres, vous pouvez bien voir une tendance à la baisse.
Je rappelle que le foyer central, où 80 à 90 % des cas étaient concentrés, se trouvait en Ituri. Aujourd’hui, alors que 64 zones de santé étaient affectées, nous en avons 44.
Est-ce à dire qu’il y a réellement des progrès ?
Nous avons évidemment nos points de vigilance, notamment au Nord-Kivu et dans d’autres petites poches qui apparaissent, parce que le virus se déplace avec les individus.
Mais, nous avons foi dans notre capacité à venir à bout de cette épidémie, parce que nos équipes connaissent aujourd’hui le fonctionnement du virus. Nous savons ce qu’il faut faire pour nous permettre de venir à bout de cette épidémie.
2,9 MILLIARDS DE DOLLARS : MUYAYA APPELLE À LA TRANSPARENCE
Monsieur le ministre, merci infiniment d’avoir répondu à nos questions.
Je ne voudrais évidemment pas terminer sans saluer la mobilisation internationale. Il y a quand même eu 2,9 milliards de dollars mobilisés lors du dernier séjour de la Première ministre à New York.
Nous attendons également de nos partenaires de la transparence et de la redevabilité. Il faut que nous puissions savoir que cet argent, d’abord, ne tombe pas sur le compte du Trésor public de la RDC, mais que les partenaires qui le reçoivent puissent être en mesure de nous indiquer clairement ce qui est fait sur le terrain.
La redevabilité fait aussi partie de la transparence pour une bonne gestion de la riposte contre l’épidémie.