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L'UNPC et JED exigent l'inclusion active des journalistes Congolais
Quelques jours après la signature à Washington de l'accord de paix entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, deux des principales organisations médiatiques congolaises, l'Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC) et Journaliste en Danger (JED), appellent les professionnels des médias à jouer un rôle central dans la consolidation de cette nouvelle ère annoncée. À travers deux communiqués officiels distincts, mais convergents, ces institutions tracent les contours d'un journalisme responsable, éthique et mobilisé pour la paix.
L'accord, parrainé par les États-Unis et paraphé le 27 juin 2025, vise notamment à mettre fin aux hostilités entre Kinshasa et Kigali, à neutraliser les groupes armés opérant à l'Est de la RDC, à créer les conditions d'un retour sécurisé des déplacés, et à renforcer la coopération bilatérale sur les plans économique, sécuritaire et diplomatique. Mais alors que l'attention se porte sur les engagements des États, l'UNPC et JED rappellent qu'un autre acteur, souvent relégué à l'arrière-plan, est déterminant pour faire vivre cet accord : la presse.
Pour l'UNPC, l'accord signé à Washington "marque une étape majeure dans la quête de stabilité, de sécurité et de coopération dans la région des Grands Lacs". Cette organisation qui fait autorité dans l'autorégulation de la presse congolaise tient à rappeler que les journalistes ne sont pas de simples spectateurs du processus de paix. Elle les appelle à s'engager pleinement dans la couverture professionnelle, éthique et responsable des suites de l'accord.
"L'Union sensibilise et appelle tous les journalistes œuvrant en République Démocratique du Congo […] au strict respect du Code d'éthique et de déontologie du journaliste congolais, notamment dans la couverture des enjeux liés à l'Accord de paix", souligne le communiqué.
Inclusion des journalistes
Dans cet élan, l'UNPC recommande aux rédactions d'associer des spécialistes aux débats médiatiques pour éclairer les analyses : "[Elle] recommande fortement l'association systématique d'experts des domaines sécuritaire, diplomatique ou juridique dans tout traitement médiatique de cet Accord".
Surtout, l'Union plaide pour l'inclusion des journalistes dans toutes les étapes de la mise en œuvre du texte : "Elle appelle le Gouvernement de la République à intégrer les journalistes dans toutes les étapes du processus de mise en œuvre de l'Accord, en tant qu'acteurs clés de l'information et de la pédagogie publique".
Des journalistes toujours sous menaces
L'UNPC tire néanmoins la sonnette d'alarme concernant les journalistes congolais exerçant dans les zones encore sous le contrôle de l'armée rwandaise ou de ses supplétifs. Dans ces territoires, le métier de journaliste est pratiquement impossible.
"Les journalistes congolais font face à des atteintes graves à leur sécurité et à la liberté de la presse ; un climat de terreur dans lequel toute dénonciation publique expose à des représailles immédiates ; une ligne éditoriale imposée, marquée par l'autocensure et l'entrave à la libre circulation de l'information", révèle l'UNPC.
Face à ce constat, l'UNPC exhorte les rédactions à faire preuve de rigueur et d'engagement en faveur d'un journalisme constructif. "L'Union exhorte les rédactions à adopter un journalisme de paix, fondé sur l'investigation, la contextualisation, l'équité et la responsabilité".
Elle rappelle également le cadre légal qui régit la profession: "L'article 138 de l'Ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023 interdit formellement l'incitation directe à la haine, la désinformation et toute manipulation de l'opinion publique".
JED : Ces sont les journalistes qui relayent
De son côté, l'organisation Journaliste en Danger (JED) salue également la signature de l'accord de Washington, qu'elle décrit comme une "perspective de paix et de sécurité pour la RDC après plus de trois décennies de guerre à l'Est du pays". Mais JED insiste davantage sur les responsabilités nouvelles qui incombent à la presse dans cette phase post-accord.
"Un retour durable à la paix, à la stabilité et au 'savoir revivre ensemble' ne saurait se limiter à un accord entre belligérants", prévient l'organisation, qui considère les médias comme des piliers de la réconciliation nationale.
JED souligne que "le succès de [la] mise en œuvre nécessite une adhésion de ces hommes et ces femmes meurtris et traumatisés par ces années de guerre, à un projet de réconciliation auquel chacun puisse croire et aspirer". Dans cette optique, les journalistes sont appelés à servir de pont entre les négociateurs et les populations.
"Ce sont les journalistes qui ont le pouvoir de relayer ces négociations auprès des populations de base, de leur en faire saisir tous les enjeux […], et ainsi de mobiliser tout leur soutien à ces efforts diplomatiques".
Un Forum national en vue
Pour renforcer cette mobilisation, JED annonce l'organisation prochaine d'un Forum national sur l'engagement des médias dans la mise en œuvre de l'accord de paix. Ce forum devra déboucher sur un "Plan d'actions et des propositions d'appuis nécessaires pour aider les médias congolais à couvrir de manière professionnelle les enjeux nationaux et régionaux de paix, de sécurité et de réconciliation nationale".
JED conclut en appelant le gouvernement à "assurer un engagement stratégique des médias" dans le processus, et les journalistes à "afficher leur détermination à travailler dans le sens de la construction de la paix, par la mise en œuvre des pratiques professionnelles rigoureuses et responsables".
À travers leurs communiqués respectifs, l'UNPC et JED appellent la presse congolaise à se hisser à la hauteur de cet événement. Au moment où les cicatrices de la guerre sont loin d'être refermées, la voix des journalistes, si elle est indépendante, professionnelle et porteuse de sens, peut devenir un levier de transformation nationale.
"La liberté de la presse est un pilier de la paix durable. La responsabilité journalistique est une exigence démocratique", rappelle avec justesse l'Union Nationale de la Presse du Congo. Plus qu'un slogan, une ligne de conduite pour une presse engagée au service de la nation.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO