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Le système de santé à bout de souffle, alerte le CICR
*D'ores et déjà, l'organisation humanitaire se dit profondement inquiète sur la crise de protection affectant 60% de civils et la difficulté du financement humanitaire par les bailleurs de fonds.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se dit profondément préoccupé par la dégradation générale du système de santé, observée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Cette situation est consécutive aux conflits armés, à l’insécurité grandissante sur fonds d’un effet de triple crise. Il s’agit, d’abord, d’un système mis à l’épreuve depuis trois décennies de guerre. Ensuite, une crise de protection ayant affecté près de 60% de la population civile dans la partie orientale du pays. S'ajoute à cela, la difficulté du financement humanitaire par les bailleurs de fonds.
C’est ce qu’a indiqué, Jean-Nicolas Paquet-Rouleau, Chef adjoint de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en RDC, lors d’une Conférence de presse, hier mardi 17 juin à Kinshasa.
«En quarante ans en RDC, le CICR a déjà connu cette situation. Ce qui est particulier, aujourd’hui, nous voyons de nombreux conflits sur toutes les lignes de fronts incluant plusieurs acteurs. Nous avons l’effet de triple crise d’une part, il y a un système qui était déjà mis à l’épreuve par le passé, trois décennies de guerre, on ne peut pas minimiser l’impact que les conflits sur les infrastructures essentielles, services de santé, les zones où les populations affectées se déplacent, reviennent, s’installent il y a déjà une vulnérabilité importante", explique Jean-Nicolas Paquet-Rouleau.
Et d'ajouter: «On parle d’une crise de protection qui a affecté une majorité des civils, à peu près 60% des civils affectés par le conflit. Le 3ème élément qui est nouveau, c’est juste la question des bailleurs et le fait que si à l’époque les bailleurs étaient plus mobilisés tant du point de vue bilatéral que multilatéral, les organisations de développement étaient aussi présentes dans cette région-là. Aujourd’hui, c’est une menace, un retrait sur tout ce qui concerne le financement humanitaire».
LE système de santé essoufflé, le CICR "étouffé"
Le tableau synoptique de la situation humanitaire dans les zones en conflit armé dans l'Est de la RDC, met en évidence un système de santé à bout de souffle. Etouffé, le CICR ne cache plus ses limites. Bien au contraire.
«Un de plus gros risques que nous voyons, c’est la fermeture, le départ des organisations. Le CICR n’a pas cette capacité de remplacer ces structures. Les acteurs de développement sont dans des situations particulières, continuer le soutien, des centaines de millions de USD qui ne sont pas investis et qui ont un impact sur la solution».
"Nous sommes profondément préoccupés par la dégradation générale du système de santé dans les Kivus. Les structures médicales ont de plus en plus de mal à traiter des maladies courantes comme le paludisme ou les infections respiratoires", a enchaîné Jean-Nicolas Paquet-Rouleau.
Par ailleurs, le CICR constate non sans amertume, la flambée des besoins médicaux, une pénurie sévère et généralisée de médicaments et une chute drastique de l'accès aux soins, en particulier pour les femmes et les enfants.
2.300 cas de blessés par armes traités en seulement trois mois
Les statistiques donnent de la frayeur. Au cours des trois premiers mois de l'année 2025, le CICR renseigne que le nombre de blessés par arme traités dans les hôpitaux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, soutenus par le CICR a atteint des proportions alarmantes.
Au total, 2.300 cas ont été reçus et soignés dans lesdits hôpitaux en seulement trois mois. Soit, une augmentation de 172% par rapport à la même période 2024. "Les blessures sont de plus en plus graves, souvent causées par des armes explosives et nécessitant des soins chirurgicaux lourds", explique encore le CICR.
Toujours selon la source, près de trois quarts des structures évaluées connaissent des ruptures de médicaments y compris des produits de base tels que le paracétamol. Trois établissements sur cinq ont été victimes de pillages, aggravant la rupture des stocks et le dysfonctionnement.
"Ce que nous voyons aujourd'hui, ce sont des cliniques sui ferment, des patients non traités, des enfants non vaccinés", déclare encore M. Jean-Nicolas Paquet-Rouleau qui évoque une chute de 50% du nombre de consultations pédiatriques par rapport à 2024, et une multiplication par quatre du nombre de mort-nés.
DES CONFLITS DANS LE MONDE ET LA VIOLATION DU DROIT INTERNATIONAL
Il a également évoqué des conflits dans plusieurs pays dans le monde avec en ligne de mire le droit international qui est violé avec au passage des conséquences humanitaires colossales.
«Quand on regarde les conflits en Israël, en Iran, Ukraine, au Soudan. Ce sont des besoins qui sont énormes, c’est en général dans le monde entier, des conflits montent en flèche en faisant plus de victimes avec un droit international qui est plus souvent encore violé avec des conséquences humanitaires plus importantes. C’est inquiétant. L’économie mondiale fait face à la crise et dans cette situation ce n’est pas l’aide humanitaire qui est la première à être épargnée», a fait savoir ce haut cadre de cette organisation siégeant à Genève en Suisse.
Face à ce tableau sombre, le CICR prêt à proposer ses bons offices à toutes les forces en présence pour trouver une solution humanitaire
«Tous les États doivent faire respecter le droit international d’où qu’ils soient. C’est une priorité pour nous de le faire respecter. Il faudrait protéger les centres de santé, les gens qui y travaillent et ceux qui reçoivent des soins. Le CICR reste ouvert avec tous les acteurs pour tenter de faire bouger les lignes. La nuance c’est que nous proposons de bons offices loin de toute approche politique. C’est dans le but de trouver une solution humanitaire, mettre notre expertise, réunir les acteurs du développement pour améliorer la situation, trouver des solutions pratiques, des synergies», a affirmé Jean-Nicolas Paquet-Rouleau.
On note que les équipes du CICR viennent de conclure une étude qui a porté, entre avril et mai 2025, sur 109 centres de santé du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans les zones où le CICR est opérationnel. Que ce soit pour la santé de la mère et de l’enfant, celle des malades et blessés ou encore des victimes de violences sexuelles et même pour les risques épidémiologiques en général, les données statistiques alarment sur un risque d’effondrement d’une partie du système sanitaire sur les zones les plus exposées avec des conséquences dramatiques pour de millions de personnes.
Au 1er trimestre 2025, la majorité des établissements médicaux ont noté une diminution de moitié du nombre de consultations chez les enfants de moins de cinq ans, comparé à la même période en 2024. Le nombre d’enfants vaccinés aussi est en baisse : il est passé de 67.000 enfants au 1er trimestre 2023, à tout juste 29.000 en 2025.
Gloire BATOMENE