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Kinshasa : le port » Appolo « , un haut lieu de la débrouillardise où commerçants et badauds se côtoient
A l’instar de différents ports de Kinshasa, le port » Appolo » situé sur l’avenue Poids Lourds, aux côtés d’autres de la capitale, est considéré comme un haut lieu privilégié de la débrouillardise. Commerçants (détaillants et grossistes), voleurs, badauds… se côtoient, au quotidien, pour se livrer à leurs activités de prédilection. C’est selon. Ce lieu de négoce constitue toute une vie, qui constitue un monde à part.
Il est lundi 05 juillet 2024. La météo indique 28 degrés Celsius. En ce début d’après-midi, le port » Appolo » est bondé de monde. Difficile de se frayer un chemin. Les embouteillages commencent juste à l’entrée de ce port sur l’avenue des Poids Lourds jusqu’au quai, au bord du fleuve Congo.
La bousculade ici est provoquée par des mouvements incessants des passants, commerçants, porteurs, qui se disputent le passage sur la chaussée encombrée par la présence nombreuse de vendeurs en gros et détail ainsi que des porteurs. Cette ambiance est la même dans tous les ports longeant l’avenue des Poids Lours notamment le port Baramoto, Liaki, Orgaman.
Ambiance
Dans cette ambiance, nous apercevons Jacky, un enfant de 10 ans portant un sac au dos. Il est habillé en culotte kaki, et d’un T-shirt rouge complètement couvert de poussière. Son air inquisiteur et ses mouvements incontrôlés attirent la curiosité des gens. Qui comprennent tout de suite qu’en tournant ses yeux vers le sol, ce jeune est en train de fouiner le moindre grain de maïs pour le mettre dans sa gibecière. L’enfant n’échappe pas à la curiosité de Forum des As, Jacky dévoile les raisons de sa présence sur les lieux: « Chaque jour, mon grand-frère et moi, circulons à travers les différents ports pour ramasser les grains de maïs qui trainent par terre. Nos parents sont retournés au village il y a quelques années. Jusqu’à ce jour, ils ne sont toujours pas de retour. J’habite Mikondo chez ma grand-mère ».
Sur ces entrefaites, son grand-frère, Seba, 15 ans, arrive. Il l’aide à transporter le sac de 10 kilos qui est déjà à moitié rempli. La ronde continue. » A longueur de journée», raconte également Seba, nous allons de port en port. La quantité de maïs que nous amassons est le fruit d’une longue marche dans les ports de Nocafex, Sac, Mbassa et autres« .
» Le soir, poursuit Seba, quand nous rentrons à la maison, nous vendons une partie et nous gardons une quantité pour la grand-mère et nous lui remettons également la recette du jour« .
Mamans » bipupula «
Ce genre de débrouillardise légion dans les différents ports. Il y a également une catégorie de femmes qui a innové dans un autre genre. Il s’agit des mamans dénommées « bipupula » qui, elles, utilisent le tamis pour avoir les déchets, soit de maïs, soit de cossettes de manioc, mais d’une manière particulière. « C’est depuis plusieurs années que je fréquente les divers ports», affirme Astrid. «J’assure le partage de maïs ou de cossettes de manioc entre 2 ou 3 personnes qui achètent un sac ensemble. En récompense, je reçois les miettes qui passent à travers le tamis « . Maman Josée, elle, vient du quartier Yolo. » Je suis veuve, explique-t-elle. Sans ressources financières, j’ai résolu de fréquenter les ports. Cela me permet de nourrir ma famille « .
Les nombreuses femmes qui fréquentent les différents ports pour dufférents commerces sont remarquables par leurs accoutrements. Elles portent, pour la plupart, une robe longue avec un pantalon ou un pagne à l’intérieur, des babouches aux pieds et un sac contenant un morceau de pagne sous les aisselles. Les autres sont carrément en pantalon. Pour faire face à la boue au port, certaines d’entre elles portent des bottes .
A l’opposé des mamans « bipupula« , certains débrouillards s’adonnent à une autre pratique, devenue très courante. Ces femmes disposent d’un peu de moyens financiers. Elles se mettent d’accord avec les propriétaires de la marchandise qui n’ont aucun moyen pour payer les frais de transport de celles-ci. Elles règlent la facture auprès des transporteurs (bateaux), puis font les calculs sur le montant à payer pour l’ensemble des sacs qu’elles devraient ensuite livrer au propriétaire. Quelque soit le prix de vente, elles ne verseront que le montant convenu. Maman Kindaest l’une d’elles: » Depuis une dizaine d’années, je ne fais que ce travail. A l’époque, je ne m’engageais que pour quelques sacs. Après la vente, je remettais le montant convenu au propriétaire et je gardais la différence. Au fil du temps, mon capital a augmenté. Aujourd’hui, j’ai un grand dépôt à Yolo. J’achète au comptant et je ne dépends plus de personne », confie-t-elle.
Débrouillardise aux multiples facettes
Les ports ne comptent pas que les ramasseurs de grains de maïs ou les mamans ‘bupupula». Il y en également des voleurs. La pratique consiste à trouer le sac à l’aide d’un tuyau en plastique. Une fois le tuyau introduit dans le sac, les grains de maïs tombent dans le sac du voleur via le tuyau. « Ce phénomène est courant chez les badauds et certaines femmes. Les gens qui volent à l’aide d’un tuyau sont surtout les enfants de la rue. Une fois que tu oses les dénoncer, ils peuvent te rouer des coups sans que personne n’intervienne « , explique une vendeuse rencontrée au port.
Tous ne volent pas cependant. On retrouve tout de même des débrouillards qui se débrouillent honnêtement. Ils achètent un sac de maïs ou de manioc qu’ils revendent sur place en détail. Certains jeunes font office des guides ou des porteurs. Ils sont à l’affût des clients juste à l’entrée. Ils abordent tout passant en chuchotant quelque chose à l’oreille. » Mère mbisi ya kitoko eza kuna na talo malamu. Awa eza talo makasi » Entendez : « Mère, il ya des bons poissons à bon marché. Ici c’est cher « . Ces jeunes ne lâchent pas les potentielles acheteurs qui finissent par leur remettre 1000 Fc ou 2000 Fc.
Toute une vie
Mais le port, c’est tout un monde où se côtoient les gens de toutes catégories et où tout se vend. C’est donc toute une vie. Un marché permanent s’y est installé. On y vend des bonnes, des haricots, des poissons fumés, salés, de la viande boucanée, de l’huile de palme, des habits usagés et tous les autres articles tels les gobelets et seaux en plastique.
Les vendeurs à la criée commercialisent aussi divers articles à l’instar de l’eau en sachet, la charcuterie, du pain, des bonbons et biscuits. De nombreux restaurants de fortune y font florés. Mme Chantal, tient un restaurant au port. Elle fait savoir que ses clients se recrutent parmi les personnes qui fréquentent ce lieu.
Au regard de diverses activités auxquelles les gens se livrent aux ports, on est tenté de dire que tous les moyens son bon pour vivre.
Dina BUHAKE Tshionza