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"Kinshasa-le-fleuve: on a détourné le fleuve"
(Une tribune du Pr. Jacques Fumunzanza Muketa)
Les Kinois, il faut l'avouer, ignorent superbement la présence du fleuve et de son rôle séculaire. Ils ne s'en souviennent que vaguement à l'occasion des crues quand celles-ci causent des dégâts et font déplacer les populations de certains quartiers de la capitale.
Des quatre éléments naturels : le Pool, la Plaine, la Terrasse et les Collines, le fleuve est la composante la plus structurante du site kinois. Le Pool Malebo est, en effet, la référence principale dont dépend la ville de la façon la plus quotidienne et la plus directe qui soit.
Ce lien vital, l'architecture coloniale l'expose visiblement au Centre-ville et à la baie de Ngaliema dans de nombreuses constructions. Plusieurs bâtiments en forme de vaisseaux témoignent de ce lien dont le building Forescom est le plus spectaculaire.
Mais les quelques cartes et dépliants sur la ville, si jamais on peut les trouver, ne mettent pas en valeur le fleuve et son rôle, pourtant millénaire et omniprésent. C'est dès les origines préhistoriques que le destin de Kinshasa est inséparable du fleuve, de plus nourri de plusieurs affluents importants dont N'djili et N'sele. Kinshasa est en effet une ville des cours d'eaux qui définissent les quartiers : Nsele, Tshiangu, Tshienke, Ndjili, Matete, Yolo, Funa, Bumbu, Gombe, Bitshaku-Tshaku, Basoko, Lubudi, Makelele, Lukunga, Binza, etc.
Au cours des années, même si le Fleuve gonfle et refoule les eaux abondantes des rivières pour les amener à inonder nombre de quartiers de la plaine et même qu'il ait fait déplacer des gens avec ses crues exceptionnelles de ces 25 dernières années, de 1999, de 2022, de janvier 2024 et de toutes récentes d'avril et de juin 2025, en pleine saison sèche, qui ont détruit des routes et des maisons d'habitation avec le débordement de la Ndjili coupant en deux la ville et causant la mort de 105 personnes selon le bilan officiel, le fleuve est la vie des Kinois. De tous les temps, il a généré une véritable activité portuaire qui avait connu son plus grand essor dans les époques anciennes où une telle facilité de transport et de communication n'avait pas d'égale.
Le missionnaire capucin italien, Luca da Caltanisetta, alors en voyage dans la région, du 25 mai au 2 juin 1698, témoigne dans ses mémoires de la fébrilité des activités de transport et de pèche. "Le fleuve ressemble ici à une petite mer ou l'œil découvre partout de petites embarcations, conduites tant par les femmes que par les hommes. Nous en vîmes bien deux cents. On prend beaucoup de poissons dans le fleuve".
Le fleuve et par les biefs de ses affluents arrose abondamment toutes les vingt-quatre communes, notamment : Maluku, Nsele, Masina, Ndjili, Limete, Gombe, Ngaliema et Mont-Ngafula. Et non de moindre, une partie de l'alimentation en eau de la Régideso vient du fleuve.
L'occupation des terres le long du fleuve par les Blancs et leurs industries est un plan d'urbanisation voulu en vue d'éloigner, de gré ou de force, les villages indigènes, dudit fleuve, d'où pourtant ils tiraient leurs richesses. Cet éloignement du fleuve se faisait, autant de fois et aussi loin que l'exigeaient les intérêts de l'administration coloniale et des industries privées.
Le fleuve est la vie des Kinois. C'est le fleuve qui avait fait le succès des villages les plus célèbres, Kitambo, Kinshasa et Kimpoko. En effet, dès le début les autorités coloniales avaient choisi le fleuve comme l'élément le plus important de l'emblème de la ville de Léopoldville avec comme devise : ''Opes advectat omnis'', la rivière apporte les richesses. Ce que les nationaux ont oublié. De la Baie de Ngaliema à Maluku, il y a plus de 50 ports privés qui constituent une sorte de barrière qui empêche à la majorité des Kinois l'accès au fleuve, leur fleuve. Aucune plage publique n'a été aménagée à cet effet sur cette longueur de 40 Km, privant ainsi, au Kinois de jouir des eaux du fleuve dans le cadre de baignades et d'autres loisirs.
Dans le domaine de la construction, les vieux quartiers situés au bord de la Gombe ont subi une densification locative, immobilière et foncière par le phénomène de rachat, de morcellement ou de construction d'annexes pour loger des locataires de familles entières.
Les travaux de ces nouvelles constructions se réalisent avec frénésie et dans l'anarchie la plus totale au détriment des normes urbanistiques élémentaires. Les ouvrages d'assainissement, d'évacuation d'abondantes eaux usées et pluviales n'ont plus jamais été réalisés ni redimensionnés et ceux qui existent sont littéralement démontés à la suite de ces travaux incontrôlés.
Pourtant les spécialistes en urbanisme et en météorologie avaient déjà alerté les autorités, il y a quelques années, que dans un avenir pas très éloigné, Kinshasa connaitrait de gros problèmes de débordement des eaux de nombreux ruisseaux et de celles refoulées par le fleuve, quitteront leurs lits pour inonder les quartiers de la plaine.
Mais les autorités restaient comme paralysées, sans solution. Entretemps la population s'accroit et les constructions ne s'arrêtent pas. On battit sur les terrains marécageux, sur les espaces publiques, sur les trottoirs. On battit partout. Les jardins et les arbres disparaissent alors que les caniveaux sont transformés en poubelles.
Et alors pourquoi les autorités sont-elles surprises ? Pourquoi s'étonne-t-on de la furie des eaux du fleuve et des rivières qui jouent leur rôle naturel et cyclique d'inonder les terres pour les fertiliser. Les habitants de Kinshasa agressent le fleuve en construisant audacieusement sur la berge inondable. Ils tuent les ''Kalamu'' qui ont pour rôle de charrier leurs eaux vers le fleuve pour le nourrir de d'arroser les sols.
Réfléchissons. La saison sèche n'est pas une trêve.