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Kinshasa étouffe sous les ordures et sous silence !
Il suffit d'un regard par les glaces des portières d'un taxi, ou d'un simple trajet à pieds dans les rues de Kinshasa pour constater que la ville de Kinshasa est sale. Et même très sale. Et cela fait mal. Ce n'est pas une impression. Plutôt une réalité vécue au quotidien. Kinshasa, capitale de la RDC, naguère appelée "Kin la belle", s'est transformée en "Kin-la-poubelle". Pire, Kinshasa est devenu Kin-Nsasa comme on peut le dire en kikongo Kin = Kinshasa, Nsasa = saleté. Une expression amère, mais tristement vraie.
Certes, l'assainissement d'une ville est d'abord une responsabilité de l'État. C'est à lui de mettre en place des systèmes de collecte, de disposer des poubelles dans les espaces publics, de mobiliser les services d'hygiène urbaine et de faire respecter les règles.
Mais la réalité est que cette situation résulte aussi du comportement quotidien de la population. Des scènes choquantes sont devenues normales. Un passager boit un jus dans un bus, mange un pain ou un maïs, puis jette la bouteille ou le sachet en plastique sur la route. Cela se fait sans gêne, sans conscience, sans culpabilité.
Même quand on veut bien faire, c'est difficile
Dans bien des coins de la capitale, il est presque impossible de trouver une seule poubelle publique. Et quand, par chance, on en croise une, elle déborde, abandonnée depuis plusieurs jours. Comment exiger un comportement responsable sans infrastructures de base? Comment demander de la discipline dans un environnement aussi désorganisé ?
C'est un cercle vicieux. La ville est sale. La population s'en fout. Moralité : la ville devient de plus en plus sale. Et au fond, tout le monde perd.
Quand il pleut, ce n'est plus la fraîcheur qui enveloppe la capitale. Mais une explosion de saletés. Les rivières et les caniveaux se transforment en torrents de déchets plastiques, emportant bouteilles, emballages, vieux vêtements et même des restes alimentaires.
C'est l'image d'un abandon général. Cela dit tout sur la relation que les habitants entretiennent avec leur propre cadre de vie.
Les Congolais obéissent là où il y a de la rigueur. Ce n'est un secret pour personne. Il est temps d'imposer des sanctions fermes contre ceux qui polluent volontairement la ville en faisant payer des amendes, en imposant des travaux d'intérêt général, voire des mesures disciplinaires coercitives. Pas pour humilier, mais pour réveiller les consciences.
Parce que tant qu'aucune conséquence n'est appliquée, aucun changement durable ne pourra être possible.
Vivement un sursaut collectif
Au-delà des lois, une révolution des mentalités s'impose. Une reconquête morale est plus qu'un impératif. Il faut que les familles éduquent à la propreté dès le bas âge. Pas que. Les écoles doivent faire de l'hygiène environnemental un sujet central. Au demeurant, les citoyens doivent cesser d'attendre que l'État fasse tout, et comprennent qu'eux aussi sont la ville.
Kinshasa mérite mieux. Elle mérite de retrouver sa dignité. Ce ne sera certes pas facile. Mais pas impossible. Avec un État plus structuré, une population plus consciente et une volonté partagée de transformer notre environnement, Kinshasa peut redevenir ce qu'elle fut, une ville belle, respectée et propre.
Tricya MUSANSI/Réflexion