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Kabund exhorte Tshisekedi de "sortir par la grande porte"
À Limete, sur l'esplanade de la 11ème rue, le quatrième anniversaire de l'Alliance pour le Changement (A.Ch) s'est mué en véritable démonstration de force politique, avec comme thème choisi : "On construit la nation autour d'une table, pas dans les divisions".
Le 24 avril 2026, devant une marée humaine acquise à sa cause, Jean-Marc Kabund-A-Kabund a troqué le registre commémoratif pour une offensive politique frontale, articulée autour de deux lignes de fracture majeures : la révision constitutionnelle et la souveraineté nationale.
Dans un discours dense, incisif et méthodiquement construit, l'ancien président intérimaire de l'UDPS a opposé une fin de non-recevoir catégorique à toute tentative de révision constitutionnelle. À ses yeux, l'initiative est "illusoire, inopportune et juridiquement irrecevable" dans le contexte actuel, marqué notamment par l'état de siège et les tensions sécuritaires persistantes.
S'appuyant sur les verrous constitutionnels, il déroule une argumentation sans concession :
"Sommes-nous en guerre ou pas ?", interroge-t-il, avant d'asséner un verdict sans ambiguïté :
"Il n'y aura pas de révision."
Une posture qui érige la Constitution en ligne rouge infranchissable.
Au-delà du droit, Kabund convoque l'histoire. Des ruptures brutales de 1965 à 1997, il tire une leçon centrale : en RDC, les bouleversements politiques ont souvent précédé les mutations constitutionnelles.
"IL A LE CHOIX DE SORTIR PAR LA GRANDE PORTE"
Dans cette logique, il revendique une lecture quasi doctrinale de la Constitution, perçue comme le fruit des douleurs historiques du pays et comme un bouclier contre les dérives autoritaires.
Le moment le plus marquant de cette sortie reste l'interpellation directe du chef de l'État, Félix Tshisekedi.
Dans une séquence à forte charge symbolique, Kabund évoque les trajectoires souvent tragiques des dirigeants congolais, entre exil, chute et violence politique.
Puis tombe cette phrase, aussi brève que lourde de sens :
"Il a le choix de sortir par la grande porte."
Derrière la formule, une double lecture : une invitation à privilégier une sortie institutionnelle apaisée, mais aussi un avertissement implicite.
"LE CONGO N'EST PAS LE 53e ÉTAT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE"
Dans la foulée, Kabund a ouvert un second front, cette fois sur le terrain de la souveraineté.
Il s'est vivement opposé à un supposé projet d'accueil en RDC de migrants afghans en provenance des États-Unis, évoquant un contingent d'environ 1.200 personnes.
Dans un registre plus alarmiste, il associe cette hypothèse à des risques sécuritaires accrus.
Mais c'est surtout sur le plan politique que son propos prend de l'ampleur :
"Le Congo n'est pas le 53e État des États-Unis d'Amérique", martèle-t-il.
Pour appuyer son argumentaire, il convoque un contraste démographique et géographique, jugé révélateur d'un déséquilibre.
Cette rhétorique trouve un écho dans une partie de l'opposition, notamment chez Martin Fayulu.
Au-delà des thématiques abordées, la sortie de Kabund marque son repositionnement dans le paysage politique congolais.
Entre défense de l'ordre constitutionnel et discours souverainiste, il cherche à incarner une opposition structurée.
En filigrane, il esquisse une alternative : celle d'un dialogue national fondé sur la concertation plutôt que sur l'imposition.
À Limete, l'anniversaire de l'A.Ch n'aura donc rien eu d'anodin. Il aura servi de tremplin à une offensive politique assumée.
Dans une RDC sous tension, le message est clair : la bataille politique ne fait que s'intensifier.
Jérémie ASOKO