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Kabila appelle les Congolais à faire barrage au référendum
L’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, est sorti de son silence pour dénoncer avec virulence le processus de révision constitutionnelle engagé par le pouvoir en place. Dans un message solennel adressé à la Nation hier jeudi 11 juin, l’ex-chef de l’État qualifie l’adoption de la loi référendaire de « forfaiture manifeste » et appelle les Congolais à se mobiliser pour défendre la Constitution du 18 février 2006.
Dans ce communiqué signé depuis le Bureau du Président honoraire, Joseph Kabila accuse directement le président Félix Tshisekedi de violer son serment constitutionnel et d’engager le pays sur une trajectoire qu’il juge dangereuse pour la démocratie.
Cette prise de position intervient au lendemain de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi sur l’organisation du référendum, un texte qui alimente depuis plusieurs mois de vifs débats au sein de la classe politique congolaise.
L’ancien chef de l’État ne ménage pas son successeur. Dans son message, il estime que la volonté de modifier la Constitution constitue une rupture avec les engagements fondamentaux de l’État de droit.
Joseph Kabila parle d’une «trahison du serment constitutionnel» qu’il considère désormais comme «incontestable et de notoriété publique».
Plus encore, il dépeint un tableau particulièrement sombre de la gouvernance actuelle.
Selon lui, la République démocratique du Congo est aujourd’hui dirigée de manière «arrogante, liberticide et prédatrice», avec pour conséquence une concentration progressive du pouvoir susceptible de déboucher sur «l’instauration d’un pouvoir sans limite prévisible».
"UNE COCOTTE-MINUTE PRÊTE À EXPLOSER"
Dans l’un des passages les plus marquants de son adresse, l’ancien président met en garde contre une dégradation du climat politique national.
Il compare la situation actuelle du pays à «une cocotte-minute prête à exploser», estimant que les espaces de dialogue et de débat démocratique se rétrécissent dangereusement.
Pour Joseph Kabila, la stabilité du pays repose sur le respect des équilibres institutionnels consacrés par la Constitution de 2006.
Toute tentative de remise en cause de ces fondements risquerait, selon lui, d’accentuer les tensions déjà perceptibles dans plusieurs secteurs de la vie nationale.
UN APPEL AU «SURSAUT NATIONAL»
L’ancien président va toutefois plus loin qu’une simple critique politique.
S’appuyant sur l’article 64 de la Constitution, qui impose à tout citoyen de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la loi fondamentale, Joseph Kabila lance un appel à la mobilisation générale.
Il invite «toutes les forces vives de la Nation» à se lever pour défendre la démocratie et préserver l’ordre constitutionnel. Son appel se veut inclusif.
Il s’adresse aux Congolais «sans distinction d’origine, de province, de religion, de langue, de condition sociale ou d’appartenance politique».
Dans une formule forte, il exhorte chaque citoyen à transformer son quartier, son village ou sa ville en «cellule de résistance citoyenne et de défense de la démocratie».
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte politique particulièrement tendu.
Depuis l’adoption de la loi référendaire par la chambre basse du Parlement, les critiques se multiplient au sein de l’opposition et d’une partie de la société civile.
Les adversaires du projet soupçonnent le pouvoir de vouloir ouvrir la voie à une modification des équilibres institutionnels actuels, notamment des dispositions considérées comme intangibles par la Constitution.
De son côté, le camp présidentiel soutient que le débat porte avant tout sur l’exercice de la souveraineté populaire et sur les mécanismes permettant au peuple de se prononcer par voie référendaire.
UNE POSTURE QUI MARQUE UNE RUPTURE DÉFINITIVE
Avec cette déclaration, Joseph Kabila franchit une nouvelle étape dans son opposition à Félix Tshisekedi.
Après son adresse du 23 mai 2025, dans laquelle il avait déjà dressé un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle, l’ancien président adopte désormais un ton plus offensif et plus mobilisateur.
Cette posture marque définitivement la rupture entre les deux hommes qui avaient pourtant gouverné ensemble au lendemain de l’alternance politique de 2019.
À mesure que le débat sur le référendum s’intensifie, l’entrée en scène de Joseph Kabila risque de donner une nouvelle dimension à la confrontation politique autour de l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo.
Le bras de fer entre partisans et adversaires du changement constitutionnel semble désormais engagé sur un terrain ouvertement politique, avec en toile de fond la bataille pour l’héritage de la Constitution de 2006.
Jérémie ASOKO