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Jean-Claude Matumweni dévoile le contenu de trois tomes de son livre "Ceci n'est pas (qu')une dent"
Auteur de ''Ceci n'est pas (qu') une dent'', le prof. Jean-Claude Matumweni Makwala, a livré le résumé de trois tomes de cet ouvrage de 1 096 pages, publié aux Editions Le Net. C'est en ''narratologue et sémiotéticien'' qu'il a produit ce livre destiné, selon lui, ''à ceux qui s'intéressent à Lumumba et aux chercheurs''. Le journaliste et patron de Numerica Télévision, Jean-Pierre Kibambi Shintwa, nous a aidé à en découvrir le contenu, au cours d'une émission Chassons la pauvreté.
Bâti autour des approches théoriques vérifiées sur le narratif autour de Lumumba, ''Ceci n'est pas (qu') une dent'' a été écrit par l'auteur qui a porté une casquette de narratologue et de sémiotéticien. Ainsi s'est-il intéressé à analyser ce récit, les faits en expliquant le contenu de trois tomes représentant trois thèses que Jean-Claude Matumueni Makwala a développées pendant plus de trois ans.
Dans le premier tome, l'auteur démontre que " nos actions, ce que nous faisons à l'égard des individus est toujours lié à un sens que construisons' "
En analysant la question fondamentale ''Pourquoi a-t-on tué Lumumba'', l'auteur ne s'est pas contenté seulement de la contemporalité de Lumumba, mais il lui a fallu remonter dans le temps.
TROIS REPERES FONDAMENTAUX
Dans sa quête de donner le sens des récits, l'auteur remonte aux années 1454 pour se référer à la bulle pontificale - Dum Diversas (1452) - de Nicolas V qui autorisait le roi du Portugal à attaquer, conquérir et réduire en esclavage les ''Sarrasins'', païens et autres infidèles ennemis du Christ'' Ainsi naquit chez les colons l'idée que le Noir est un être qu'on peut vendre, qu'on peut exploiter.
La construction de ce sens aura trois repères fondamentaux : la bulle de Nicolas V, le Code noir et l'Acte de Berlin. Trois textes qui vont conduire le comportement des colonisateurs sur les colonisés, particulièrement les bourreaux de Lumumba. .
Le Code noir est un ensemble des lois et des règlements promulgués par Louis XIV en 1685. Il vise à régir la vie des esclaves et de leurs maîtres dans les colonies françaises d'Amérique. Ce texte " dit clairement que le Noir est un bien meuble, un objet qu'on peut céder, qu'on peut acheter "', résume l'auteur.
L'article 58 du Code noir stipule que les affranchis doivent respecter leurs anciens maîtres, leurs veuves et leurs enfants et que leurs offenses faites à ces derniers ne seront sévèrement punies que si elles étaient faites à d'autres personnes.
Quant à l'Acte de Berlin, il le qualifie " d'une vaste escroquerie qui dit qu'il faut émanciper les Noirs. Or, en en réalité, la colonisation va être une prolongation de l'esclavage sous une autre forme ". L'auteur démontre que " le drame de Lumumba n'est pas un acte isolé, mais un fait qui s'inscrit dans une histoire au long cou. Le Noir sera positionné comme l'être en quête de liberté et le colonisateur (Blanc) comme l'opposant de cette quête parce qu'il tient à maintenir le Noir dans cet état "
L'histoire tragique de Patrice Lumumba est dans ce schéma-là, conclut l'auteur.
VERITABLE CAMOUFLET INFLIGE AUX COLONS
Et de poursuivre : " Le discours de Lumumba le jour de l'indépendance était un véritable camouflet infligé à son ancien maître. Donc, à peine affranchi, l'ancien esclave a manqué de respect à son ancien maître. C'est jour-là que le sort de Lumumba était scellé ".
" La construction du sens du Noir, a renchéri l'auteur, n'est pas que du fait du politicien. Il y a aussi l'aspect philosophique qui intervient. La philosophie a beaucoup contribué au sens du Noir, de l'esclave de manière générale. Dans l'ancien temps, l'esclave était considéré comme quelqu'un qui devait demeurer éternellement dans cet état. Tous ces différents sens construits par la politique, la philosophie et la religion vont constituer ce qu'on appelle ''un habitus'', c'est-à-dire un ensemble de représentations (comment on présente l'autre), mais un ensemble de pratiques ".
La thèse développée dans le 2ème tome est dans la poursuite du premier. Elle explique la violence exercée sur Lumumba dans sa contemporalité. Elle se construit autour de trois fondements que l'auteur appelle ''sols sémiques'' : le juridique, la réputation (''fama'') et l'antagonisme. Les ennemis de Lumumba se sont servis de ces trois éléments " pour manipuler son image et justifier ainsi l'action concertée qu'ils ont menée avec succès contre lui "
LES AMIS GUINEENS DE LUMUMBA L'ONT POUSSE A HUMILIER LE ROI BELGE
Dans le 2ème tome, ce qui est mis en évidence, c'est le sens construit dans les interactions que Lumumba va avoir avec ses contemporains comprenant deux grands groupes. Le premier groupe composé de ses compatriotes : Mobutu, Kasavubu, Tshombe, Kibwe… Le 2ème groupe composé de puissances étrangères (Belgique, Amérique).
Lorsque Lumumba décide d'écrire son discours à partir du 29 juin, explique le narratologue et sémiotéticien, c'est avec ses conseillers Guinéens et Belges. Les amis Guinéens vont le pousser à l'écrire en lui disant : " Vous devez humilier le roi comme Sekou Touré avait humilié Charles de Gaulle. C'est pour venger moralement tout ce que vous avez subi ". Donc sur le plan juridique, explique-t-il, on va construire l'illégitimité de Lumumba qui va dégager son corps des immunités. Et d'ajouter : " bien qu'il fût député et Premier ministre, toutes ses immunités tombent sous l'effet du sens de l'illégitimité, d'illégalité construit après sa révocation par le président Kasavubu ". Cela dit, déchu de ses immunités, Lumumba était devenu un citoyen lambda.
C'EST VRAISEMBLABLEMENT LA DENT DE LUMUMBA
Quant au 3ème tome, il parle de la dent, (relique) de Lumumba. Lorsque la Belgique avait décidé de la restituer à la RDC, les familles des compagnons de Lumumba - Maurice Mpolo et Joseph Okito ont protesté l'authenticité de cette dent. En effet, rien ne prouvait que c'était la dent de Lumumba étant donné qu'ils étaient trois à être tués ensemble.
Ici, l'auteur essaie de lever cette controverse autour de la notion de vraisemblable et d'indexation. " Parce que, explique-t-il, dans la théorie narrative, on conçoit que le héros, c'est apparemment la personne qui est le plus souvent indexée. Il paraît souvent seul. " Donc, probablement, conclut-il Matumweni Makwala, ça ne pouvait être que la dent de Lumumba. Et pas de quelqu'un d'autre."
Ce livre examine les implications de cette dent, non seulement comme un fragment physique, mais aussi comme un symbole de l'histoire coloniale et de la quête de justice et de réparation. ''Ceci n'est pas (qu') une dent'' pose des questions sur la violence coloniale et la manière dont la mémoire de Lumumba est traitée.
Kléber KUNGU