Dernière minute
Société
Ata na lifelo toko samba kaka". Cette phrase en lingala se traduit littéralement par : " Même en enfer, nous allons quand même plaider [notre cause].
Dans un sens plus imagé, cela signifie qu'on ne compte pas se laisser faire ou se taire, peu importe la difficulté…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
Avocats Sans Frontières (ASF) a lancé un projet d’assistance judiciaire à la prison centrale de Makala. Cette initiative permettra aux ONG locales travaillant avec AVS…
Étranger
L'Autriche a salué mercredi les efforts déployés par le Maroc en faveur du développement d'un nouveau modèle de coopération Sud-Sud, soulignant l'importance de promouvoir la coopération…
Nation
Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en RDC et chef de la Mission de l’organisation des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), James Swan, a passé en…
Interpellation de Tshiwewe : L'UDPS enfonce le clou
* Augustin Kabuya, SG du parti présidentiel, confirme l'implication de l'ancien patron de l'Armée dans un projet d'élimination physique de Fatshi.
Le silence n'aura duré que quelques jours, le temps pour les rumeurs de s'installer, puis d'enfler dans les médias sociaux. L'interpellation du général d'armée Christian Tshiwewe Songesha, ancien chef d'état-major des FARDC et conseiller militaire du président Félix Tshisekedi, est désormais une réalité confirmée par le parti présidentiel lui-même. C'est Augustin Kabuya, secrétaire général de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui a levé le voile sur cette affaire. Lors d'une matinée politique organisée le mardi 15 juillet, devant une foule de militants, il a affirmé que l'ancien patron de l'armée était impliqué dans un complot visant à éliminer physiquement le chef de l'État.
Les mots sont lourds de conséquences. Le sous-entendu, limpide. Sans l'identifier nommément, le fidèle parmi les fidèles du président, a pris le devant pour fixer l'opinion. En lingala, Augustin Kabuya a clairement visé l'ancien numéro un de l'armée congolaise, interpellé récemment par les services de sécurité.
" Un homme qui a réfléchi avec son entourage pour savoir comment tuer un père de famille, un grand-père… la première institution de la République ", a lancé Augustin Kabuya d'une voix indignée.
Tshiwewe ne nierait pas les faits
L'homme fort du parti présidentiel est allé plus loin, révélant que le général Tshiwewe ne nierait pas les faits qui lui sont reprochés lors de son interrogatoire : " Les gens sérieux savent le mal qu'il a fait, et lui-même n'a pas nié. C'est-à-dire qu'il est assis et il dit qu'il va le tuer. Même une poule, avant de la tuer, on réfléchit quand même ! "
L'affaire fait grand bruit. Depuis l'arrestation du général Tshiwewe, toujours non officiellement confirmée par les autorités judiciaires, plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer une campagne ciblée contre des officiers originaires du Grand Katanga et d'autres provinces swahiliphones. Des accusations que Kabuya rejette avec force.
DOSSIER D'UNE GRAVITE EXCEPTIONNELLE
Le secrétaire général du parti présidentiel fustige les discours qui, au lieu de condamner la gravité de l'acte supposé, cherchent à l'excuser sous un prisme identitaire ou tribal. Il s'agit, affirme-t-il, d'un dossier d'une gravité exceptionnelle, touchant directement la sécurité du président de la République et donc celle de l'État.
" Apparemment les gens ne voient pas la gravité de cette situation. Quelqu'un qui t'a élevé en grade, et maintenant, parce qu'il est de telle ou telle communauté, on ne devrait pas poser de questions ? ", s'est-il insurgé.
La Grande Muette brise son silence
Quelques jours avant cette sortie politique, la Grande Muette avait brisé son silence légendaire. Le chef d'état-major général en fonction, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, a tenté de rassurer l'opinion publique dans une mise au point le week-end dernier. Sans confirmer explicitement l'implication de Tshiwewe, il a précisé que les interpellations en cours ne préjugent en rien d'une culpabilité.
" Ces actions ne constituent pas une condamnation automatique par la justice militaire ", a-t-il expliqué. " En cas d'absence de griefs fondés, les officiers seront relâchés. Les fautifs, eux, seront poursuivis conformément à la loi", a expliqué Kabuya.
Même son de cloche du côté du porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge. Dans une communication, celui-ci a souligné que les mesures disciplinaires prises actuellement dans l'armée n'ont aucun fondement ethnique. " Ces officiers sont arrêtés pour des manquements graves à la discipline militaire, et non pour leur appartenance à une quelconque communauté". Et de marteler : " L'armée reste engagée à la rigueur, à l'intégrité et au respect de la loi. "
Une Affaire touchant aux nerfs sensibles de la nation
L'interpellation de Christian Tshiwewe est bien plus qu'une affaire militaire. Elle touche aux nerfs sensibles de la nation : la cohésion des forces armées, la stabilité du pouvoir civil, l'unité nationale. Alors que la RDC fait face à une guerre d'agression menée par la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda, dans l'Est du pays, l'idée même qu'un ancien chef d'état-major puisse être soupçonné de trahison provoque un sentiment de vertige. Chacun y va de son hypothèse : vengeance politique ? Réel projet de déstabilisation ? …Une chose est certaine, l'affaire Tshiwewe ne fait que commencer.
Aucune déclaration de la présidence pour le moment
Du côté de la présidence, aucune déclaration officielle n'a encore été faite sur le fond du dossier. Le président Tshisekedi, qui avait fait du général Tshiwewe l'un de ses hommes de confiance en lui confiant la direction de l'état-major général des FARDC, n'a pas encore commenté publiquement les accusations de complot portées contre ce dernier.
Depuis son interpellation, Christian Tshiwewe n'a pas fait entendre sa voix. Aucun communiqué de ses avocats, de sa famille ou de ses proches n'a été diffusé. Un silence qui alimente l'opacité autour d'une affaire aux ramifications aussi bien sécuritaires que politiques.
Le parcours de Tshiwewe
Le parcours de Tshiwewe est élogieux. Issu de la Garde républicaine, il a gravi les échelons dans l'ombre des régimes successifs. Il a accédé à la tête de l'armée sous Tshisekedi en 2022 dont il était proche collaborateur depuis son arrivée au pouvoir. Il est remplacé par Jules Banza en mars 2024. Depuis, il est demeuré conseiller militaire du chef de l'État, occupant une position stratégique dans l'appareil sécuritaire. Sa proximité avec le président, son rôle dans les opérations stratégiques et sa fulgurante ascension dans les rangs militaires en faisaient une figure centrale du système sécuritaire.
Que s'est-il donc passé pour que ce pilier du régime se retrouve aujourd'hui accusé de trahison et de tentative d'assassinat contre le président lui-même ? Si les autorités n'ont pas encore livré tous les détails, l'affaire suscite une onde de choc au sein de l'opinion.
Christian-Timothée MAMPUYA