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Transport à Kinshasa: la grille tarifaire écrasée sous les pneus des chauffeurs
Samedi chaud, samedi choc à Kinshasa. Dans la capitale congolaise, se déplacer le week-end relève parfois de l’épreuve d’endurance… et d’un luxe forcé. Aux arrêts de bus, pas d’excuse, pas de supplication : pour atteindre sa destination, il faut payer le prix imposé quel qu’il soit.
Dans la commune de Masina, au cœur du district de Tshangu, le constat est brutal. Pour un même trajet, un seul et unique parcours, les tarifs varient sans logique apparente. De Pascal à Dibwa, le coût oscille entre 1 500 et 2 500 francs congolais. De Pascal à Terre Jaune, certains conducteurs fixent le prix entre 2 000 et 2 500 francs, au gré de l’affluence à l’arrêt. Plus il y a foule, plus la note grimpe.
La grille tarifaire, pourtant fixée par l’autorité urbaine pour encadrer le secteur et protéger les usagers, semble reléguée au rang de simple formalité administrative. Sur le terrain, elle est ignorée, contournée, parfois ouvertement défiée. Les chauffeurs et receveurs, invoquant le «versement» journalier, la cherté du carburant ou les charges familiales, imposent leurs propres règles. Le transport devient un marché à ciel ouvert où la loi de l’offre et de la demande supplante la réglementation.
La population se mord la langue
Pour les Kinois, la frustration est immense. Aux arrêts de bus, les visages se ferment, les murmures s’élèvent, mais la contestation s’éteint souvent devant l’urgence d’arriver au travail, au marché ou à un rendez-vous familial. La population se mord la langue et paie, contrainte et résignée.
Pourtant, le gouvernement provincial avait annoncé des opérations de contrôle et de répression contre ces pratiques jugées inciviques. Des agents ont été déployés, des mises en garde lancées. Mais dans la réalité quotidienne, la traque semble s’être dissoute dans l’immensité urbaine. Les contrôles sont rares, les sanctions peu visibles, et l’anarchie tarifaire prospère.
Ce phénomène, désormais installé, fragilise davantage le pouvoir d’achat déjà précaire des ménages. Il révèle aussi l’ampleur du défi : réguler un secteur vital, dominé en grande partie par l’informel, où l’État peine à imposer son autorité.
À Kinshasa, la route n’est pas seulement encombrée par les embouteillages. Elle est aussi congestionnée par l’indiscipline et l’impunité. Tant que la grille tarifaire restera lettre morte, chaque arrêt de bus continuera d’être le théâtre d’un bras de fer silencieux entre conducteurs et passagers un duel inégal où l’usager, faute d’alternative, sort presque toujours perdant.
Jérémie ASOKO