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Thierry Mariani dénonce l'hypocrisie de l'Europe face à Paul Kagame
* "Dans l'hémicycle, on soutient Kinshasa, dans les faits, on laisse faire tout ce qu'il veut à M. Kagame", a expliqué l'eurodéputé.
"Verba volant, scripta manent", disait déjà le poète latin Horace : les paroles s'envolent, les écrits restent. Mais que reste-t-il lorsque, dans l'hémicycle du Parlement européen, les discours sur l'Est de la RD-Congo se succèdent sans effet tangible? C'est la question que semble poser l'eurodéputé Thierry Mariani, qui le mercredi 11 février a choisi de boycotter un débat consacré à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, dénonçant une Europe " de paroles sans actes " face aux violences qui ensanglantent l'Est congolais.
"J'ai refusé de participer à ce débat sur la RDC. Il n'est qu'un alibi pour continuer à ne pas sanctionner le Rwanda, coupable des massacres et des pillages et son dictateur sanguinaire, Kagame", a-t-il déclaré
Face à la caméra, devant le bâtiment du Parlement, Mariani a livré un discours sans concession, dénonçant ce qu'il considère comme des discussions "sans effet" et même "contre-productives". "Dans l'hémicycle, on soutient Kinshasa, dans les faits, on laisse faire tout ce qu'il veut à M. Kagame", a-t-il lancé, accusant l'Europe de fournir un répit au Rwanda, alors que la situation dans l'Est congolais demeure catastrophique.
Pour l'élu européen, il n'y a plus de zone grise : les responsabilités sont claires et identifiées. "Car sur la RDC et la situation catastrophique à l'Est de ce pays, tout a été dit : les massacres, les pillages, la volonté depuis trente ans d'éradiquer toute une population, les viols et j'en passe. Le coupable ? Tout le monde le connaît : le Rwanda et son dirigeant sanguinaire Paul Kagame", a-t-il affirmé avec gravité.
Mariani rappelle qu'il y a un an, le 13 février 2025, le Parlement européen avait adopté un texte sur les violences dans l'Est de la RDC, demandant explicitement à l'Union européenne de sanctionner les hauts responsables rwandais. "Évidemment, la Commission n'a rien fait. Pour maquiller son inaction et comme un affront de plus aux Congolais, l'Europe n'a sanctionné que quelques chefs de guerre locaux, répondant aux ordres de Kigali. Bref, on a puni des lampistes", déplore-t-il.
Pour Thierry Mariani, la situation est d'autant plus scandaleuse que l'UE dispose des moyens de faire respecter le droit et la justice internationale. "L'Union européenne peut prendre de vraies sanctions quand elle veut, comme celles qu'elle a imposées à la Russie : interdiction de visas, gel des avoirs, suspension des partenariats. Mais dès qu'il s'agit de la RDC, elle ferme les yeux sur les massacres et le pillage des ressources", dénonce-t-il.
L'élu dénonce également l'accord conclu en 2024 entre l'Union européenne et le Rwanda sur l'approvisionnement en matières premières, qualifiant cette décision de "scandaleuse et inadmissible". "L'Union européenne n'a toujours pas annulé cet accord, alors que toute la communauté internationale a prouvé que ces matériaux rares sont volés par Kagame et son régime à la population congolaise. Cette hypocrisie devient insoutenable", a-t-il fustigé.
Pour Mariani, il ne s'agit plus seulement d'une question politique ou diplomatique, mais d'une exigence morale et humanitaire. "Pourquoi tant de complaisance dans les institutions européennes pour Kigali ? Va-t-on découvrir un jour à Bruxelles un 'Rwandagate', comme on a découvert le scandale du Qatargate ? " a-t-il interrogé, soulignant que les mots seuls ne suffisent plus.
"Si l'Europe veut dissiper tous ces soupçons, la seule réponse crédible de la Commission européenne, ce sont des sanctions dures et efficaces contre le Rwanda, contre Kagame et contre son entourage. Car sans actes, les paroles de l'Europe ne sont toujours que… des paroles", a-t-il insisté, avant de quitter l'hémicycle.
Christian-Timothée MAMPUYA