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Procès Philémon Yav : la Haute Cour militaire renvoie l'affaire au 20 février
* Le ministère public contre-attaque, la défense conteste l'impartialité du CNC.
Le procès du lieutenant-général Philémon Yav Irung a connu un nouveau rebondissement le mardi 17 février 2026 devant la Haute Cour militaire. À l'issue des débats particulièrement tendus, la juridiction militaire a décidé de suspendre l'audience et de renvoyer l'affaire au vendredi 20 février prochain. Les juges devront alors se prononcer sur l'opportunité de solliciter l'expertise du Conseil national de la cyberdéfense (CNC) pour examiner les téléphones du prévenu.
Dès l'ouverture de l'audience, le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay, a évoqué la possibilité de recourir aux compétences techniques du CNC afin d'extraire et de restaurer le message litigieux au cœur de l'accusation. Cette hypothèse fait suite à la déclaration de l'Agence nationale de renseignements (ANR), qui a indiqué ne pas disposer des capacités techniques nécessaires pour exploiter les données contenues dans les appareils saisis.
MEFIANCE QUANT A L'IMPARTIALITE DU CNC
La proposition a immédiatement suscité l'opposition de la défense. Les avocats du général Yav ont exprimé une profonde méfiance quant à l'impartialité du CNC, rappelant que le ministère public détient les téléphones de leur client depuis 2022. Pour Me Carlos Ngwapitshi, cette initiative tardive soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses : si des investigations techniques étaient nécessaires, pourquoi n'ont-elles pas été diligentées à la phase préjuridictionnelle? " Lorsque l'organe de la loi a saisi la Cour, il devait avoir réuni l'ensemble des éléments de preuve ", a-t-il fait remarquer, insinuant une faiblesse du dossier d'accusation.
Le général Philémon Yav lui-même a abondé dans ce sens. Il affirme ne pas faire confiance à l'actuel responsable du CNC, qu'il considère comme impliqué dans les circonstances ayant conduit à son arrestation. Selon lui, le téléphone présenté comme pièce à conviction avait été remis à un conseiller spécial au moment de la mise en place d'une commission, et cette même personne occuperait aujourd'hui la tête du CNC. "Demander à cette même personne d'intervenir aujourd'hui suscite naturellement des craintes ", a-t-il déclaré à la barre.
EMERGENCE DE LA VERITE REDOUTEE
Face à ces objections, l'auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René, a estimé que la défense redoute l'émergence de la vérité. Il a appelé la Cour à décider en toute sérénité des mesures d'instruction nécessaires, soutenant que le dossier contiendrait des preuves irréfutables. Il a notamment évoqué le témoignage du général-major Peter Cirimwami (aujourd'hui décédé), ainsi que les déclarations d'autres officiers entendus comme renseignants.
Au cœur de l'accusation figure un message que le général Yav aurait reçu, par l'entremise du général Senkoko, en provenance du général rwandais James Kabarebe. Ce message aurait désigné le général Cirimwami comme un obstacle à un plan de déstabilisation de la RDC. Le ministère public considère comme suspect le fait que le prévenu n'ait pas porté cette information à la connaissance de sa hiérarchie, notamment du chef d'état-major général des FARDC, alors que le gouverneur militaire se trouvait à ses côtés.
La défense, pour sa part, nie catégoriquement l'existence d'un tel message. Le général Yav reconnaît seulement avoir reçu un message anonyme accusant les FARDC d'utiliser les FDLR sur le champ de bataille, précisant qu'il en aurait discuté avec le général Cirimwami, lequel aurait reçu une communication similaire.
LE TEMOIGNAGE DU LIEUTENANT-GENERAL SIKABWE
L'audience a également été marquée par la comparution du lieutenant-général Sikabwe Asinda Fall, ancien chef d'état-major de la Force terrestre et actuel directeur général d'Afridex. Son témoignage faisait suite aux déclarations du lieutenant-général Constant Ndima, qui avait affirmé qu'en 2022, lors d'une rencontre aux États-Unis entre chefs d'état-major africains, le général Fall aurait été approché par son homologue rwandais, le général Mubarakh Muganga.
À la barre, le général Fall a confirmé que le nom de Philémon Yav figurait parmi six officiers que le Rwanda souhaitait voir neutralisés ou relevés des zones opérationnelles. Selon lui, ces demandes s'inscrivaient dans une stratégie de déstabilisation de la RDC, assorties de menaces explicites. Il a affirmé avoir immédiatement transmis ces informations à la hiérarchie à Kinshasa.
Un témoignage que la défense a utilisé pour mettre en doute la cohérence de l'accusation, s'interrogeant sur la possibilité qu'un officier présenté comme ennemi du Rwanda puisse être simultanément accusé de collusion avec ce pays. L'auditeur général a rétorqué que cette inscription sur la liste pourrait relever d'une stratégie destinée à semer la confusion.
Le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René a affirmé que le ministère public dispose de preuves solides, évoquant notamment le témoignage de feu le général-major Peter Cirimwami ainsi que les déclarations d'autres officiers entendus par la Cour.
Selon l'accusation, le général Yav aurait reçu, par l'entremise du général Senkoko, un message attribué au général rwandais James Kabarebe, désignant le général Cirimwami comme un obstacle à un plan de déstabilisation de la RDC. Il lui est reproché de ne pas avoir porté cette information à la connaissance de sa hiérarchie, notamment du chef d'état-major général des FARDC.
Le prévenu conteste formellement avoir reçu un message provenant de James Kabarebe. Il reconnaît toutefois avoir reçu un message anonyme accusant les FARDC d'utiliser les FDLR, affirmant avoir échangé à ce sujet avec le général Cirimwami.
La suite du procès dépend désormais de la décision que prendra la Haute Cour militaire le 20 février 2026 quant à l'éventuelle expertise du CNC.
En attendant, le général Philémon Yav Irung demeure poursuivi pour trahison et intelligence avec les ennemis de la République, dans un dossier qui continue de susciter une vive attention tant sur le plan judiciaire que sécuritaire.
Christian-Timothée MAMPUYA