Dernière minute
Société
Dans le cœur battant de Kinshasa, la lutte contre les inondations gagne du terrain. Dans le regroupement communal de la Funa, les travaux de construction des murs de soutènement le long de la rivière Kalamu affichent désormais un taux d’exécution de 80 %, signe d’une avancée significative vers…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
Avocats Sans Frontières (ASF) a lancé un projet d’assistance judiciaire à la prison centrale de Makala. Cette initiative permettra aux ONG locales travaillant avec AVS…
Étranger
La République du Honduras a décidé de suspendre sa reconnaissance de la pseudo "rasd".
Cette décision a été communiquée à M. Nasser Bourita, ministre des Affaires…
Nation
L’Assemblée nationale de la RDC a franchi une étape majeure en déclarant ce jeudi 23 avril, recevable le projet de loi autorisant la ratification du Protocole pour l’élimination du…
Plaintes contre Apple : La RDC veut mettre un terme à l’industrie alimentant la violence
*Dans un communiqué, le cabinet de Mutamba interpelle la justice internationale à sanctionner les responsables.
La République démocratique du Congo a déclenché une offensive judiciaire contre Apple, l’un des plus grands géants de la technologie. Deux plaintes ont été ainsi déposées le 17 décembre, devant le parquet de Paris et un juge d’instruction à Bruxelles. Le gouvernement congolais accuse la firme américaine d’avoir tiré profit de l’exploitation illégale de ses minerais, issus des zones de conflit dans l’est du pays.
Selon un communiqué publié par le ministère congolais de la Justice hier mercredi 18 décembre, ces plaintes mettent en cause Apple pour recel, blanchiment et pratiques commerciales trompeuses. Le gouvernement congolais affirme que la chaîne d’approvisionnement d’Apple serait contaminée par des minerais extraits illégalement, notamment du cobalt, de l’étain, du tantale et du tungstène. Ces ressources, souvent qualifiées de «minerais de sang», alimentent les conflits meurtriers dans la région, tout en finançant des groupes armés et des réseaux criminels.
«La République démocratique du Congo attend de la justice saisie d’agir en toute responsabilité afin que cesse cette industrie qui alimente la guerre et que justice soit faite aux victimes», a déclaré le cabinet du ministre de la Justice dans une note officielle.
Un enjeu économique et sécuritaire majeur
Le cobalt, essentiel à la fabrication des batteries pour smartphones, véhicules électriques et autres appareils électroniques, est au cœur de cette controverse. La RDC détient plus de 70 % des réserves mondiales de ce minerai stratégique. Toutefois, une grande partie de cette ressource est extraite dans des conditions précaires, souvent sous le contrôle des groupes armés, avant d’être acheminée illégalement vers des pays voisins comme le Rwanda.
Le ministre de la Communication & Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a confirmé lors d’un briefing avec la presse que la plainte contre Apple s’inscrit dans une stratégie globale visant à restaurer la paix et la souveraineté économique dans l’Est du pays.
«Nous avons des éléments qui attestent qu’Apple est bénéficiaire du circuit sanguinaire entourant la production du cobalt, notamment en lien avec l’agression rwandaise. Vous savez que le mobile de cette agression est essentiellement économique. Je n’ai pas besoin de revenir sur ce qui se passe : c’est ce circuit qui fait qu’aujourd’hui, au-delà de la mise en demeure, qui n’a pas véritablement obtenu le résultat escompté, nous saisissons l’occasion d’avoir le professeur Mingashang dans un exercice de redevabilité pour vous en dire davantage», a ajouté Patrick Muyaya.
Une lutte sur plusieurs fronts
Le gouvernement congolais considère cette action judiciaire comme une étape cruciale dans sa lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles et les violations des droits humains dans l’Est du pays.
«C’est la suite logique de la mise en demeure qui avait été faite, il y a quelques mois. Je confirme que ce matin, nos avocats, qui travaillent en coordination avec la Task Force Justice Internationale du gouvernement pilotée par Ivon Mingashang, ont déposé une plainte à Paris et à Bruxelles contre Apple», a confirmé Patrick Muyaya, rappelant que cette initiative fait partie d’une stratégie plus large visant à restaurer la paix durable dans la région.
Apple rejette les accusations
En réponse, Apple a fermement contesté les allégations de la RDC. Dans une déclaration officielle, l’entreprise a souligné son engagement envers un approvisionnement responsable et ses normes strictes en matière d’éthique.
«Nous exigeons de nos fournisseurs qu’ils respectent les normes les plus élevées du secteur. La majorité des minerais utilisés dans nos produits sont recyclés, notamment 99 % du tungstène et 100 % du cobalt dans les batteries conçues par Apple», a déclaré un porte-parole de la société chez nos confrères de la BBC.
Apple affirme également avoir suspendu l’approvisionnement en minerais provenant de la RDC et du Rwanda plus tôt cette année en raison de l’escalade des conflits dans la région. Toutefois, cette mesure n’a pas suffi à dissiper les critiques de la RDC.
Un appel à la justice internationale
Les autorités congolaises espèrent que les juridictions française et belge examineront les preuves fournies avec diligence. La RDC exige que justice soit rendue aux millions de victimes de la guerre et que des mesures soient prises pour démanteler les réseaux de contrebande qui profitent du conflit.
« Apple, avec sa valeur de marché de plus de 3 000 milliards de dollars, ne peut ignorer les conséquences de ses actes. Se cacher derrière des récits de responsabilité sans agir concrètement est inacceptable», a protesté Robert Amsterdam, l’un des avocats représentant la RDC.
Christian-Timothée MAMPUYA