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Mwene-Ditu : Tshiyamba, une jeune fille enterrée vivante pour sceller la paix entre Bakwa-Mulumba et Bena Mpiana
Forum des As visite 4 provinces du Grand Kasaï, à part le Kasaï-Central où il est très performant. À travers cette tournée, hier mardi 10 février, nous avons découvert une réalité. Une histoire bouleversante refait surface dans la mémoire collective du territoire de Ngandanjika, dans la province de Lomami, au centre de la République démocratique du Congo. Elle renvoie à un passé lointain, marqué par des conflits communautaires meurtriers entre deux villages aujourd'hui connus sous les noms de Bakwa-Mulumba et Bena Mpiana, dont la rivalité a plongé plusieurs familles dans un cycle interminable de violence.
Selon un récit transmis de génération en génération, cette guerre, décrite comme longue et sanglante, a poussé sages et anciens des deux communautés à prendre une décision radicale et tragique : offrir un sacrifice humain pour mettre fin à la haine et sceller une paix durable.
Au cœur de cette mémoire ancestrale se trouve le nom de Tshiyamba, une jeune fille présentée comme vierge, innocente et sans aucun lien direct avec les causes du conflit. Pourtant, elle a été choisie comme symbole ultime de réconciliation.
LA JEUNE FILLE ENTERREE VIVANTE POUR IMPOSER LA PAIX
D'après la tradition orale, Tshiyamba, décrite également comme une esclave, a été livrée aux anciens afin d'être offerte en sacrifice, dans un acte considéré à l'époque comme un " serment sacré " entre les deux villages. La jeune fille a alors été enterrée vivante, une pratique ancestrale qui, selon la croyance, devait imposer la paix par la peur, la malédiction et le respect d'un pacte spirituel.
Dans ce récit, son ensevelissement vivant n'était pas seulement un acte de cruauté, mais une forme de contrat scellé dans la terre : un avertissement symbolique à quiconque oserait raviver les hostilités. "Que Tshiyamba veille sur cette alliance, et que celui qui osera reprendre la guerre réponde devant elle ", a été la formule prononcée par les anciens au moment du rituel.
Avec le temps, le drame a cessé d'être seulement un fait historique douloureux pour devenir un élément identitaire fort.
La mémoire de Tshiyamba a traversé les années au point d'influencer la dénomination du milieu : c'est ainsi que serait né le nom du secteur de Tshiyamba, dans le territoire de Ngandanjika.
Aujourd'hui encore, une statue se dresse dans cette zone. Pour plusieurs habitants ou passants, elle n'est qu'un monument ordinaire. Mais pour ceux qui connaissent l'histoire, elle représente un témoignage silencieux d'un sacrifice humain dont la portée continue de questionner les consciences.
SYMBOLE DE MEMOIRE COLLECTIVE
Cette statue, selon le récit populaire, n'est pas une décoration urbaine. Elle est plutôt un symbole de mémoire collective, rappelant que la paix obtenue autrefois entre Bakwa-Mulumba et Bena Mpiana a eu un prix terriblement élevé : la vie d'une innocente.
Ce récit relance un débat profond dans les communautés locales et au-delà : jusqu'où les sociétés traditionnelles pouvaient-elles aller pour préserver la cohésion sociale ? Et surtout, que vaut aujourd'hui une paix héritée d'un acte aussi tragique ?
Car si Tshiyamba est devenue une figure de légende dans le territoire de Ngandanjika, son histoire demeure une interrogation permanente sur la violence, la justice, la dignité humaine et le poids des coutumes anciennes.
En observant la statue, une question revient sans cesse dans les discussions populaires : la paix vaut-elle encore ce prix aujourd'hui ? Une interrogation qui, au-delà de l'histoire de Ngandanjika, renvoie à toute la société congolaise, confrontée au défi permanent de bâtir une paix durable sans sacrifier l'innocence.
Félix MULUMBA Kalemba