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Le Gouvernement adopte le projet de loi sur la gouvernance du Grand Inga pour accélérer Inga III
Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, le Gouvernement vient de franchir une étape décisive dans le dossier stratégique de Grand Inga. Réuni le vendredi 27 mars à Bandundu-Ville, le Conseil des ministres a adopté le projet de loi portant gouvernance de ce méga projet énergétique, présenté par Aimé Molendo Sakombi.
Derrière ce texte, une ambition claire : sortir Inga du registre des promesses sans lendemain pour l’ancrer dans un dispositif juridique solide, capable de sécuriser les investissements tout en affirmant la souveraineté de l’État sur un actif jugé stratégique.
UN PROJET DE LOI VISANT A MODERNISER L'ARCHITECTURE LÉGALE
Selon le compte rendu du gouvernement, relayé par Patrick Muyaya, ce projet de loi dépasse la simple technicité. Il vise à moderniser l’architecture légale du secteur en l’adaptant aux exigences d’un chantier d’envergure continentale.
Le texte entend ainsi concilier plusieurs impératifs : garantir la maîtrise publique du projet ; stimuler l’industrialisation et la création de richesses ; élargir l’accès à l’électricité ; intégrer les enjeux environnementaux et sociaux, notamment au bénéfice des communautés locales.
Pour le ministre Sakombi, l’enjeu est aussi géopolitique : positionner la RDC comme un pivot des équilibres énergétiques africains, à l’heure où la demande en électricité explose sur le continent.
Au sommet de l’État, le message est sans équivoque : il faut aller vite. Lors de la 84e réunion du Conseil des ministres, le président Tshisekedi avait exigé l’achèvement « urgent » du cadre de gouvernance, condition sine qua non à la mise en œuvre effective des financements internationaux.
Dans cette équation, la Banque mondiale joue un rôle central. L’institution a approuvé, le 3 juin 2025, un financement global d’un milliard de dollars pour le développement d’Inga III, dont une première tranche de 250 millions déjà mobilisée via l’Association internationale de développement (AID).
Mais l’entrée en vigueur des accords, effective depuis le 2 février 2026, impose des contreparties strictes. Parmi elles : la finalisation, dans un délai de 60 jours, des protocoles de collaboration entre les ministères sectoriels, la province du Kongo Central et l’ADPI-RDC. Une échéance désormais imminente.
Au-delà des enjeux institutionnels, le projet Grand Inga cristallise les espoirs d’un basculement économique. Car la RDC reste confrontée à un déficit énergétique structurel : à peine 21 % de la population ont l'accès à l’électricité.
Dans ce contexte, Inga III apparaît comme une pièce maîtresse du Pacte national de l’énergie, aligné sur l’initiative continentale « Mission 300 », avec l'objectif ambitieux de porter le taux d’accès à 62 % d’ici à 2030.
Pour la Banque mondiale, le programme Inga 3 ne se limite pas à produire de l’électricité. Il doit enclencher une dynamique plus large : investissements dans les infrastructures, création d’emplois, amélioration des conditions de vie des populations locales et accélération des réformes institutionnelles.
En adoptant ce projet de loi, le Gouvernement envoie un signal politique fort d’un État qui entend reprendre la main sur son destin énergétique. Reste désormais l’épreuve du Parlement, appelé à examiner en urgence un texte présenté comme un préalable décisif à la mobilisation des financements.
Après des décennies d’annonces avortées, Grand Inga s’approche peut-être, enfin, du point de bascule. Entre volontarisme politique et contraintes financières, Kinshasa joue une partie cruciale : transformer un potentiel colossal en réalité tangible.
Jérémie ASOKO