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Vendredi 25 avril 2025 - 07:41

Grand-Equateur : la recette Djoli pour mettre fin aux naufrages à répétition sur le fleuve Congo

Des accidents de navigation à répétition dans l’espace Grand-Equateur, préoccupent au plus haut point le Rapporteur de l’Assemblée nationale. En tant qu’élu du peuple, le Professeur Jacques Djoli souffre dans sa chair en voyant des  centaines voire des milliers de ses compatriotes périr dans le fleuve Congo et ses affluents, pour la simple raison qu’ils n’avaient d’autre choix que de voyager comme du bétail dans des embarcations de fortune ne répondant pas aux normes de sécurité en matière de navigation fluviale. Et tout cela dans l’indifférence quasi-totale des autorités gouvernementales ayant dans leurs attributions la règlementation du secteur des transports et voies de communications.

Dans un entretien avec la presse, le député Jacques Djoli Eseng’Ekeli revient sur les causes fondamentales de ces naufrages à répétition et propose des pistes de solutions, pour que le fleuve Congo et ses affluents cessent d’être des cimetières pour des Congolais qui n’ont pratiquement que ces cours d’eau comme unique voie pour se déplacer d’un coin à l’autre du pays, les voies routières étant devenues impraticables. Surtout dans les provinces faisant partie de l’espace Grand-Equateur. Interview.

Elu du Grand-Equateur, vous êtes sûrement au courant des naufrages à répétition sur le fleuve Congo et ses affluents.

Comment réagissez à tous ces accidents de navigation qui endeuillent de nombreuses familles ?

 

JACQUES DJOLI : Je saisis cette opportunité pour présenter toutes mes condoléances aux familles éprouvées, qui ont perdu les leurs dans le dernier naufrage de Maita, de celui de Nganda Kinshasa, en face de la ville de Mbandaka et même au récent naufrage survenu ici au beach Ngobila, lors de la traversée entre Kinshasa et Brazzaville.

 

Quelles sont, selon vous, les causes de ces accidents de navigation récurrents ?

Tous ces naufrages et leur récurrence traduisent les difficultés de maîtrise des paramètres de la navigation fluviale sur l’ensemble du territoire national mais plus particulièrement dans l’espace Grand-Equateur, c’est-à-dire dans les provinces de l’Equateur, de la Tshuapa, de la Mongala, du Nord et du Sud-Ubangi.

En effet, dans cet espace et au-delà du Grand-Equateur, sur l’ensemble de notre fleuve Congo et ses affluents, les communications et  les transports des personnes et de leurs biens se font essentiellement par ce boulevard naturel que le Bon Dieu a mis à notre disposition.

Mais ces cours d’eau ou voies de navigation doivent d’abord être balisées. Malheureusement, le balisage ne se fait plus comme dans le passé. Pour rappel, à l’époque, le bateau qu’on appelait «Kauka», balisait les voies navigables mais aussi signalait les obstacles, comme les bancs de sable, et faisait aussi ce qu’on appelait le dragage du fleuve Congo et ses affluents, afin de faciliter la navigation. Mais malheureusement, aujourd’hui, nous sommes au point zéro.

Grosso modo, au niveau de la Régie des Voies Fluviales, il faut se poser des questions sur l’état de cet établissement public à caractère technique. Donc, il n’y a plus de balisage, il n’y a plus de dragage et aussi ça se fait à un niveau très bas.

Et la deuxième défaillance, c’est au niveau des moyens matériels devant assurer le transport des personnes et des marchandises sur le fleuve Congo et ses affluents. Ici aussi, il y a d’abord des problèmes structurels.

En effet, l’Office National des Transports (ONATRA) a d’énormes problèmes de matériels et de structures. Il n’y a plus des bateaux courriers, du genre ITB Kokolo, Tshatshi, Gungu, où les gens pouvaient voyager dans les conditions plus ou moins acceptables.

A la place, ce sont des embarcations privées avec les qualités de navigabilité douteuses mais à qui la Régie des Voies Fluviales remet de certificats de navigabilité et surtout les autorisations de naviguer. A ce niveau, le mécanisme de contrôle est donc défaillant. Il y a également la prolifération des ports privés tout au long de la ville de Kinshasa et des autres villes où il y a faiblesse de contrôle. 

Et, lorsque nous apprenons que les commissaires fluviaux sont suspendus, après un naufrage d’une embarcation de fortune, je me demande quels moyens ont-ils pour contrôler tous ces bateaux et embarcations qui naviguent sur le fleuve Congo et ses affluents ?

Donc, le fond du problème, c’est la qualité de ces embarcations et le contrôle administratif, de tonnages et des conditions de navigabilité ainsi que les conditions dans lesquelles les gens voyagent. Voilà le tableau.

 

Que faire pour éviter ces naufrages à répétition ?

Primo, il y a des réponses administratives, à savoir le contrôle effectué par la Régie des Voies Fluviales, le contrôle technique pour assurer le dragage et le balisage mais aussi la question des outils et moyens des embarcations. L’ONATRA a promis de mettre en place des moyens des transports (on les attend et il semble qu’on est en train de travailler). Donc, pour nous, la solution réside principalement dans l’amélioration de la qualité de ces embarcations, ce qu’on appelle Ibora, qui sont construites dans des conditions douteuses, dans le non-respect des normes et standards, le contrôle de tonnages et des conditions dans lesquelles nos concitoyens voyagent.

Et il faut donc remplacer ces cercueils flottants ou navigants par des unités fluviales répondant aux normes de sécurité et de confort, si l’on veut faire arrêter ces naufrages à répétition qui constituent  des véritables actes de génocide,  parce que c’est en termes des millions que les gens meurent dans ces noyades (parce que s'il faut compter chaque fois 200 morts et on arrive à des millions des femmes et d’enfants).

 

Pour résoudre ce problème, vous avez mené une démarche auprès des autorités de l’Onatra. Qu’en est-il au juste ?

Lors de mon dernier séjour à Mbandaka, chef-lieu-lieu de la province de l’Equateur, j’ai personnellement  visité le chantier naval de l’Onatra où j'ai fait le constat du désarroi de cette structure qui utilisait plus de 20.000 agents mais, qui aujourd’hui n’a plus que 7 agents, alors que le matériel est là. Ils ont demandé, pour essayer de résoudre cette question de naufrage, que l’atelier de menuiserie soit réhabilité. Ils vont aider à avoir des embarcations qui répondent aux normes et qui seront seules autorisées à transporter des personnes.

Et, après avoir écouté ce personnel du chantier naval de Mbandaka-Boyera, nous avons rencontré le DG de l’Onatra en personne à qui nous avons remis le mémo et qui nous a promis des solutions urgentes.                               Il y a simplement une semaine que nous l’avons vu et nous nous donnons un mois pour revenir à lui. Aau cas contraire,  nous serons obligés de l’inviter dans le cadre du contrôle parlementaire et des moyens d’informations, ici au Parlement, avec le Ministre de Transports et Voies de communication, pour nous donner le cadre organisationnel de la riposte qu’ils proposent à ces naufrages devenus permanents et phénoménaux. 

Donc, le Parlement ne peut pas être un centre de consolation de ces familles qui vivent ces drames. Vous avez sûrement suivi ce qui s’est passé à Mbandaka dernièrement où l’embarcation a pris feu et il ne disposait d’aucun moyen d'extinction. Les gens ont été brûlés vifs. C’est tragique et inacceptable.

 

Le gouvernement avait pris une série de mesures, notamment l’obligation pour les embarcations de disposer des gilets de sauvetage pour les passagers. Comment avez-vous jugé ces impositions ?

J’appelle ça des mesurettes. Oui, il faut contrôler la présence dans le bateau des gilets de sauvetage ; il faut qu’il y ait des matériels anti-incendie. Mais,  il ne suffit pas de prendre une mesure, il faut veiller à son application et surtout interdire que les gens puissent naviguer ou transporter des passagers sans ces moyens-là. Mais le vrai problème est qu’il n’existe pas d’alternative. Les gens sont dans l’impératif de voyager et s’il n’y a rien comme bateau ou moyen de transport répondant aux normes, ils vont prendre ces embarcations de la mort.     

                                   

Honorable Rapporteur, qu’en est-il alors de la mission parlementaire  dépêchée par l’Assemblée nationale à Mbandaka ?

Les parlementaires, en tant que représentants du peuple, ne pouvaient rester inactifs, indifférents face au drame provoqué par ces naufrages. Ils sont allés à Mbandaka pour consoler, enquêter et revenir avec le rapport à soumettre à la plénière. C’est une mission officielle qui a été décidée par la chambre basse du Parlement. Et le jour où ils sont arrivés au chef-lieu de la province de l’Equateur, un jour après, ils ont assisté, en direct, au naufrage et à l’incendie d’une baleinière à Mbandaka, où les victimes sont essentiellement des populations de Bolomba et de Bokote.

Alors qu’ils étaient partis pour le naufrage de Maïta dans le territoire de Bomongo.

Donc, là ils étaient partis pour 7 jours mais ils y sont depuis plus de 10 jours. 

Nous avons aussi appris qu’il y a une équipe gouvernementale qui est descendue avec des moyens. Mais nous attendons le rapport de cette commission parlementaire pour discuter en plénière sur des mesures à prendre, avec les responsables du Ministère des Transports, de la Régie des Voies Fluviales et de l’ONATRA, pour qu’il y ait un plan stratégique de sortie de ces drames que j’appelle «un vrai génocide des peuples d’eau».

 

Avez-vous un mot à adresser au Gouvernement?

Le Gouvernement de la République doit faire son travail. Ils sont Gouvernement pour gouverner, c’est-à-dire répondre aux préoccupations des citoyens dans une vue programmatique  et non pas dans une vue de consolation. 

En même temps, nous Parlement, sommes là pour contrôler, pour leur transmettre les attentes de la population qui se traduisent par la nécessité de réformer ce secteur aussi bien sur le plan technique, administratif des équipements et de réhabilitation d’équipements,  notamment du chantier naval de Boyera à Mbandaka.

Votre mot de la fin

 Le mot de la fin, c’est que, face au malheur qui les frappe, aucun message ne peut ressusciter ces morts, ces membres de familles qui sont morts dans des conditions atroces. Vous savez : mourir du feu ou mourir noyé, ce sont des morts tragiques, et surtout se retrouver dans un vide d’action des pouvoirs publics notamment, c’est la Croix-Rouge locale qui essaie de récupérer quelques dépouilles. Je crois que l’État que nous sommes, avons dans nos responsabilités un amour en aval en donnant à ces populations, qui nous font confiance, des réponses idoines et efficaces et non des mesurettes.

Propos recueillis par JR MOKOLO/CP

 

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