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Dialogue national: entre lignes rouges, méfiance et bataille de légitimité
Dans une République démocratique du Congo éprouvée par une crise sécuritaire persistante dans l’Est, une tension sociale croissante et une défiance politique profonde, l’annonce d’un dialogue national et inclusif se révèle comme un révélateur des fractures internes plutôt que comme un facteur de consensus. L’initiative, censée rassembler, met en lumière de profondes divergences entre le pouvoir et une opposition aux positions contrastées, oscillant entre fermeté, scepticisme et pragmatisme.
Le Président Félix Tshisekedi, a clairement fixé sa ligne de conduite: «Le dialogue doit se tenir sur le sol national». Une déclaration qui invoque la souveraineté de l’État et la responsabilité des acteurs politiques à débattre chez eux, au cœur de la République. Dans la même veine, le Chef de l’État exclut du périmètre du dialogue les groupes rebelles ainsi que les personnes condamnées par la justice, arguant du respect de l’ordre constitutionnel et de l’État de droit.
Mais cette posture présidentielle, présentée comme un cadre de rigueur institutionnelle, ne fait pas l’unanimité. Elle se heurte frontalement à une lecture plus prudente, voire critique, portée notamment par l’Église catholique. Par la voix de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, celle-ci suggère au cours de l’émission du magazine Top 7 à la radio Top Congo FM, que, «pour des raisons de sécurité, le dialogue se tienne à l’extérieur du pays». Une proposition qui traduit le malaise ambiant : dans un climat de tensions politiques, de restrictions des libertés et de judiciarisation du débat public, la question du cadre sécurisé et neutre du dialogue devient centrale.
L’opposition monte au créneau
C’est précisément sur ce point que le parti Ensemble pour la République, dirigé par Moïse Katumbi, monte au créneau. Le camp Katumbi dénonce de «flagrantes contradictions» dans le chef du Président Tshisekedi. Comment, s’interroge-t-il, refuser catégoriquement un dialogue politique avec l’opposition congolaise en dehors de Kinshasa, tout en acceptant des négociations avec l’AFC/M23 à Doha, loin du territoire national ? Pour Ensemble pour la République, cette différence de traitement fragilise la cohérence du discours présidentiel et alimente le soupçon d’un dialogue à géométrie variable.
Au-delà de la question du lieu, c’est la philosophie même du dialogue qui divise. L’exclusion annoncée des condamnés de justice et des acteurs poursuivis est perçue par l’opposition comme une ligne rouge. En réponse, Ensemble pour la République exige des préalables clairs et non négociables : la levée des condamnations à caractère politique, la libération de tous les prisonniers politiques et d’opinion, ainsi que l’arrêt des poursuites judiciaires jugées instrumentalisées. Pour ce camp, un dialogue amputé de ces garanties ne saurait être ni inclusif ni crédible.
Le parti L’Envol, conduit par Delly Sesanga, adopte une position plus conceptuelle, mais tout aussi tranchée. Il s’oppose fermement à tout dialogue politique «sous conditions», estimant qu’il «ne répond ni aux exigences démocratiques ni aux attentes légitimes du peuple congolais». L’Envol met en garde contre les dialogues de circonstance, utilisés comme des outils conjoncturels pour désamorcer des pressions internes ou externes, renforcer un pouvoir en place, sans réelle volonté de réforme ni remise en question des pratiques de gouvernance. À l’horizon de 2028, prévient le parti, aucune institution ne saurait durablement prospérer sur le terrain de la légitimité sans un renouvellement démocratique effectif.
Le camp de Martin Fayulu affiche une approche plus souple et pragmatique
À l’opposé de ces positions rigides, le camp de Martin Fayulu affiche une approche plus souple et pragmatique. Pour Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, «le plus important, ce n’est ni celui qui convoque ni le lieu de la rencontre». L’essentiel réside, selon lui, dans les objectifs poursuivis : réformes électorales crédibles, restauration de la confiance entre gouvernants et gouvernés, et réponses concrètes aux souffrances sociales d’une population confrontée à la vie chère et à l’insécurité.
Derrière ces divergences apparentes se dessine une réalité plus profonde : la crise de légitimité politique qui traverse l’État. Entre une majorité soucieuse de préserver l’ordre institutionnel, une opposition qui redoute un dialogue verrouillé et une société en quête de solutions tangibles, le dialogue national apparaît moins comme un simple cadre de concertation que comme un test de maturité politique.
Dans un pays où la guerre persiste dans la partie orientale, où le crédit des institutions s’érode et où la cohésion nationale est mise à rude épreuve, un dialogue sans inclusivité réelle, sans garanties d’indépendance et sans mécanismes de mise en œuvre risquerait de devenir un exercice formel, aggravant la défiance plutôt que de la résorber.
Plus que jamais, la question n’est donc pas seulement de savoir où et avec qui dialoguer, mais pour quoi faire. À défaut d’une réponse claire à cette interrogation centrale, le dialogue national pourrait manquer son rendez-vous avec l’histoire, laissant intactes les fractures qu’il prétend pourtant refermer.
Jérémie ASOKO