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Dialogue national : Ensemble rejette la main tendue de Fatshi
* Tout dialogue qui servirait de prétexte à la prorogation du mandat en cours ou à la préparation d'un troisième mandat est, par avance, voué à l'échec", estime le parti de Moïse Katumbi
Le débat sur le dialogue national en République démocratique du Congo s'intensifie. Dans une déclaration politique d'une rare fermeté rendue publique hier lundi 2 février à Kinshasa, Ensemble pour la République rejette frontalement l'initiative de dialogue portée par le Président Félix Antoine Tshisekedi, la qualifiant de " simulacre " et de démarche dépourvue de crédibilité politique.
La formation politique dirigée par Moïse Katumbi réaffirme son attachement de principe à un dialogue sincère, inclusif et apaisé, qu'elle considère comme un instrument indispensable pour sortir le pays de la crise multidimensionnelle politique, sécuritaire, sociale et morale qui fragilise durablement le pays. Toutefois, le parti insiste sur le fait qu'un tel dialogue ne peut être efficace que s'il est conduit sous l'égide d'une médiation morale, neutre et indépendante, à l'image de celle proposée par la Cenco et l'ECC dans le cadre du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble, lancé le 15 janvier 2025.
"ON NE DIALOGUE PAS POUR SE RASSURER ENTRE CONVAINCUS"
Pour Ensemble pour la République, le dialogue national ne peut être réduit à une manœuvre politique ou à une rencontre entre alliés du pouvoir. Il doit être un espace de vérité et de responsabilité collective. " On ne dialogue pas pour se rassurer entre convaincus ", souligne le communiqué, mais pour examiner avec lucidité les causes structurelles de l'instabilité du pays et proposer des réponses durables et partagées. C'est précisément en raison de cette exigence que le parti rejette l'initiative présidentielle actuelle, jugée unilatérale et excluante.
Au cœur de la position du parti figurent des préalables clairement définis, présentés comme des conditions minimales de crédibilité. Il s'agit notamment de la levée des condamnations à caractère politique, de la libération des prisonniers politiques et d'opinion, de l'arrêt des poursuites judiciaires instrumentalisées, de la suppression des restrictions arbitraires sur la délivrance des passeports et la liberté de circulation des opposants, ainsi que de la cessation de toute forme de répression ou d'intimidation des voix dissidentes.
Pour Ensemble pour la République, ces mesures ne constituent ni des concessions ni des faiblesses, mais le socle indispensable de confiance sans lequel aucun dialogue ne peut aboutir.
Le parti cher à Moïse Katumbi va plus loin en dénonçant ce qu'il qualifie de contradictions majeures au sommet de l'État. Il pointe le refus du Chef de l'État d'engager un dialogue politique inclusif avec l'opposition sur le territoire national, tout en menant, hors du pays, des discussions sensibles avec l'AFC/M23, notamment à Doha. Une posture jugée incohérente et de nature à affaiblir la parole de l'État.
"LE PAYS N'A BESOIN NI DE GLISSEMENT, NI DE TRIPATOUILLAGE CONSTITUTIONNEL…"
La question constitutionnelle occupe également une place centrale dans la déclaration. Ensemble pour la République rappelle que le Président Félix Tshisekedi est engagé dans son second et dernier mandat, qui arrive à échéance en 2028, et met en garde contre toute tentative de dérive institutionnelle.
" Le pays n'a besoin ni de glissement, ni de tripatouillage constitutionnel, ni d'ambiguïtés institutionnelles. Tout dialogue qui servirait de prétexte à la prorogation du mandat en cours ou à la préparation d'un troisième mandat est, par avance, voué à l'échec ", avertit la formation politique de Moïse Katumbi.
Sur le plan régional, Ensemble pour la République renouvelle son soutien aux initiatives africaines en faveur de la paix, saluant les efforts du Président angolais João Lourenço et l'implication de l'Union africaine, sous la médiation du Président togolais Faure Gnassingbé, pour une solution politique durable aux crises sécuritaires dans la région des Grands Lacs.
À travers cette prise de position, Ensemble pour la République ne se contente pas de rejeter une initiative présidentielle. Le parti entend reposer les termes du débat national, en traçant des lignes rouges claires autour du respect de la Constitution, de l'inclusivité politique et de la crédibilité des institutions. Un message politique fort, qui place le dialogue national au cœur d'un enjeu fondamental : la restauration de la confiance entre l'État et les citoyens.
Jérémie ASOKO