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DANS UNE INTERVIEW ACCORDEE A RFI : Martin Fayulu opte pour le dialogue en se disant prêt à collaborer avec Tshisekedi
Dans une interview accordée à Radio France Internationale (RFI), Martin Fayulu, l'un des chefs de file de l'Opposition congolaise et leader du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé), a surpris plus d'un en adoptant une posture bien plus conciliante qu'à l'accoutumée. L'ancien candidat à la présidentielle de 2018, qui dénonçait alors un " hold-up électoral ", se dit désormais favorable à une collaboration avec le président Félix Tshisekedi, à certaines conditions.
"Je suis Congolais, il est Congolais. J'accepterai les résolutions qui sortiront de ce dialogue parce que j'y contribuerai", a affirmé Martin Fayulu dans cet entretien mené par Christophe Boisbouvier. Celui qu'on surnomme Mafa a tenu cette déclaration quelques jours après la signature, le 1er mai à Kinshasa, d'une déclaration commune avec Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Delly Sesanga, appelant à l'organisation d'un dialogue national pour mettre fin à la guerre dans l'Est de la RDC.
"Je n'ai pas d'ennemi"
Cette nouvelle posture tranche avec la rhétorique intransigeante adoptée par Martin Fayulu depuis plus de cinq ans. Interrogé sur cette volte-face apparente, lui qui accusait autrefois Joseph Kabila de l'avoir privé de sa victoire électorale, le candidat malheureux à la présidentielle de 2018 et 2023 relativise : "Je l'ai accusé d'avoir fabriqué les résultats […] mais ce n'est pas mon ennemi. Moi, je n'ai pas d'ennemi. Et moi, j'ai signé avec Kabila comme demain je pourrais signer avec Tshisekedi pour sauver le Congo."
À propos du processus diplomatique en cours entre Kinshasa et Kigali, dont une étape est attendue à la Maison Blanche avec l'intervention annoncée de Donald Trump, l'opposant Fayulu reste sceptique.
"Tant que la plaie n'est pas soignée, pas de paix"
"Tout accord visant à aider le Congo à retrouver la paix, nous sommes d'accord. Mais cela ne marchera pas sans cohésion nationale. Tant que la plaie n'est pas soignée en profondeur, on ne pourra pas avoir la paix."
S'il se félicite des efforts menés à Washington ou à Doha, l'ancien candidat de la coalition Lamuka réaffirme que la solution au conflit congolais doit d'abord venir des Congolais eux-mêmes. Il propose une initiative centrée sur une "réunion de vérité, réconciliation et cohésion nationale", placée sous l'égide des confessions religieuses congolaises.
Sur la question du Rwanda, acteur désigné par la RDC et la communauté internationale comme soutien au M23, Fayulu adopte une ligne plus prudente. Bien que convaincu que Kigali convoite les ressources congolaises, il explique ne pas avoir jugé nécessaire de nommer explicitement ce pays dans la déclaration commune.
"Ce n'était pas l'objectif poursuivi. […] On sait ce que le Rwanda veut dans notre pays. Ça, on le dit et on le répétera."
Alors que Félix Tshisekedi appelle à un gouvernement d'union nationale, Martin Fayulu pose une condition. Pour lui d'abord un dialogue sincère préalable. "On ne peut pas répondre à cette préoccupation tant que les Congolais ne se sont pas mis autour d'une table pour discuter des causes profondes de notre crise."
Enfin, à la question de savoir s'il accepterait que Félix Tshisekedi reste au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat en 2028, Martin Fayulu se montre pragmatique : "De fait, il est là ! […] Il faut avoir des élections saines, crédibles en 2028. Il peut continuer à gérer le pouvoir."
Christian-Timothée MAMPUYA