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CRISE SECURITAIRE DANS L'EST DE LA RDC : Washington reçoit l'ébauche d'un accord de paix entre Kinshasa et Kigali
Les efforts diplomatiques s'intensifient pour ramener la paix dans l'Est de la RD-Congo.Hier lundi 5 mai, les États-Unis ont confirmé avoir reçu un projet d'accord de paix entre la RDC et le Rwanda, fruit d'un engagement pris à Washington lors de la signature de la Déclaration de principes le 25 avril dernier. C'est Massad Boulos, conseiller principal pour l'Afrique au Département d'État américain, qui a annoncé la nouvelle dans un message sur son compte X.
" Je salue le projet de proposition de paix reçu de la RDC et du Rwanda. Il s'agit d'une étape importante vers le respect des engagements pris ", a-t-il déclaré, tout en appelant les deux parties à maintenir le cap vers une paix durable.
Derrière cette déclaration, se dessine une nouvelle tentative de sortir de l'impasse d'un conflit qui, depuis plus d'une décennie, ensanglante l'Est de la RDC. Les ministres des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner ( RDC) et Olivier Nduhungirehe (Rwanda) avaient convenu, lors de leur rencontre à Washington, de présenter un texte commun au plus tard le 2 mai. Cet engagement s'inscrit dans un effort diplomatique élargi combinant les processus de Nairobi, de Luanda et de Doha, sous la coordination de la Communauté d'Afrique de l'Est (CEA), de la SADC, et avec le soutien de l'Union africaine.
Le document en cours d'élaboration couvre des domaines comme la reconnaissance de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, la coopération en matière de sécurité, le développement économique régional, le retour des personnes déplacées, ainsi que la poursuite de la mission onusienne en RDC (Monusco), dont la présence reste cruciale malgré les appels à son retrait.
Les intentions affichées et la réalité, il n'y a pas photo. Mais entre les intentions affichées et la réalité du terrain, il n'y a pas photo. L'écart reste vertigineux. À l'heure même où les diplomates se congratulent à distance, les armes continuent de parler dans les collines du Nord-Kivu. Le groupe rebelle M23/AFC, soutenu par le Rwanda, contrôle toujours des zones stratégiques hormis Goma et Bukavu. L'armée congolaise, peine à contenir une rébellion qui agit comme un catalyseur dans un environnement déjà gangrené par plus d'une centaine de groupes armés.
Doha les échanges restent qualifiés de préliminaires
Dans l'entre temps, les discussions entamées à Doha, au Qatar, apparaissent comme une autre pièce du puzzle. Dimanche 4 mai, les émissaires du gouvernement congolais et ceux de la rébellion AFC/M23 se sont retrouvés autour de la table, à l'invitation de la médiation qatarie. Deux semaines plus tôt, les mêmes acteurs signaient une déclaration conjointe dans laquelle ils exprimaient leur volonté de "travailler à la conclusion d'une trêve ".
À Doha, les premiers échanges restent qualifiés de préliminaires. Rien n'a encore bougé sur le fond. Mais les attentes sont claires. Du côté de l'AFC/M23, la méfiance reste vive. La rébellion réclame des " gestes de confiance " de Kinshasa : retrait de troupes congolaises de certaines localités, autorisation de repli des forces de la SADC stationnées à Goma, transfert sécurisé à Kinshasa des éléments FARDC et policiers jusque-là protégés par la Monusco. Ces mesures sont en cours, mais leur lenteur alimente le scepticisme.
La délégation de l'AFC/M23, désormais conduite par Benjamin Bonimpa - figure bien connue des pourparlers de Kampala en 2013 - semble mieux structurée, déterminée à peser dans les futures négociations. Pourtant, personne ne se risque encore à parler de percée diplomatique.
La paix a coup des concessions minieres?
Pendant ce temps, à Washington, un autre front s'ouvre celui des ressources stratégiques. Car si les discussions politiques avancent, c'est aussi en raison d'un enjeu plus global. La RDC et les États-Unis négocient un accord sur les minerais critiques cobalt, coltan, lithium indispensables à l'industrie technologique mondiale. En échange d'un accès privilégié, Washington promet une aide sécuritaire pour stabiliser l'Est congolais. La paix serait-elle en train de s'acheter à coup des concessions minières ?
L'inclusion du rwanda percue comme une compromission
Dans une interview accordée à la presse récemment, le président du parti politique Base républicaine et analyste Hugo Nsundi Zala a exprimé son scepticisme quant à la tournure prise par les négociations. Pour lui, le gouvernement congolais, en initiant un partenariat sécuritaire avec les États-Unis autour du concept "minerais contre sécurité", avait pour objectif initial de renforcer sa position face à l'agression rwandaise. L'inclusion du Rwanda dans le processus est perçue comme une compromission.
" Nous voulions un partenariat avec les États-Unis contre le Rwanda, pas une entente à trois. Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est la perspective d'un accord de principe entre Kinshasa et Kigali, avec Washington comme arbitre. C'est un recul diplomatique, car nos objectifs initiaux n'ont pas été atteints", a-t-il déploré.
La posture congolaise affaiblit
Selon Nsundi, l'évolution des échanges entre Kinshasa et Washington laisse penser que le gouvernement américain a peut-être posé comme condition à ce partenariat la normalisation des relations entre la RDC et le Rwanda. Une hypothèse qui, pour lui, affaiblit la posture congolaise.
" Soit les États-Unis ont exigé une réconciliation préalable, soit ils ont simplement refusé de traiter avec Kinshasa seul. Dans les deux cas, c'est un signal clair que notre stratégie a déraillé", poursuit-il.
Dans son analyse, il tempère néanmoins estimant qu'il faut "rester juste" :
" Si cette initiative, bien que contraire à nos attentes, peut apporter un peu de paix à nos compatriotes de l'Est, alors acceptons-la provisoirement. Mais notre priorité reste d'obtenir à terme un véritable accord bilatéral avec les États-Unis. "
Kinshasa et Kigali n'ont pas encore harmonisé
À ce jour, Kinshasa et Kigali n'ont pas encore harmonisé leurs contributions au projet d'accord de paix. Initialement attendu le 2 mai, le texte final reste en suspens. Une fois les divergences surmontées, l'acte solennel devrait être posé : une signature entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, devant les yeux du monde.
Mais comme souvent dans les Grands Lacs, le chemin vers la paix n'est ni linéaire, ni garanti. Il serpente entre espoirs diplomatiques, tensions ethniques, ambitions géopolitiques et drames humains. Reste à savoir si cette fois, les mots se traduiront en actes.
Christian-Timothée MAMPUYA