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Cités à comparaître comme renseignants dans l’affaire Yav, les officiers Ndima, Ekenge et Yangba confirment avoir entendu, mais jamais vu le SMS controversé
Réunie le mardi 27 janvier à Kinshasa, la Haute Cour militaire a poursuivi l’examen du dossier de trahison impliquant le lieutenant-général Philémon Yav Irung. Ancien commandant de la 3ème zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’officier supérieur est accusé d’avoir entretenu des intelligences avec l’ennemi, en l’occurrence l’armée rwandaise. Une affaire d’une extrême sensibilité dans un contexte sécuritaire marqué par la persistance des violences armées dans l’Est du pays.
Mais au centre de ce dossier judiciaire aux enjeux majeurs subsiste une faiblesse de taille : aucune preuve matérielle n’a, à ce stade, été produite pour attester l’existence du message téléphonique au cœur de l’accusation de trahison.
Un message attribué à l’entourage de Kabarebe
L’accusation repose essentiellement sur un SMS présumé, attribué à l’entourage du général rwandais James Kabarebe. Selon le ministère public, ce message aurait été reçu par le général Philémon Yav Irung via un intermédiaire, puis montré au général-major Peter Cirimwami Nkuba, alors commandant du secteur opérationnel Sukola II Nord-Kivu. Rédigé en swahili, le message évoquerait un supposé plan de déstabilisation de la RDC, affirmant que le général Cirimwami constituait un obstacle à sa mise en œuvre.
Mais le message supposé n’a jamais franchi les portes du prétoire. Le général Cirimwami, présenté comme le seul à l’avoir vu, n’est plus en vie depuis un an. Face à la Cour, l’auditeur général a reconnu n’avoir «jamais vu» le message en question, indiquant qu’il aurait été effacé avant même l’ouverture de l’instruction. Les experts n’ont, par ailleurs, pas réussi à extraire les données du téléphone du prévenu, jugé «trop sophistiqué».
Les renseignants n’ont jamais vu ce message
La Haute Cour militaire a entendu plusieurs officiers généraux en qualité de renseignants. Parmi eux le lieutenant-général Constant Ndima Kongba, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi, ex-porte-parole des FARDC, le général de brigade Dany Yangba Tene, ancien conseiller en opérations du gouverneur militaire, ainsi que le général de brigade Evariste Mwehu Lumbu, ancien commandant du secteur opérationnel Sukola II Sud.
Tous ont déclaré avoir entendu parler du message par le général Peter Cirimwami, sans jamais l’avoir vu eux-mêmes. À la barre, le général Sylvain Ekenge a relaté une rencontre remontant au 14 juillet 2022, lorsque le général Cirimwami, sur le point de quitter le Nord-Kivu pour prendre ses fonctions en Ituri, aurait évoqué l’existence d’un message que le général Yav lui aurait montré. Aucun commentaire direct sur le contenu du message n’aurait toutefois été formulé devant les personnes présentes.
Le lieutenant-général Ndima Kongba a confirmé cette version, indiquant avoir demandé par la suite que l’information soit transmise à la hiérarchie militaire à Kinshasa. Les autres renseignants ont corroboré ces déclarations, tout en exprimant des divergences sur l’identité exacte de l’auteur du message, certains l’attribuant au général James Kabarebe, d’autres à son secrétaire particulier, le colonel Senkoko Célestin.
Une défense offensive face à une accusation sans preuve matérielle
Pour la défense, ces témoignages indirects ne sauraient suffire à fonder une accusation aussi grave. «Le message n’existe pas. Celui qui allègue un fait doit en apporter la preuve», a martelé Me Carlos Ngwapitshi. De son côté, Me Parfait Kanyanga, coordonnateur du collectif des avocats, a dénoncé un dossier reposant sur des «oui-dires, des rumeurs et des contradictions».
«Nous instruisons une affaire qui n’a ni tête ni queue. Le juge ne peut pas fonder sa conviction sur des rumeurs ou sur du ‘j’ai entendu dire’», a-t-il déclaré devant la Cour, rappelant que la charge de la preuve incombe exclusivement à l’accusation. Les avocats estiment d’autant plus préoccupante la situation que leur client encourt une peine lourde, voire la peine capitale.
Le général Philémon Yav Irung, qui nie toute collusion avec l’ennemi, s’est également exprimé à la barre. Il a souligné les incohérences des accusations portées contre lui, affirmant être tantôt accusé de collaboration avec le Rwanda, tantôt avec les FDLR. «On ne peut pas servir deux maîtres à la fois», s’est-il défendu, soutenant que les charges retenues contre lui reposent sur des suppositions.
Une autre infraction évoquée à l’audience
La comparution du général de brigade Evariste Mwehu Lumbu a porté sur une autre infraction reprochée au prévenu : l’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline. Selon l’accusation, le général Yav aurait tenu des propos démoralisants à son encontre, insinuant que les victoires militaires ne profiteraient qu’à d’autres groupes au sein de l’armée.
Le renseignant a confirmé avoir entendu ces propos, tout en précisant le contexte dans lequel ils auraient été tenus, lors d’un échange informel à l’hôtel Serena de Goma. La défense a toutefois relevé des divergences entre ses déclarations actuelles et celles faites précédemment devant la commission spéciale et lors de l’instruction préjuridictionnelle.
Arrêté en septembre 2022, le général Philémon Yav Irung avait été nommé en 2020 commandant de la 3ème zone de défense, couvrant le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo, une zone stratégique dans le dispositif sécuritaire congolais. Son procès intervient dans un climat politique tendu, marqué par des accusations récurrentes de marginalisation des officiers originaires de l’espace Grand Katanga, une thèse régulièrement avancée par certaines personnalités politiques, dont l’ancien président Joseph Kabila, mais fermement rejetée par la hiérarchie militaire.
La Haute Cour militaire a renvoyé l’affaire au 17 février 2026 pour la poursuite de l’instruction. La défense a sollicité la nouvelle comparution de certains renseignants, tandis que le ministère public a annoncé l’intervention prochaine du Conseil national de cyberdéfense pour tenter d’établir l’existence du message incriminé.
Christian-Timothée MAMPUYA