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Beni: marginalisées, les femmes de ménage déclenchent la lutte pour leur dignité
À Beni, au Nord-Kivu, de nombreuses travailleuses domestiques continuent de faire face à différentes formes de marginalisation, de stigmatisation tant au sein de la communauté que dans leurs lieux de travail. Pourtant, derrière ces réalités souvent ignorées, certaines d'entre elles témoignent d'un courage et d'une résilience remarquables. C'est le cas de Mme Béatrice Rungoya, dont le parcours, recueilli par la Radiotélévision Rwanzururu illustre la capacité du travail domestique à devenir un levier de survie, mais aussi de dignité.
Exerçant ce métier depuis 2008, Béatrice Rungoya reconnaît que cette activité, fréquemment sous-estimée, a profondément transformé sa vie. Grâce à ses revenus, elle a pu acquérir une parcelle et assurer seule la prise en charge complète de ses cinq enfants, couvrant leur alimentation, leur scolarisation et leurs soins de santé. Pour elle, le travail domestique ne se résume pas à une simple occupation précaire, mais représente avant tout une source d'autonomie et de respect de soi, malgré le regard parfois dévalorisant que jette la société sur cette catégorie socio-professionnelle.
Parcours marqué par plusieurs épreuves
Son parcours reste toutefois marqué par de nombreuses épreuves. Retards répétés de paiement de son salaire, mois de travail non rémunérés, réduction abusive de salaire, violences physiques et diverses formes de maltraitance constituent encore des réalités tristes vécues par plusieurs employées de ménage dans la région. Ces difficultés traduisent la fragilité persistante du secteur, souvent caractérisé par l'absence de contrats formels et le non-respect des dispositions légales relatives aux congés, aux heures supplémentaires ou encore aux prestations durant les jours fériés.
Plaidoyer pour la législation du travail
Un tournant s'est néanmoins opéré pour Béatrice depuis son adhésion à l'Union des femmes domestiques du Congo (Ufedoc), une organisation engagée dans l'accompagnement et la défense des droits des travailleuses domestiques à Beni. Selon elle, le suivi assuré par cette structure a contribué à réduire les abus et à améliorer progressivement ses conditions de travail. Cette évolution renforce sa conviction que l'organisation collective demeure essentielle pour faire entendre la voix de ces femmes longtemps restées dans l'ombre.
À travers son témoignage, Béatrice Rungoya lance un appel aux filles et aux femmes exerçant le travail domestique sans encadrement à rejoindre les structures d'accompagnement afin de partager leurs expériences et de relever ensemble les défis du secteur. Elle plaide également pour une meilleure application de la législation du travail et pour une reconnaissance sociale accrue de cette profession indispensable au fonctionnement de nombreuses familles.
Son histoire rappelle enfin que, malgré les injustices persistantes, la détermination et la solidarité peuvent ouvrir la voie à plus de protection, de respect et d'espoir pour les travailleuses domestiques de Beni et d'ailleurs.
Pascal NDUYIRI, à Beni