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30 ans du genocide rwandais : Un expert congolais en justice transitionnelle appelle la France à assumer la responsabilité des dégâts causés par « l’opération turquoise » en RDC
A l’occasion du 30ème anniversaire du génocide rwandais, Crispin Kashale, expert congolais en justice transitionnelle, estime qu’il est temps pour la France d’assumer l’ensemble de ses responsabilités dans cette tragédie. Cette intervention militaire, menée en 1994, avait pour objectif d’établir une zone humanitaire sûre au Rwanda. Mais, elle a eu particulièrement des répercussions dramatiques sur la République démocratique du Congo.
Dans son analyse, M. Kashale interroge l’accord d’aide récemment signé entre Paris et Kigali, y voyant une forme d’indemnisation pour le rôle controversé de la France en 1994. Mais, il soulève surtout la question relative à « l’opération Turquoise« , déployée par la France sur le sol rwandais.
En ouvrant un couloir permettant la fuite massive de réfugiés hutus vers la RDC, cette opération a déstabilisé durablement le Congo, sans que la France en assume les conséquences selon lui.
» Qui a payé les frais de l’opération turquoise ? Et je pense que c’est tout simplement regrettable que la population congolaise manque quelqu’un qui va montrer les conséquences réelles de ce qu’était l’opération turquoise. D’autant plus que cette opération a détruit le Congo, non seulement dans sa partie orientale, mais aussi le centre.Déverser toute la population rwandaise sur le sol congolais, parce que tout simplement la France a donné une possibilité de sortie dans le Rwanda. La France doit payer les conséquences en RDC « , exige cet expert .
Par ailleurs, cet expert déplore l’absence d’autorités congolaises capables de plaider efficacement cette cause.De ce fait, il croit que la RDC mériterait aujourd’hui un « plan Marshall » pour sa reconstruction après les crises à répétition qu’elle a traversées.
» Si nous avions des responsables qui ont la capacité de comprendre, de plaider la cause de la RDC, je pense que le monde ferait un plan Marshall pour la reconstruction globale de la RDC. Par rapport à la commémoration de 30 ans du génocide rwandais, il se rappelle un adage »Mashi » qui dit en français : Si tu t’ignores toi-même, personne ne te donnera de la valeur « , insiste-t-il.
Et d’ajouter : » Nous n’allons pas oublier qu’il y a eu massacres et des femmes enterrées vivantes à Kasika ; nous n’avons pas oublié ce qui s’est passé à Kaniola, à Makobola, ou alors à Tingitingi et même à l’Ouest, en Mbandaka. Nous l’avons vu dans le film de Thierry Michel ».
La nécessité d’une justice transitionnelle
Alors que le Rwanda commémore ses 30 ans du génocide, Kashale rappelle les massacres et les atrocités qui ont eu lieu en RDC, tels que les femmes enterrées vivantes à Kasika, les événements tragiques à Kaniola, Makobola, Tingitingi, et même à Mbandaka dans l’ouest du pays. Il appelle le peuple congolais à prendre en main la mémoire de ces événements, à commémorer les victimes et à créer un musée pour préserver leur héritage.
Kashale est convaincu que la mise en œuvre d’un processus de justice transitionnelle, comme préconisé par Dr Mukwege, est nécessaire pour pleurer les morts, guérir les plaies et promouvoir la paix en RDC. Christian-Timothée MAMPUYA