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Général Kakule Somo: «Je pense que les Rwandais vont se retirer de notre territoire et rentrer chez eux»,
Dans une interview exclusive accordée à Jeune Afrique, le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Évariste Kakule Somo, a livré une vision réaliste, mais résolument optimiste de la situation dans cette province déchirée par les conflits. Opérant depuis Beni après la chute de Goma, il s’attèle à la lourde tâche de reconstituer une administration provinciale amputée, tout en appelant à une solution diplomatique pour un retour à la paix qu’il estime encore possible.
Né à Goma et ayant grandi à Bukavu, le général Somo a toujours entretenu des liens de voisinage avec le Rwanda. Il regrette la rupture actuelle, soulignant que «rien ne séparait les deux pays» auparavant. Sa nomination le 29 janvier dernier, suite au décès de son prédécesseur, Peter Cirimwami, lors de la prise de Goma par le M23 et ses alliés rwandais, l’a placé aux avant-postes d’un conflit complexe.
Face aux événements tragiques, le gouverneur Somo confie avoir «reçu un grand coup sur la tête», mais insiste sur la nécessité de stopper la menace, de renforcer la confiance nationale et le patriotisme, et de s’inscrire dans une dynamique de paix.
Temps mort
Il qualifie la situation actuelle non pas de repli, mais de «temps mort», une pause nécessaire au vu des «enjeux planétaires» et de la multiplicité des acteurs et intérêts croisés sur le terrain.
Concernant les menaces, le gouverneur Somo en identifie trois principales : celle posée par le Rwanda, allié à l’AFC/M23, les terroristes des ADF contre lesquels l’armée ougandaise mène l’opération "Shujaa", et enfin des groupes armés réfractaires à la démobilisation, qu’il accuse de servir de «béquille à l’ennemi».
Il réfute les allégations selon lesquelles la RDC manipulerait des groupes comme les FDLR, affirmant que ce sont les Rwandais qui «contrôlent certains groupes congolais».
Démenti
Quant au rôle de l’armée ougandaise, le général Somo le défend. Invités par la RDC, les militaires ougandais contribuent, selon lui, à «réduire sensiblement la capacité de nuisance des ADF». Il rejette la «propagande» qui les dépeindrait comme des occupants, soulignant qu’établir des relations solides avec l’Ouganda est «un facteur de puissance».
Interrogé sur les déclarations controversées du général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise, le gouverneur préfère se concentrer sur ses tweets plus récents, qui témoignent d’un apaisement des tensions et d’un rapprochement avec le président Félix Tshisekedi.
Plainte
Le retour de l’ancien président Joseph Kabila en territoire occupé suscite des interrogations chez le gouverneur Somo, qui espère que sa présence est justifiée, soulignant que «si moi, je me trouvais dans la même zone, on me qualifierait de traître».
Évoquant sa visite à Walikale en mars, une ville durement touchée par les affrontements, le gouverneur a été «outré» par la situation humanitaire, dénonçant un «système de santé complètement désarticulé» et une population affamée.
Il salue le travail accompli pour rétablir le calme, mais appelle à ce que «les yeux de la République et du gouvernement soient aussi tournés vers Walikale», où des affrontements subsistent entre les wazalendo et le M23.
Défis
Malgré l’ampleur des défis, le gouverneur Somo se montre résolu à reconstruire l’administration provinciale depuis Beni. Il insiste sur la gravité de la crise humanitaire au Nord-Kivu, où le taux de malnutrition infantile atteint 64%, et plaide pour une aide humanitaire accrue. L’agrandissement de l’aérodrome de Beni-Mavivi est une étape clé pour faciliter l’acheminement de cette aide.
Optimiste quant à l’avenir, le général Somo exclut toute percée des rebelles vers Kisangani, affirmant que la ville peut «dormir tranquillement». Il salue les efforts du chef de l’État et de la communauté internationale pour trouver une solution au conflit, se disant convaincu que «les Rwandais vont se retirer de notre territoire et rentrer chez eux».
Le gouverneur Kakule Somo incarne ainsi la résilience du Nord-Kivu, un territoire meurtri, mais dont les autorités gardent espoir en un retour à une paix durable.
Pascal NDUYIRI, au Nord-Kivu