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Il existe de multitudes d'anecdotes sur les bouchons à Kinshasa. Des situations catastrophiques qui ont poussé des passagers à prendre la moto pour ne pas rater leur vol. Ou encore d'autres, qui sont restés coincés alors que les personnes déposées à l'aéroport étaient déjà arrivées à Lubumbashi…
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Bouchons…
Il existe de multitudes d'anecdotes sur les bouchons à Kinshasa. Des situations catastrophiques qui ont poussé des passagers à prendre la moto pour ne pas rater leur vol. Ou encore d'autres, qui sont restés coincés alors que les personnes déposées à l'aéroport étaient déjà arrivées à Lubumbashi (deux heures de vol).
Les effets de ces bouchons généralement passent, une fois qu'on les a vécus. On en rit, et la vie continue. Mais, dans tous les cas, on en garde un traumatisme géré, plus ou moins… Sauf jeudi passé. Je me suis rendu compte de la douleur que peuvent causer les bouchons de Kinshasa, vus d'un autre angle.
Une jeune fille surgit à l'arrêt pour me saluer. Je ne la reconnais pas vraiment. Mais son visage me dit qu'elle m'est proche. Elle accompagne une dame qui souffre terriblement, et que je ne reconnais pas, mais alors pas du tout. Elle me salue à son tour, dans un effort surhumain pour sourire. Mais, elle semble très mal en point. Elle souffre et ne peut tenir debout. Elle s'asseoit à l'arrêt en attendant le taxi. Son état contraste terriblement avec le sourire de la jeune fille qui l'accompagne. Commence alors une bataille dans le disque dur de mon cerveau… Je connais cette jeune fille. Mais pressé d'arriver à l'église, je continue à pieds et tombe sur un taxi qui n'ira pas plus loin que…200 mètres ! 45 minutes plus tard, je fais demi-tour, et me revoici chez moi, avec la même question qui me trotte dans la tête. Qui sont ces personnes que j'ai rencontrées ?
Et tout d'un coup, le souvenir me revint. La jeune fille est la petite-soeur d'une ancienne collègue à qui je m'empresse d'écrire et demande directement si sa mère est malade. Sa réponse : ''Maman est très malade. Tu ne la reconnaitrais pas. Mais on garde la foi.'' Je venais de rencontrer sa mère et sa soeur, sans les reconnaitre. La maman, très amaigrie et faible, était juste méconnaissable. Elle sortait pile d'une séance de chimiothérapie.
De la chimiothérapie à l'arrêt de taxi ! Mon coeur s'est fendu. D'abord parce que je n'avais pas pu la reconnaitre, ensuite parce que je me suis demandé toute la nuit comment elle a fait pour rentrer chez elle si moi je n'ai pas pu faire 300 mètres après 45 minutes. J'imaginais sa douleur, la fatigue, et tout ce qu'elle pouvait ressentir dans une telle atmosphère faite de bruits, de fumée d'échappement, de nos véhicules inconfortables destinés au transport, etc. Et j'ai pensé à tous ces inconnus qui subissent ou qui ont subi ce genre de choses. Tous ceux qui, anonymes, sont partis (morts) dans ou à cause des bouchons.
A cause de notre désordre ou de notre égoïsme, ce besoin de toujours passer le premier pour s'arrêter 10 mètres plus loin. Cette tendance à toujours vouloir être le premier à passer même quand on n'a aucune urgence. Ce manque de courtoisie qui fait de nous des semblables d'animaux parce que l'instinct domine sur la raison et la logique. Cette tendance à s'engager pour être bloqué avant de commencer à réfléchir…
Comme les animaux malades de la peste, tous étaient atteints, quand bien-même tous n'en mourraient pas. Mais, certains en mourraient quand même. Et c'est probablement là le drame !
Voici un papier d'anonyme, pour les anonymes, au nom de tous les anonymes.
L'Anonyme.