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10ÈMES UNIVERSITÉS D'OCTOBRE DU CENTRE, Avant de choisir les dirigeants, Kambinga veut consulter le peuple sur la Constitution
Pour Le Centre, la prochaine grande consultation nationale ne devrait pas, si les conditions sécuritaires le permettent, commencer par une élection générale ordinaire. Germain Kambinga propose plutôt de consulter d'abord le peuple sur la République dans laquelle il souhaite vivre.
Au Centre Nganda, le décor était chargé de symboles. C'est dans ce même cadre que Le Centre avait tenu, en septembre 2017, son premier grand conclave politique. Près de dix ans plus tard, Germain Kambinga, ancien ministre national de l'Industrie et leader de ce mouvement politique, y est revenu pour les 10èmes Conférences d'octobre 2026 avec une proposition qui entend, selon lui, faire franchir au pays "un cap supplémentaire".
Son intervention portant sur l'avenir institutionnel de la République démocratique du Congo et, surtout, la séquence politique envisagée pour 2028.
Pour Le Centre, l'échéance de 2028 ne devrait pas nécessairement s'ouvrir par une élection générale classique. Si les conditions sécuritaires sont réunies, Germain Kambinga estime que la première grande consultation nationale devrait plutôt être un référendum.
"Pour Le Centre, en 2028, si les conditions sécuritaires s'y prêtent, la première grande consultation nationale ne doit pas être une élection générale ordinaire. Elle doit être la consultation du peuple sur la République qu'il veut, c'est-à-dire un référendum", a-t-il déclaré.
"LE PEUPLE D'ABORD, LE RÉFÉRENDUM D'ABORD"
L'ancien ministre tient toutefois à lever toute équivoque. Dans son esprit, 2028 constitue un horizon politique et non une date figée. Pas question, insiste-t-il, d'organiser une consultation nationale "sous les bombes" ou dans un pays où certaines parties du territoire échapperaient encore à l'autorité de l'État.
La démarche qu'il propose repose ainsi sur une séquence bien précise : d'abord la paix, ensuite la restauration de l'intégrité territoriale et de l'administration civile, puis la consultation du peuple.
Germain Kambinga refuse notamment l'idée d'une élection nationale qui se déroulerait comme si l'ensemble du territoire était pleinement accessible aux institutions de la République. Il estime qu'une telle situation risquerait de banaliser une partition de fait que le pays cherche précisément à éviter.
Pour lui, avant toute consultation nationale crédible, plusieurs conditions doivent être réunies : le rétablissement de l'autorité de l'État sur le territoire, la fin de la guerre, la levée de l'état de siège lorsque les circonstances le permettront, le fonctionnement effectif de l'administration et de la CENI dans les provinces concernées, ainsi que la possibilité pour les personnes déplacées d'exercer leurs droits civiques.
QUEL ÉTAT VEULENT LES CONGOLAIS ?
Derrière le référendum, c'est donc une question beaucoup plus large que celle de la prochaine présidentielle que le leader du Centre entend poser.
"La question fondamentale ne doit pas commencer par : "Qui sera Président ?" Elle doit commencer par : "Oui ou Non pour une nouvelle Constitution?"", a-t-il soutenu.
Cette proposition s'inscrit dans la volonté affichée par Le Centre de promouvoir une Quatrième République. Germain Kambinga affirme défendre cette idée depuis 2017, non pas, assure-t-il, pour répondre à l'avenir politique d'un individu, mais pour revoir l'architecture institutionnelle du pays.
Il évoque notamment la méritocratie dans l'accès aux responsabilités publiques, la responsabilité des dirigeants, l'indépendance effective des contre-pouvoirs, la décentralisation et le renforcement des capacités de l'État en matière sécuritaire, administrative, fiscale, judiciaire et industrielle.
Pour autant, il reconnaît les mérites de la Constitution de 2006, qu'il présente comme un texte ayant accompagné la réunification institutionnelle du pays après les guerres, plusieurs cycles électoraux et le premier transfert pacifique du pouvoir présidentiel. Mais, à ses yeux, respecter une Constitution ne signifie pas considérer qu'elle est intangible pour l'éternité.
UNE VOIE À SÉCURISER PAR LE DROIT
Sur ce terrain, Germain Kambinga se veut prudent sur la méthode. Il ne propose pas, dit-il, de contourner la Constitution pour en écrire une nouvelle.
La voie vers une éventuelle nouvelle architecture institutionnelle devrait, selon lui, être sécurisée par le dialogue, le droit et les institutions compétentes avant d'être soumise au peuple.
"Le dialogue doit déterminer la voie. Les juristes doivent la sécuriser. Les institutions doivent l'encadrer. Le peuple doit trancher", a-t-il résumé.
Dans cette perspective, le référendum deviendrait le moment où les Congolais seraient appelés à se prononcer directement sur l'architecture de l'État : maintenir celle de la Troisième République ou donner mandat pour en bâtir une nouvelle.
UN RÉFÉRENDUM APRÈS LA RESTAURATION DE L'ÉTAT
Mais Kambinga place une condition non négociable avant cette consultation : la restauration de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire. Son raisonnement est simple : on ne peut, selon lui, demander au peuple de se prononcer sur l'avenir de la République alors qu'une partie de cette même République demeure inaccessible aux institutions nationales.
Le conflit dans l'Est occupe ainsi une place centrale dans sa réflexion. Le leader du Centre estime que la guerre a profondément bouleversé le fonctionnement de l'État et oblige les Congolais à réfléchir à une nouvelle architecture institutionnelle.
Il insiste cependant sur le fait que le dialogue national ne devrait pas se réduire à un partage de postes entre acteurs politiques. Celui-ci devrait, à ses yeux, déboucher sur un véritable "Pacte de refondation de l'État".
LE CENTRE VEUT CHANGER L'ORDRE DES PRIORITÉS
Au fil de son intervention, Germain Kambinga résume sa démarche par une inversion de la séquence politique habituelle. Plutôt que de commencer par les ambitions présidentielles et les coalitions électorales, il propose de commencer par le territoire, l'État et le choix institutionnel du peuple.
Dans cette logique, la présidentielle et les autres élections viendraient après que les Congolais auront déterminé les règles du jeu institutionnel.
"Nous faisons depuis trop longtemps la politique à l'envers. Nous choisissons les hommes avant de choisir le système. Nous construisons des coalitions avant de construire l'État", a-t-il fait valoir.
Et de conclure sa démonstration par une formule qui résume l'esprit de son intervention : "La Nation avant les ambitions. Le territoire avant les postes. L'État avant les partis. Le peuple avant les candidats".
Christian-Timothée MAMPUYA