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Mystère sur les représentants du Kasaï-Central à l'atelier sur la stabilisation des institutions provinciales
À quelques heures de l'atelier national convoqué à Kinshasa pour discuter des mécanismes de stabilisation des institutions provinciales, une zone d'ombre persiste autour de la participation du Kasaï-Central, l'une des provinces actuellement plongées dans une crise institutionnelle aiguë. La convocation signée par le vice-Premier ministre Shabani Lukoo Bihango, exigeant la présence des bureaux des Assemblées provinciales et des gouverneurs à Kinshasa ce 29 août, ravive les tensions entre les deux bureaux rivaux de l'Assemblée provinciale du Kasaï-Central.
Cette situation non seulement embarrasse les autorités nationales, mais soulève aussi des inquiétudes sur l'efficacité de l'atelier. Comment discuter de la stabilisation des institutions avec des représentants eux-mêmes contestés, voire illégitimes aux yeux d'une partie de la classe politique locale ?
UN TEST POUR KINSHASA
La crise du Kasaï-Central n'est pas isolée. D'autres provinces traversent des tensions similaires entre Assemblées provinciales et exécutifs. Mais le cas de cette province se distingue par l'impasse judiciaire et l'absence d'arbitrage politique fort.
Kinshasa, à travers cet atelier, pourrait saisir l'occasion pour clarifier les mécanismes de sortie de crise institutionnelle dans les provinces. Cela suppose une prise de position claire sur la reconnaissance des bureaux provinciaux; la révision des procédures de destitution, d'installation et de contestation des bureaux d'assemblées; et le renforcement du rôle des Cours d'appel dans le traitement des conflits institutionnels locaux, ou la mise en place d'un arbitre national permanent. Ce qui pourrait constituer un test pour Kinshasa.
Depuis plusieurs mois, le Kasaï-Central est embourbé dans une crise de légitimité entre deux factions politiques au sein de l'Assemblée provinciale. D'un côté, le bureau dit "déchu" dirigé par Daniel Lukusa, de l'autre, un bureau d'âge conduit par le député Stéphane Mwanda, installé à la suite de tumultes internes et de contestations autour de la gestion parlementaire. Ces deux entités se disputent la légitimité institutionnelle, chacune revendiquant le droit de parler au nom de l'Assemblée provinciale.
Le recours porté devant la Cour d'appel du Kasaï Central n'a pas permis de clarifier la situation. La juridiction s'est déclarée incompétente, laissant planer une vacuité juridique sur la représentativité légitime de la province.
QUELLE AUTORITE POUR REPRESENTER LE KASAI CENTRAL
Dans son message, le vice-Premier ministre exige la présence obligatoire des membres des bureaux provinciaux, faute de quoi les intérimaires désignés devront assumer la représentation. Mais dans le cas du Kasaï Central, quel bureau doit répondre à cette convocation ? Qui détient l'autorité légitime pour représenter la province dans ce forum crucial sur la réforme et la stabilisation des institutions ?
Si aucun des deux camps du Kasaï Central ne reçoit l'onction officielle pour représenter la province, cela pourrait signifier une absence totale du Kasaï Central à l'atelier, un précédent fâcheux pour une province stratégique.
Outre cela, un renforcement du flou institutionnel, avec un gouvernement central incapable d'imposer l'ordre ou la médiation; et une dégradation du lien entre institutions provinciales et pouvoir central, ce qui pourrait encourager d'autres contestations ailleurs.
Le cas du Kasaï-Central s'invite au cœur des débats sur la stabilité institutionnelle en RDC. Ce bras de fer entre deux bureaux rivaux ne met pas seulement à l'épreuve les lois et les institutions, mais aussi la volonté politique de Kinshasa de faire respecter l'ordre constitutionnel dans les provinces. Le rendez-vous du 29 août pourrait bien devenir un point de bascule pour les réformes à venir… à condition que le Kasaï Central y soit effectivement représenté.
Félix MULUMBA Kalemba