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Ituri: MSF tire la sonnette d’alarme sur la recrudescence d’attaques contre les civils
Médecins Sans Frontières (MSF), dans un communiqué rendu public hier jeudi 4 septembre, appelle à renforcer de toute urgence la protection des populations civiles dans la province de l’Ituri, située au nord-est de la RDC. À Bunia, l’hôpital soutenu par Médecins Sans Frontières (MSF) est saturé, mais les patients ne représentent qu’une fraction des victimes.
Entre violences récurrentes, conflit intercommunautaire et multiplication de groupes armés, les populations civiles en Ituri se retrouvent à la fois victimes directes et victimes collatérales. Dans son rapport "Risquer sa vie pour survivre", publié en mars dernier, MSF alertait, une nouvelle fois, sur cette situation critique et le fait que près d’un tiers des civils victimes de violences pris en charge en 2024 étaient des femmes et des enfants.
«Ce qui se passe en Ituri est inacceptable. Les populations civiles sont quotidiennement victimes des atrocités commises par les groupes armés. MSF appelle tous les groupes armés étatiques et non étatiques actifs à épargner les civils. La protection de populations face à ces atrocités est une urgence absolue», exhorte Asiyat Magomedova, cheffe de mission MSF dans la région.
Comme le témoigne Adèle*, la quarantaine et mère de sept enfants. Elle habitait le village de Katsu avant l’attaque du 31 juillet. Elle a été touchée d’une balle au bras droit alors qu’elle essayait de se trouver un abri.
«Nous avons été réveillés par des tirs. Et chacun prenait la fuite. C’est à cet instant que les assaillants se sont mis à tirer sur les gens. Il n’y avait aucun opposant contre qui se battre, il s’agissait donc d’une attaque sans fondement», se souvient-elle, la peur au ventre.
934 interventions chirurgicales dues
à des armes blanches ou des armes à feu
À l’intérieur de la clinique Salama, soutenue par MSF, les couloirs sont toujours remplis. Les brancards se succèdent, transportés par le personnel soignant ou par les rares ambulances disponibles. Fractures ouvertes, blessures par balles, éclats d’obus : chaque patient porte sur son corps les marques brutales du conflit.
Mais malgré cet afflux visible, la majorité des blessés n’atteint jamais la clinique. Depuis le début de l’année, 250 patients ont déjà été pris en charge pour des blessures graves liées aux affrontements et aux violences des conflits, dont 105 entre juillet et août.
Les équipes ont déjà effectué 934 interventions chirurgicales liées à des blessures et traumatismes par des armes blanches ou des armes à feu — certains patients ayant dû subir plusieurs opérations pour survivre. «Depuis trois mois, les admissions ont quasiment doublé. Nous avons dû passer en mode urgence, installer des lits sous tente. Mais, la réalité, c’est que la plupart des blessés n’arrivent jamais jusqu’ici», explique Asiyat Magomedova.
Plus de 1,56 millions de deplaces
Au-delà des blessures visibles, ces personnes portent en elles des blessures invisibles : la peur du lendemain, l’anxiété, le stress, les larmes silencieuses, les regards perdus… Ce cycle de violences laisse des cicatrices psychologiques profondes.
La reprise des violences provoque de nouveaux déplacements massifs et fait exploser des besoins humanitaires déjà immenses. Cette crise survient alors même que plusieurs bailleurs multilatéraux réduisent drastiquement leurs financements.
Plus de 1,56 million de personnes sont aujourd’hui déplacées, selon les autorités provinciales. 48 % d’entre elles survivent dans le territoire de Djugu, avec une concentration dans les zones de santé de Drodro et d’Angumuà Mahagi. D’après Ocha, entre mi-juillet et mi-août, plus de 82 800 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers à cause des attaques dans les territoires de Djugu et d’Irumu.
«Chaque jour, l’espace humanitaire est menacé : routes fermées, activités suspendues, insécurité omniprésente. Derrière ces obstacles, les besoins en soins médicaux, nutrition, eau potable, protection et accompagnement psychosocial ne cessent de croître pour les milliers de famillesdéplacées. Face à la dégradation alarmante de la situation, nous rappelons que la protection des civils et leur accès aux soins est une obligation en temps de conflit. Toutes les autorités et tous les groupes armés doivent urgemment y travailler, mettre fin aux exactions et garantir un accès humanitaire rapide et sans entrave à ces personnes», appelle Asiyat Magomedova.
Fyfy Solange TANGAMU