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RIF: Jean Bamanisa réclame une autorité nationale des corridors pour débloquer les investissements
"Chaque corridor ne doit pas être un mandat par mandat politique" insiste le Sénateur.
La RDC doit se doter d'une autorité nationale des corridors et d'un cadre juridique cohérent pour attirer les investissements, réduire les coûts logistiques et accélérer le désenclavement du territoire. C'est le plaidoyer porté par le sénateur Jean Bamanisa Saïdi au huitième panel du RDC Transport Infrastructure & Logistics Investment Forum (RIF 2026), clôturé le mercredi 28 octobre à Kinshasa.
Pour cet acteur du secteur des infrastructures, le développement des corridors stratégiques ne peut réussir sans une clarification des responsabilités institutionnelles. Il a dénoncé la dispersion des textes et le chevauchement des compétences entre les ministères et les structures publiques chargés de la gestion des infrastructures, une situation susceptible de compliquer la coordination des projets et de freiner les investissements.
"Nous n'avons pas encore mis en place l'autorité des corridors. Et pour chaque corridor, nous devons avoir une structure qui puisse le gérer afin de coordonner toutes les interventions, tant techniques que financières", a-t-il souligné.
UNE PROPOSITION DE LOI POUR MIEUX DÉFINIR LES COMPÉTENCES
Pour sortir de cette fragmentation, Jean Bamanisa a annoncé avoir introduit une proposition de loi sur les principes fondamentaux des travaux publics. Cette initiative vise notamment à mieux définir les compétences du pouvoir central, des provinces et des entités territoriales décentralisées, tout en harmonisant l'intervention des différentes structures publiques.
Le sénateur préconise également la création d'un Conseil national des corridors, placé sous l'autorité du chef de l'État, ainsi que d'une coordination nationale chargée d'impulser et d'harmoniser les politiques sectorielles.
Chaque corridor disposerait ensuite d'une structure de gestion propre, capable d'assurer le suivi des projets et de servir d'interlocuteur aux investisseurs.
L'objectif est d'éviter la multiplication des structures aux responsabilités mal définies et de garantir une gouvernance stable, indépendante des changements politiques.
"Chaque corridor ne doit pas être un mandat par mandat politique. Il peut être une structure pérenne qui permet de mettre en place une politique sur le long terme et pas sur le court terme", a-t-il insisté.
ROUTES, RAIL, FLEUVES : MISER SUR L'INTERMODALITÉ
Au-delà des réformes institutionnelles, le développement des corridors exige une approche intégrée des infrastructures. Routes, chemins de fer, voies fluviales, ports et plateformes logistiques doivent fonctionner en complémentarité pour fluidifier le transport des marchandises et réduire les coûts supportés par les opérateurs économiques.
Les échanges du forum ont notamment mis en avant l'intermodalité, la mutualisation des flux de marchandises et l'amélioration du partage des informations logistiques. Ces mécanismes permettraient d'anticiper les arrivées, de limiter les congestions et d'optimiser les opérations de transport.
Des perspectives d'investissement dans les ports secs, notamment dans la région ouest du pays, ont également été évoquées par un représentant d'Africa Global Logistics (AGL). Ces équipements pourraient renforcer la connexion entre les différents modes de transport et faciliter l'acheminement des marchandises vers les centres économiques.
DES CORRIDORS POUR TRANSFORMER L'ÉCONOMIE CONGOLAISE
Pour Jean Bamanisa, les corridors ne doivent pas être réduits à de simples routes de transit. Ils constituent des axes de développement capables de connecter les bassins de production aux marchés, de stimuler les échanges régionaux et de soutenir plusieurs secteurs, de l'agriculture à l'industrie, en passant par l'urbanisation.
Le sénateur a notamment plaidé pour une meilleure structuration du corridor du Kongo-Central autour de Banana, en tenant compte des connexions régionales et des projets d'infrastructures entre Kinshasa et Brazzaville.
Le défi est désormais de passer des ambitions aux actes : sans cadre juridique lisible, sans responsabilités clairement établies et sans structures pérennes de gestion, la RDC risque de compromettre le potentiel économique de ses corridors et de décourager les investisseurs dont elle a besoin pour son désenclavement.
Jérémie ASOKO