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Médiation Kabila-Tshisekedi : la C64 à couteaux tirés !
*La conférence des présidents recadre le présidium
À peine rentrés de Rome, les cinq ténors de la Coalition article 64 (C64) découvrent que leur envol diplomatique n'est pas du goût de tous. Dans une déclaration rendue publique le mercredi 28 octobre, à Kinshasa, la conférence des présidents, qui se veut l'organe décisionnel de la plateforme, rappelle le présidium à l'ordre. Le mot est poli, le fond l'est beaucoup moins.
Parmi les signataires figurent Emery Okundji, Ados Ndombasi, Me Jeannot Lompempe et Jean-Claude Kibala. Ils reprochent au quintette formé de Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga d'avoir annoncé, depuis Rome, son intention de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de préparer un dialogue national inclusif.
Pour les auteurs de la déclaration, la démarche a court-circuité les instances prévues. " Le présidium ne saurait se substituer à la conférence des présidents sur des questions qui relèvent de la compétence de cette dernière ", martèlent-ils.
Ils invoquent le pacte de confiance, texte qui régit le fonctionnement interne de la coalition et qui, selon eux, soumet toute initiative stratégique (contacts avec le pouvoir, démarches auprès de l'ancien chef de l'État, tournées diplomatiques) aux mécanismes collégiaux.
MEDIATEUR, UN ROLE QUI NE DIT PAS SON NOM
Le désaccord dépasse la procédure. Les signataires contestent l'idée même que la C64 s'érige en médiatrice entre le président en exercice et son prédécesseur, devenu figure de la contestation armée. À leurs yeux, la coalition a été portée sur les fonts baptismaux pour défendre l'ordre constitutionnel, les acquis démocratiques et l'alternance, non pour jouer les entremetteurs.
Si une médiation devait avoir lieu, soutiennent-ils, elle s'inscrirait dans un dialogue national inclusif placé sous la facilitation d'acteurs reconnus : l'Église du Christ au Congo (ECC), la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), l'Union africaine et la communauté internationale. Leur formule résume l'état d'esprit : " Le Présidium ne peut être plus grand que son Pacte de confiance, ni s'éloigner de la mission fondatrice de la coalition ".
Pendant ce temps, la tournée continue. Le présidium, lui, poursuit sa route. Selon l'itinéraire annoncé, la délégation fera escale à Bruxelles, où elle doit échanger avec des responsables de l'Union européenne et de la diplomatie belge, puis à Paris, avec une rencontre prévue au Quai d'Orsay. Londres figure au programme, tandis qu'une partie de la délégation est attendue à Madrid. L'objectif affiché : disputer au pouvoir le monopole de la parole congolaise à l'international.
Des sources proches de la plateforme évoquent, par ailleurs, une réception, au terme de cette tournée, par cinq chefs d'État africains. Aucun nom, aucune date, aucun lieu n'a pour l'instant filtré.
Reste une équation : comment peser sur la scène internationale quand la cohésion à domicile vacille ? En voulant parler d'une seule voix à l'extérieur, la C64 expose au grand jour ses lignes de fracture. Et la querelle sur l'interprétation du pacte de confiance pourrait bien devenir, pour la coalition, le test de vérité de sa solidité.
Christian-Timothée MAMPUYA