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L'UA condamne la prise du pouvoir par les armes
C’est à fleurets mouchetés que l’Union africaine a choisi de croiser le fer avec la nouvelle donne politico-militaire congolaise. Depuis Addis-Abeba, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a fait publier un communiqué dans lequel il dit suivre de près l’évolution de la situation sécuritaire et politique en RDC. Fait notable : le texte ne cite ni Joseph Kabila ni le FRN, alors que ces deux noms sont sur toutes les lèvres.
La semaine dernière, le Front pour la refondation de la nation (FRN) a fait sa sortie officielle. Le mouvement politico-militaire est dirigé par l’ancien président de la République, entouré de Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga, vice-présidents. Ce dernier garde par ailleurs son poste de chef d’état-major. En voyant le jour, le FRN a mis fin à l’existence de l’AFC/M23. Il s’assigne pour mission «de mettre fin à la tyrannie» et affirme qu’il utiliserait tous les moyens, y compris la force.
Publiée le lundi 19 octobre et relayée le mardi, la réaction de l’organisation continentale tient en peu de lignes. Elle n’en pèse pas moins lourd. Mahmoud Ali Youssouf s’est contenté de rappeler l’attachement de l’UA à son Acte constitutif, à la Déclaration de Lomé de 2000 et à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.
Non au renversement des institutions
«La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance condamne les changements anticonstitutionnels de gouvernement, notamment la prise de pouvoir par la force et le renversement des institutions démocratiquement établies», souligne-t-il.
À Kinshasa, nul n’est dupe: ne pas nommer, c’est parfois désigner.
Sans prononcer le nom de l’ancien chef de l’État, déjà au cœur de controverses politiques et judiciaires, l’UA rappelle qu’aucun différend politique ne justifie la conquête du pouvoir par les armes.
Le dialogue plutôt que la poudre
Le diplomate appelle l’ensemble des acteurs à privilégier exclusivement les voies pacifiques, à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tout ce qui pourrait attiser les tensions. Il salue au passage les efforts du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur d’un dialogue national inclusif, dans le respect des institutions. Dans cette optique, Mahmoud Ali Youssouf «appelle l’ensemble des acteurs politiques et des parties concernées à privilégier exclusivement les moyens pacifiques, à faire preuve de retenue et à s’abstenir de toute initiative susceptible d’alimenter les tensions ou de compromettre les perspectives de dialogue et de réconciliation nationale».
Cet appel intervient alors que les tensions politiques s’ajoutent à une situation sécuritaire toujours préoccupante dans l’Est du pays.
Pour le président de la Commission de l’UA, le dialogue doit demeurer une voie privilégiée pour rapprocher les positions et rechercher une issue pacifique à la crise congolaise.
Sur le terrain sécuritaire, il insiste sur la préservation des acquis des processus de Doha et de Washington, sur la mise en œuvre des engagements souscrits, sur le respect du cessez-le-feu et sur la protection des populations civiles, qui paient toujours le prix fort.
Médiation et souveraineté
L’UA réaffirme enfin son soutien à la médiation de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur de l’organisation, appuyé par le Panel des facilitateurs de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Elle réitère son attachement à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la RDC. Cette position rappelle que la recherche d’une solution à la crise congolaise doit se poursuivre dans le respect des frontières nationales et des institutions de la République.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO