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le ministre rwandais des affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe. Photo droits tiers
Human Rights Watch (HRW) s'inquiète du rétrécissement de l'espace civique dans les zones contrôlées par le M23. Dans un rapport diffusé mardi 11 mars, l'ONG de défense des droits humains affirme que ces hommes soutenus par le Rwanda ont procédé à de nombreuses pressions et arrestations d'activistes de la société civile et journalistes, allant jusqu'à assassiner certains d'entre eux. Une méthode déjà appliquée dans les zones occupées par le M23 et qui se généralise de nos jours dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, et ce parfois avec l'aide du Rwanda.
Le rapport de Human Rights Watch (HRW) note que " le M23 a depuis longtemps fait recours à des menaces et à l'intimidation pour restreindre l'accès de la population à l'information et étouffer les voix critiques ". Et depuis la prise de Goma fin janvier, puis de Bukavu en février, les pressions à l'encontre des activistes, des journalistes et des réfractaires se sont multipliées. Ceux qui tentaient de s'échapper par le Rwanda n'y ont pas échappé, précise Clémentine de Montjoye, chercheuse au sein de la division Afrique de Human Rights Watch :
" Dans les plusieurs cas de détentions que nous avons documenté, nous avons noté que plusieurs personnes ont été battues. Dans le cas de la personne qui a été transférée par les autorités rwandaises au M23, le porte-parole du M23 Lawrence Kanyuka, nous a confirmé que les M23 avaient demandé à ce que cette personne soit détenu puis transférée, et ce pour son travail sur le conflit, qu'ils considéraient contre le M23. "
Hors micro, un activiste témoigne que sa vie est elle aussi en danger en raison des soins qu'il a prodigué aux militaires de République démocratique du Congo lors de la bataille de Goma fin janvier. " J'ai échappé à plusieurs reprises à des tentatives d'assassinat par des hommes armés non identifiés ", relate le jeune homme, qui a depuis fui la capitale de la province du Nord Kivu. " Je crains pour ma famille restée à au Congo ", confie de son côté un responsable de la société civile qui s'est également réfugié à l'étranger. " Ma femme reçoit des messages de personnes qui lui demandent où elle se trouve, qui lui disent qu'elles vont l'attraper, tout cela pour se venger de moi ", ajoute-t-il.
Point d'orgue de ces abus : la mort, dans des conditions obscures, du chanteur Delcat Idengo, le 13 février à Goma, ou encore de l'activiste de la Lucha Pierre Katema Byamungu, le 12 février dans le territoire de Kalehe, au Sud Kivu.
Au lendemain de la mort de ce dernier, l'organisation de la société civile avait communiqué que le jeune homme de 27 ans avait été tué aux côtés de quatre autres activistes, après " avoir été arrêtés et forcés à transporter du matériel pour les rebelles ". Des accusations rejetées en bloc par les rebelles qui, dans un tweet, se défendent d'avoir arrêté ou maltraité des journalistes et des activistes, et dénoncent " un abus d'influence pour ternir l'image de leur organisation ".
Clémentine de Montjoye tient pour autant à préciser que, avant l'arrivée du M23 dans ces villes, la situation était loin d'être parfaite sur place, notamment pour les journalistes. " Beaucoup d'entre eux faisaient face à des pressions et à des menaces de la part des autorités congolaises qui cherchaient à contrôler la manière dont ils couvraient le conflit ", précise-t-elle.
Le rapport note, par ailleurs, que l'accès aux zones occupées par le M23 est désormais soumis à l'obtention d'une accréditation et se fait avec le concours de hauts responsables rwandais, y compris des membres du porte-parolat du gouvernement rwandais.
RFI