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Le FPI passe au crible les avancées des recherches pharmaceutiques au CREPPAT-Limete
Le Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) a effectué une visite de terrain au Centre de Recherche en Phytothérapie, Pharmacopée Africaine et Technologie Pharmaceutique (CREPPAT Laboratories Sarl) la semaine dernière, à Kinshasa. Réalisée le mercredi 27 mai, cette visite a permis d’évaluer l’évolution des projets financés par cette institution publique dans le secteur pharmaceutique congolais.
Prévue sous la conduite du Directeur général du FPI, Hervé-Claude Ntumba Batukonke, la mission a été menée par son Directeur général adjoint, Blaise Mastaki Birindwa. A l’honneur, le Directeur général de CREPPAT Laboratories, le pharmacien Constantin Bashengezi Mihigo a retracé l’histoire du partenariat entre son laboratoire et le FPI.
«Sans le FPI, CREPPAT Laboratories ne serait pas aujourd’hui implanté sur un site industriel de plus d’un hectare. Un site qui nous permet de réaliser l’objet pour lequel le FPI nous a accordé crédit et soutien», a-t-il déclaré.
Selon l’intervenant, le FPI a accompagné son laboratoire à plusieurs reprises depuis 2019, notamment à travers une subvention de près de 800.000 dollars, destinée à accroître les capacités de production. Vint ensuite un financement de 500.000 dollars qui a permis la conduite des essais cliniques du médicament DOUBASE-C contre la COVID-19 à la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa.
UN REMÈDE EFFICACE CONTRE LA COVID
Le pharmacien Bashengezi est revenu longuement sur les recherches menées autour de DOUBASE-C et CANCURE, deux produits développés localement, respectivement contre les maladies virales et certains cancers. Il a soutenu que les essais cliniques réalisés entre 2021 et 2022 sur environ 450 patients auraient démontré des résultats «supérieurs» au protocole standard hydroxychloroquine-azithromycine alors utilisé contre la COVID-19.
Selon le DG de CREPPAT, les conclusions de ces travaux avaient été relayées jusqu’au sommet de l’État, affirmant que le Président Félix Tshisekedi avait lui-même évoqué le médicament DOUBASE-C lors de rencontres internationales.
DU LABO À UNE INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE
Le DG de CREPPAT a profité de la visite de ses hôtes pour annoncer l’arrivée prochaine de nouvelles machines, acquises grâce au soutien du Gouvernement congolais. Une initiative portée par l’ambition de transformer le laboratoire de Limete en une industrie pharmaceutique de grande capacité. Une nouvelle usine devrait être inaugurée entre juin et juillet 2026, a-t-il indiqué.
«CREPPAT se veut être la première industrie pharmaceutique, si pas d’Afrique, en tout cas du Congo», a lancé Constantin Bashengezi Mihigo.
Le scientifique a aussi évoqué l’acquisition d’équipements de pointe comme la résonance magnétique nucléaire, le LCMS et le HPLC, destinés à renforcer les capacités locales de recherche chimique et pharmaceutique.
Selon lui, ces outils permettront désormais aux chercheurs congolais de mener sur place des analyses qui nécessitaient jusque-là des déplacements à l’étranger.
«LE CONGO DOIT COMPTER SUR SA PROPRE INTELLIGENCE»
Dans un discours à forte tonalité souverainiste, le DG de CREPPAT a insisté sur la nécessité, pour la RDC, de développer ses propres solutions sanitaires face aux pandémies mondiales.
Évoquant la COVID-19, Ebola, Mpox ou encore les hépatites virales, il a plaidé pour un soutien accru à la recherche scientifique congolaise.
«Aucun pays ne devient émergent sans miser sur la recherche scientifique et technologique», a affirmé Constantin Bashengezi, avant de dénoncer la dépendance africaine vis-à-vis des solutions étrangères.
Le chercheur congolais a également annoncé des partenariats scientifiques avec plusieurs institutions africaines, notamment en Afrique du Sud, sous la coordination d’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine. Selon lui, un écosystème africain de collaboration scientifique est en train d’être mis en place autour de CREPPAT.
DES SOLUTIONS CONCRÈTES CONTRE EBOLA
Pour sa part, le Directeur général adjoint du FPI a expliqué que cette visite visait à s’assurer de l’évolution concrète des recherches financées par l’institution.
«Nous avons financé ces recherches, parce que nous savions qu’un jour, notre pays pourrait faire face à des fléaux comme Ebola ou la COVID-19», a déclaré Blaise Mastaki Birindwa.
Aux dires du représentant du FPI, son institution avait déjà accordé plus d’un million de dollars américains de subventions à CREPPAT, avant de financer l’acquisition du site industriel à hauteur de plusieurs millions de dollars.
Face à la résurgence des alertes sanitaires dans la région, Blaise Mastaki Birindwa a insisté sur la nécessité de rendre les produits développés par CREPPAT accessibles à la population congolaise.
«Comment faire pour que ces produits soient disponibles sur toute l’étendue du pays à des prix raisonnables ?», s’est-il interrogé.
Le DGA du FPI a promis d’apporter un accompagnement pour le plaidoyer institutionnel autour de la reconnaissance officielle des produits développés par le laboratoire.
VISITE DES INSTALLATIONS
Après les discours, les invités ont été conviés à visite guidée de différents compartiments du site industriel. Les hôtes se sont appesantis sur le laboratoire de recherche et d’assurance qualité, le laboratoire de production ainsi que les bureaux administratifs.
Face à la presse, le pharmacien Constantin Bashengezi Mihigo a affirmé que CREPPAT se distingue par sa capacité à transformer les matières premières naturelles en médicaments validés, à travers des recherches scientifiques et des essais cliniques. Il a indiqué qu’une mission conjointe composée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Union africaine et de Africa CDC avait déjà évalué les travaux menés autour de DOUBASE-C.
Le chercheur a aussi détaillé les différents financements reçus du FPI depuis 2019, estimant leur impact «décisif» dans le développement des infrastructures et des recherches du laboratoire.
UN APPEL À L’AUTONOMIE SANITAIRE
Clôturant la cérémonie, le DG de CREPPAT a remercié le FPI et le Président Félix Tshisekedi pour leur soutien.
Il a appelé les autorités congolaises à tirer les leçons des crises sanitaires mondiales afin de renforcer les capacités locales de production pharmaceutique.
«Nous devons nous prendre en charge», a-t-il insisté, estimant que la RDC ne pouvait continuer à dépendre exclusivement de l’aide extérieure pour lutter contre les grandes pandémies.
Le DG de CREPPAT a enfin annoncé avoir officiellement proposé à l’Institut National de Santé Publique (INSP) la conduite d’essais cliniques randomisés de DOUBASE-C contre Ebola, Mpox et d’autres maladies virales, en collaboration avec la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa.
Yves KALIKAT