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Affaire METALKOL : CCR contre-attaque
*La société minière met Africa Intelligence au défi de produire ses preuves et lui demande de publier son droit de réponse endéans 48 heures.
Mise en cause dans une enquête sur des soupçons de pillage minier dans le Lualaba, Chengtun Congo Resources (CCR) rejette catégoriquement les accusations visant ses activités et son responsable Afrique, Wu Yicong.
Au cours d’une conférence de presse animée hier jeudi 22 octobre par Me Guy Mafuta Kabongo, avocat-conseil de CCR, l’entreprise minière conteste les liens allégués avec plusieurs structures minières, réfute toute implication dans les incidents armés rapportés à Metalkol et exige la production des preuves avancées par le média. Elle réclame également la publication intégrale de son droit de réponse sous peine de poursuites judiciaires.
La riposte en béton. Onze jours après la publication, le 13 octobre 2026, de l’article d’Africa Intelligence intitulé « Face au pillage de masse, Félix Tshisekedi dépêche une mission sur le site d’ERG à Metalkol », CCR livre sa version des faits et récuse les accusations qui l’associent à un réseau présumé d’exploitation et de traitement illégaux de cuivre et de cobalt.
La société, filiale de Chengtun Mining Group Co., Ltd., qualifie les allégations d’« inexactes, erronées et dépourvues de preuves ». Elle reproche au média de ne pas l’avoir contactée avant publication afin de confronter les informations et de recueillir ses explications.
Au cœur de sa contestation figurent sept points : le rôle attribué à Wu Yicong, les soupçons de traitement illégal de minerais, les liens allégués avec la coopérative minière Hosanna et Luilu Ressources, les incidents armés du 9 octobre, les rapprochements avec des acteurs politiques et les transactions concernant Kalongwe Mining.
WU YICONG ABSENT DE RDC : CCR CONTESTE SA MISE EN CAUSE
Premier point de friction : la présence et le rôle de Wu Yicong dans l’opération menée sur le site de Metalkol par une délégation du Conseil national de sécurité (CNS).
Contrairement aux informations publiées par Africa Intelligence, CCR affirme que son responsable Afrique ne se trouvait pas en République démocratique du Congo au moment des faits. Elle précise également que Wu Yicong n’est pas le directeur général de CCR, laquelle dispose de son propre comité de gestion.
Sur cette base, l’entreprise conteste qu’il ait été directement visé par la mission ou qu’il ait dirigé un dispositif illégal pour son compte.
Elle demande à Africa Intelligence de produire tout ordre d’opération, notification officielle ou document du CNS susceptible d’établir les faits rapportés.
Cette demande place la documentation de l’opération au centre de la controverse : quels éléments permettent d’établir le rôle précis attribué à Wu Yicong et son éventuelle implication dans les activités dénoncées ?
TRAÇABILITÉ DES MINERAIS : CCR DÉFEND SES PROCÉDURES DE CONFORMITÉ
Sur les soupçons de traitement de minerais provenant illégalement des concessions d’Eurasian Resources Group (ERG), CCR oppose ses procédures de conformité.
La société affirme exiger des négociants, avant tout achat, les documents légaux nécessaires ainsi que les justificatifs du paiement des taxes et impôts dus à l’État congolais. Elle soutient ne se procurer que des minerais dont la traçabilité est connue.
Cette ligne de défense vise directement les accusations selon lesquelles des produits miniers issus des concessions de Metalkol auraient été acheminés vers des circuits de traitement liés à CCR.
L’entreprise réclame la production de documents d’enquête officiels et de procès-verbaux susceptibles d’étayer ces accusations.
Hosanna et Luilu Ressources : la société dément tout flux financier
CCR rejette catégoriquement les informations faisant état de relations commerciales ou financières avec la coopérative minière Hosanna.
Lors de ce face à face avec la presse, elle affirme que ni la société ni Wu Yicong ne connaissent cette coopérative. Elle décline tout flux financier entre les parties et conteste que son responsable Afrique ait apporté des capitaux à cette structure.
L’entreprise récuse également les liens allégués avec Luilu Ressources, présentée dans l’article initial comme une installation soupçonnée de traiter des minerais d’origine illégale.
Selon CCR, cette société appartient à un autre groupe et constitue une entreprise concurrente. Elle affirme que Wu Yicong n’entretient avec elle aucune relation professionnelle, commerciale ou autre relation substantielle.
Ces démentis portent sur deux rapprochements importants de l’enquête d’Africa Intelligence. CCR demande que les relations alléguées soient étayées par des éléments vérifiables, notamment des contrats, des documents commerciaux ou des justificatifs financiers.
Incidents armés à Metalkol : CCR rejette toute responsabilité
L’un des points les plus sensibles concerne les tirs rapportés le 9 octobre lors de l’intervention de la délégation du CNS à proximité d’une installation soupçonnée de traiter des minerais provenant de Metalkol.
Selon l’article d’Africa Intelligence, des éléments des forces de sécurité travaillant pour le compte de CCR et de partenaires présumés auraient ouvert le feu. Un militaire chargé de l’escorte de la délégation aurait été blessé.
CCR conteste catégoriquement cette version. L’entreprise affirme que ses agents de sécurité ne portent pas d’armes à feu et qu’elle ne recourt pas à des militaires pour sécuriser ses installations, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Elle réclame la production des éléments susceptibles d’établir les circonstances de l’incident et les responsabilités éventuelles.
Sur le volet financier, CCR avance des dates précises pour contester les rapprochements évoqués entre la Générale industrielle et commerciale au Congo (GICC), Kalongwe Mining et l’entourage de l’ancien président Joseph Kabila.
Selon CCR, une filiale détenue à 100 % par Chengtun Mining Group a acquis, en mars 2020, la totalité des actions de Nzuri Copper Limited, société cotée à la Bourse australienne détenant indirectement Kalongwe Mining.
À cette époque, GICC détenait 10 % de Kalongwe Mining. CCR affirme que Chengtun a racheté cette participation en avril 2021, mettant ainsi fin à toute relation commerciale avec GICC. L’entreprise ajoute que Kalongwe Mining n’est entrée en production qu’en 2023 et qu’elle ne disposait pas de chiffre d’affaires ni de base permettant le versement de dividendes avant 2024.
Cette chronologie constitue l’un des principaux arguments de CCR contre les allégations évoquant un contrôle indirect de parts dans la société et la possibilité que des dividendes servent à financer des actions de déstabilisation.
La vérification de ces affirmations passe notamment par l’examen des registres d’actionnaires, des actes de cession et des documents financiers correspondants. CCR soutient que ces éléments contredisent les rapprochements publiés.
FIFI MASUKA : CCR REJETTE TOUS LES LIENS ALLÉGUÉS
L’entreprise conteste également les soupçons de relations entre les opérateurs cités dans l’enquête et la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini.
CCR affirme n’entretenir aucune relation avec la coopérative évoquée et nie que Wu Yicong lui ait apporté des capitaux.
Elle rejette ainsi toute association avec les relations politiques et financières présumées décrites dans l’article initial.
Au-delà de ses démentis, CCR formule trois demandes explicites à l’attention de la rédaction d’Africa Intelligence.
La première porte sur la publication intégrale de son droit de réponse, dans un délai de 48 heures.
La deuxième concerne la communication des éléments censés étayer les accusations : documents du CNS, actes judiciaires, contrats, justificatifs de flux financiers, rapports balistiques et registres de dividendes.
La troisième porte sur la présentation d’excuses publiques à la société et à Wu Yicong.
CCR prévient qu’en l’absence de réponse satisfaisante, elle se réserve le droit de saisir les juridictions compétentes pour diffamation et de réclamer réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.
Pour CCR, l’objectif est de faire reconnaître ce qu’elle considère comme une mise en cause injustifiée et de préserver sa réputation. La publication de son droit de réponse et l’examen des pièces qu’elle invoque constituent désormais les principaux enjeux de son bras de fer avec Africa Intelligence.
DK