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Évariste Ndayishimiye alerte sur le risque d’embrasement régional dans l’Est de la RDC
Réunis à Kampala, en Ouganda, les chefs d’État et de gouvernement de la région des Grands Lacs ont tenu, la 12ème réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région. À cette occasion, le président burundais Évariste Ndayishimiye, président sortant du Mécanisme de suivi, a livré une adresse remarquée, saluant les efforts diplomatiques en cours tout en lançant un avertissement grave sur les risques d’une généralisation du conflit à l’Est de la RDC.
Dans un contexte régional marqué par une escalade des tensions et des affrontements persistants dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, le dirigeant burundais a tenu à saluer les nombreuses démarches engagées pour la restauration de la paix. «Je voudrais saluer toutes les bonnes initiatives prises et les différents processus, en Afrique comme au-delà, qui œuvrent à la recherche de solutions négociées», a déclaré Évariste Ndayishimiye devant un parterre de chefs d’État et de représentants d’organisations internationales.
Le président du Burundi a notamment exprimé sa reconnaissance envers l’Union africaine, la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) pour leurs efforts conjoints en faveur de la stabilité sous-régionale. Il a également salué l’engagement du Secrétaire général de l’Onu et la nomination du groupe d’éminents facilitateurs pour le processus EAC-SADC, soulignant la présence de deux femmes dans cette équipe stratégique, aux côtés du médiateur de l’Union africaine, le président togolais Faure Gnassingbé, successeur de l'Angolais João Lourenço.
"La guerre a atteint
son paroxysme"
Si Évariste Ndayishimiye a reconnu des avancées au niveau diplomatique et institutionnel, il n’a pas manqué d’attirer l’attention sur la gravité de la situation dans l’Est de la RDC. «La guerre a atteint son paroxysme et risque de s’étendre aux autres provinces et même aux pays voisins», a-t-il alerté, mettant en garde contre les conséquences humanitaires et sécuritaires d’une telle extension du conflit.
Le président burundais a pointé du doigt le rôle actif des groupes armés étrangers opérant dans la région, soutenus, selon lui, par certains pays de la sous-région, en particulier le Rwanda. Il a également insisté sur les dangers liés à la circulation incontrôlée des armes et aux flux massifs de réfugiés qui pourraient déstabiliser des États déjà fragiles.
«J’ai eu l’occasion d’alerter la communauté internationale et régionale sur le risque d’un élargissement incontrôlable du champ de bataille», a rappelé le président Ndayishimiye, appelant à des actions immédiates et concertées.
Dans son adresse, le président du Burundi a salué plusieurs décisions prises sur la scène internationale pour contenir la crise. Il a notamment mentionné la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui condamne fermement l’offensive du M23, soutenue par les Forces de défense rwandaises, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que la prise de Goma et de Bukavu.
Il a également relevé l’importance des récentes sessions du Conseil des droits de l’Homme, du Sommet de la CEEAC et de l’Union africaine, organisés en février 2025, qui ont dénoncé les exactions commises et adopté des recommandations favorables à la paix dans la région.
Douze ans après, l'accord peine à produire ses effects concrets
Cette 12ème réunion intervient alors que l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, signé en 2013 par 11 pays et quatre institutions régionales et internationales, marque ses 12 ans d’existence. Présenté à l’époque comme une initiative porteuse d’espoir après des décennies de violences dans l’Est de la RDC, cet accord peine toujours à produire ses effets concrets sur le terrain.
La lenteur de sa mise en œuvre, conjuguée aux violations répétées par certains signataires et à l’apparition de nouvelles dynamiques armées, continue de fragiliser ce processus de paix censé garantir la stabilité dans la région.
Renforcer les mécanismes de coopération sécuritaire et diplomatique
La réunion présidée par le chef de l’État ougandais Yoweri Museveni a vu la participation des délégations de la République démocratique du Congo, de l’Angola, du Kenya, du Rwanda, du Congo, du Soudan du Sud, du Soudan, de la Tanzanie, de la Zambie et de l’Afrique du Sud, aux côtés des garants de l’Accord et des partenaires régionaux.
Tous ont convenu de renforcer les mécanismes de coopération sécuritaire et diplomatique pour contenir la crise et éviter qu’elle ne dégénère en conflit régional aux conséquences imprévisibles.
Jérémie ASOKO