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Est de la RDC : Muyaya dénonce la stratégie de la " congolisation " du conflit
* " Ce n'est pas une rébellion, mais une agression rwandaise ", déclare le porte-parole du Gouvernement
Le gouvernement congolais maintient ses accusations contre Kigali et met en garde contre toute tentative de présenter la crise sécuritaire dans l'Est comme un conflit exclusivement interne. Lors d'un briefing de presse tenu le 22 octobre, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a affirmé que l'implication de Joseph Kabila aux côtés des groupes armés ne changeait pas la nature de la guerre : une agression rwandaise menée, selon Kinshasa, avec la complicité de certains Congolais.
" Ce n'est pas une rébellion, c'est une agression portée par le Rwanda avec des complices congolais". Le message de Patrick Muyaya est sans équivoque. Face aux professionnels des médias, le 22 octobre, le porte-parole du gouvernement a appelé à une distinction rigoureuse des termes pour décrire la guerre dans l'Est de la République démocratique du Congo, dénonçant ce qu'il présente comme une stratégie de " congolisation " d'un conflit dont Kigali est l'instigateur.
Pour le ministre de la Communication et Médias, l'apparition de nouvelles figures congolaises dans les rangs des groupes armés ne modifie ni les origines ni la nature de cette guerre. Il situe le début de l'offensive actuelle vers la fin de 2021 et soutient que le Rwanda a progressivement cherché à lui donner une apparence de conflit interne, en s'appuyant sur des acteurs congolais.
KABILA, UN NOUVEL ACTEUR QUI NE CHANGE PAS LA NATURE DU CONFLIT
Dans sa lecture des événements, Patrick Muyaya distingue plusieurs étapes : une offensive initialement portée, selon lui, par le Rwanda, puis la mise en avant du M23 comme relais congolais et, enfin, l'arrivée de Joseph Kabila dans cette configuration politique et militaire.
" L'arrivée du fils aîné ne change en rien la nature de ce groupe armé ", soutient-il, en faisant allusion à l'ancien président congolais. Le porte-parole du gouvernement considère que l'implication de nouvelles figures congolaises ne suffit pas à transformer cette guerre en une rébellion autonome.
Kinshasa présente ainsi le M23 comme un groupe supplétif, une " brigade avancée " des Forces de défense rwandaises (RDF), et accuse Kigali de soutenir militairement ses opérations sur le territoire congolais.
Cette lecture constitue le cœur de l'argumentation gouvernementale : derrière les visages congolais mis en avant, le véritable centre de décision militaire serait, selon Kinshasa, rwandais. Une accusation que les autorités congolaises disent étayer par des rapports documentant l'implication de militaires et d'armes rwandais.
" CONGOLISER " LA GUERRE POUR DÉTOURNER L'ATTENTION
Patrick Muyaya voit dans la mise en avant de nouveaux acteurs congolais une tentative de détourner l'attention de la responsabilité présumée du Rwanda.
Évoquant les personnalités qu'il présente comme des " jokers ", le porte-parole estime que leur présence dans cette dynamique viserait à déplacer le débat, aussi bien dans l'opinion congolaise qu'auprès de la communauté internationale, en donnant au conflit une apparence essentiellement congolaise.
Pour le gouvernement, cette stratégie aurait pour effet de diluer les responsabilités et de brouiller la lecture des enjeux militaires et diplomatiques. D'où son insistance sur la précision du vocabulaire dans le traitement médiatique de la crise.
S'adressant directement aux journalistes, Patrick Muyaya les a appelés à ne pas confondre les acteurs congolais impliqués dans les groupes armés avec la puissance étrangère que Kinshasa accuse de soutenir leur offensive.
Cette mise au point traduit également une bataille de récits autour de la guerre dans l'Est : au-delà du contrôle des territoires, les protagonistes cherchent à imposer leur interprétation des causes du conflit, de ses responsables et des solutions envisageables.
UNE CONTRADICTION POLITIQUE
Le porte-parole du gouvernement a également établi un lien entre cette crise sécuritaire et les débats politiques autour de l'article 64 de la Constitution, qui reconnaît à tout Congolais le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou l'exerce en violation des dispositions constitutionnelles.
Patrick Muyaya s'interroge sur la cohérence des acteurs du C64 qui invoquent cette disposition tout en étant, selon ses accusations, engagés dans une dynamique politique susceptible de converger avec celle des forces armées opposées au pouvoir de Kinshasa.
" Comment vous pouvez penser vous fonder sur l'article 64 de la Constitution alors que votre volonté est de la tuer en réalité ? ", lance-t-il.
À ses yeux, le recours à cet article ne saurait justifier une démarche qui aboutirait à une prise de pouvoir par les armes. Il estime, en outre, qu'une victoire de cette entreprise ne garantirait nullement le maintien de l'ordre constitutionnel que ses promoteurs prétendent défendre.
Le porte-parole convoque à cet égard le précédent de 1997 pour mettre en garde contre ce qu'il considère comme une nouvelle aventure rwandaise en RDC. Il avertit que les acteurs politiques qui miseraient sur cette dynamique risqueraient eux-mêmes d'en subir les conséquences.
Ces propos constituent une mise en cause politique sévère. Ils ne démontrent toutefois pas, à eux seuls, l'existence d'une coordination opérationnelle entre les acteurs du C64 et les groupes armés : une telle affirmation nécessiterait des éléments de preuve distincts.
CHANGER LES VISAGES CONGOLAIS ASSOCIÉS À LA GUERRE NE SUFFIT PAS
Au-delà des rapports de force politiques et militaires, Patrick Muyaya a replacé la crise dans sa dimension humaine. Il a dénoncé les conséquences de la guerre sur les populations civiles : morts, déplacements forcés, enfants privés d'école et violences sexuelles.
Le porte-parole a également évoqué les efforts judiciaires engagés par les autorités congolaises, notamment avec le ministre d'État concerné, pour que les crimes commis dans le passé ne se reproduisent plus.
Pour Kinshasa, l'enjeu dépasse donc la seule reconquête des territoires occupés. Il touche à la souveraineté nationale, à la protection des civils et au droit du peuple congolais de choisir librement ses dirigeants, sans que les armes ne se substituent aux urnes.
En conclusion, Patrick Muyaya a appelé les Congolais à se mobiliser contre ce qu'il qualifie d'"énième aventure rwandaise " sur le territoire national.
Le message du gouvernement est clair : changer les visages congolais associés à la guerre ne suffit pas, selon lui, à en effacer la dimension extérieure. En exigeant des médias une distinction nette entre rébellion et agression, Kinshasa entend imposer sa lecture du conflit : celle d'une guerre menée par le Rwanda, avec la complicité présumée de certains Congolais, dont les conséquences continuent de peser lourdement sur les populations de l'Est.
Jérémie ASOKO