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L’Afrique et la femme: la réhabilitation d’un pouvoir ancestral
L’histoire de l’Afrique est jalonnée de paradoxes, notamment en ce qui concerne la place de la femme dans la société. L’un des plus grands malentendus historiques réside dans l’idée que la femme africaine aurait toujours été reléguée aux tâches domestiques et à la sphère privée. Cette perception, largement véhiculée par les récits coloniaux et occidentaux, occulte une réalité bien différente : avant l’arrivée des colonisateurs, de nombreuses sociétés africaines fonctionnaient sur des modèles où les femmes jouaient un rôle central dans la gestion politique, économique et sociale.
Contrairement à l’image d’une Afrique figée dans le patriarcat, de nombreux royaumes et chefferies accordaient une place stratégique aux femmes. Elles étaient des figures d’autorité, des décideuses, des gardiennes du savoir et des initiatrices de grandes dynasties. Dans plusieurs sociétés matrilinéaires, comme chez les Akan du Ghana ou les Baluba du Congo, la transmission du pouvoir et des richesses passait par la lignée maternelle, signe d’une reconnaissance institutionnelle de leur importance. Dans le commerce et l’économie, les femmes géraient les marchés, contrôlaient les échanges et influençaient les réseaux commerciaux, comme en témoignent les célèbres «Nana Benz» du Togo ou les reines-marchandes de Lagos au Nigeria. Certaines étaient également des diplomates, des négociatrices et même des guerrières qui dirigeaient des armées, défendaient leurs peuples et résistaient aux invasions.
Pourtant, avec l’avènement de la colonisation et l’imposition des modèles européens, ce rôle a été progressivement effacé. L’administration coloniale, en collaboration avec les missions chrétiennes, a réduit la femme africaine à un statut d’épouse et de mère au foyer, brisant ainsi des siècles d’un équilibre sociétal où elle occupait une place de premier plan. Les anciennes dirigeantes ont été remplacées par des hommes désignés par l’autorité coloniale, les institutions matrilinéaires ont été fragilisées et l’éducation des jeunes filles a été limitée aux tâches domestiques. Ainsi, la femme africaine, autrefois actrice clé de la société, s’est retrouvée progressivement réduite au silence, cantonnée au rôle de simple soutien de famille, loin des sphères de décision et de pouvoir.
Pourtant, comme le souligne l’opérateur culturel Audifax Bemba, la colonisation a imposé un modèle européen de répartition des rôles sociaux, reléguant la femme au foyer et réduisant son champ d’action à l’entretien du ménage et à l’éducation des enfants. Un recul brutal, synonyme de dépossession, qui a structuré des décennies d’inégalités et de luttes.
Un pouvoir ancestral effacé
Les historiens l’attestent : en Afrique précoloniale, les sociétés matrilinéaires et les chefferies féminines étaient monnaie courante. Des figures emblématiques comme Nzinga Mbandi en Angola, Yaa Asantewaa au Ghana ou Kimpa Vita au Congo ont incarné cette puissance féminine qui, loin d’être une exception, était inscrite dans l’organisation même des sociétés africaines. La gestion des marchés, la médiation des conflits, la transmission des savoirs et même la gouvernance de royaumes faisaient partie des attributions naturelles de nombreuses femmes.
Or, en instaurant un modèle patriarcal rigide, les colonisateurs ont non seulement détruit cet équilibre, mais aussi imposé une perception dévalorisante de la femme, renforcée par des structures éducatives et religieuses qui prônaient sa soumission. Le droit à la parole et à la décision lui fut progressivement retiré, au point qu’aujourd’hui encore, les combats féminins en Afrique sont trop souvent perçus comme des revendications exogènes, inspirées d’un féminisme occidental qui ne correspondrait pas aux réalités du continent. Un contresens historique.
Réhabilitation, pas conquête
C’est ici que la réflexion d’Audifax Bemba prend tout son sens : l’égalité des sexes en Afrique ne relève pas d’une conquête moderne, mais d’une réhabilitation. Il ne s’agit pas d’imposer des modèles étrangers ni d’adopter des schémas dictés par d’autres cultures, mais bien de rétablir un ordre ancien, effacé par l’histoire coloniale. Loin d’être une rupture, l’émancipation de la femme africaine est une reconquête de son rôle initial, celui d’une actrice incontournable du développement social, économique et politique.
Les sociétés africaines ne doivent donc pas voir dans la montée des revendications féminines un mimétisme des luttes occidentales, mais bien une réappropriation de leur propre héritage. L’Afrique a, en son sein, les racines d’un féminisme authentique, enraciné dans ses traditions et son passé glorieux. Il ne tient qu’à elle de le réactiver, pour que les femmes retrouvent pleinement la place qui fut toujours la leur : celle de bâtisseuses de nations.
Jérémie ASOKO